La Comue Paris-Saclay, plus connue sous le nom d’université Paris-Saclay, a bien remis son rapport d’évaluation pour l’Idex le lundi 18 décembre dernier. Voilà pour la fin du chapitre d’une année qui aura été très mouvementée dans la constitution du regroupement universitaire de Saclay. Il faut dire qu’entre le changement de gouvernement, les guerres de position entre acteurs académiques, et une dernière mouture présentée à l’automne dans l’atonie générale, le cluster a accouché sous l’oeil d’Emmanuel Macron d’un pôle universitaire bicéphale. L’UPSaclay devrait bien voir le jour le 1er janvier 2020, tandis que Polytechnique et ses alliés préparent leur propre regroupement. Retour sur les derniers rebondissements.

L’année 2017 n’aurait pas pu commencer plus mal. En pleine tergiversation sur la nouvelle mouture à adopter pour la future université Paris-Saclay, six mois après une déconvenue face au jury international (lire notre articlejuillet 2016) , ses initiateurs font l’objet d’un rapport sévère de la Cour des comptes. En quelques dizaines de pages, il est décortiqué la dynamique du cluster, son volet universitaire, avec ses réussites, mais aussi le « risque de dilution » de l’ensemble. La Cour fait également l’addition : quelque 5,3 milliards d’euros ont déjà été programmés sur place, le tout en soulignant « les carences du pilotage global du projet ».

Saclay ne peut pas échouer

Alors que s’accélèrent les mises en chantier sur les quartiers du Moulon et de Polytechnique, faisant sortir de terre une véritable ‘ville nouvelle’ sur le Plateau, les responsables de la Comue sont sommés de réussir à trouver un accord, car du point de vue des acteurs politiques, le projet phare de Saclay ne peut pas être un échec. C’est ainsi qu’avant son départ du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Thierry Mandon prévoit l’adoption d’un amendement pour permettre un double niveau d’intégration des membres de la future UPSaclay (lire notre article). Cela dans le but de convaincre les écoles craignant de perdre leurs particularités de ne pas quitter le train en marche.

Pendant ce temps, de l’autre côté du département, le campus d’Evry choisit de se lancer à plein régime vers Saclay, en intégrant pleinement la Comue. Dans un entretien à Essonne Info (à lire ici), le président de l’université Paris-Saclay, assure alors que le cap est tracé vers un accord entre établissements pour un vrai « mariage » dans une nouvelle mouture, afin d’assurer « une crédibilité à long terme » pour l’UPSaclay. Un groupe restreint d’établissements autour de Gilles Bloch et Sylvie Retailleau, la présidente de Paris-Sud, se remet au travail. La campagne présidentielle, puis législative, donne lieu à différents débats, et permettent en parallèle de connaître la vision de l’Enseignement supérieur défendue par le nouveau pouvoir, à l’image du jeune député Cédric Villani, favorable à plus d’autonomie et à la quête de l’excellence dans les regroupements universitaires.

Deux pôles devront cohabiter

La rentrée 2017 est marquée par l’ouverture d’un établissement symbolique sur le Plateau de Saclay. L’école Centrale de Chatenay-Malabry, devenue CentraleSupelec, emménage dans deux bâtiments flambants neufs au milieu du Moulon et à proximité de la future gare du métro 18. Un campus du futur (voir notre visite) qui sera quelques semaines après inauguré par le président de la République. Emmanuel Macron qui se fait ainsi attendre, pour avaliser la séparation de la Comue (lire notre article). Il entérine fin octobre la création de deux « pôles d’excellence » sur place. L’université Paris-Saclay sera finalement constituée autour de l’université Paris-Sud, Evry et Saint-Quentin, avec l’ENS, Centrale et les instituts de recherche. Polytechnique trace pour sa part sa route avec 3 autres écoles pour monter le projet « New Uni » (lire notre article).

C’est donc à 15 membres que se profile le dépôt du dossier Idex, dont la date limite est le 18 décembre 2017. Il s’agit du jury international chargé de valider les universités à rayonnement mondial qui seront financées en priorité dans les prochains programmes d’investissements d’Etat. Ce 24 décembre, le gouvernement a ainsi publié une convention d’objectifs avec l’Agence nationale pour la recherche – ANR (à lire sur le site legifrance), fixant le cadre de financement des futurs ‘investissements d’avenir’. De son côté, l’UPSaclay a posé sa feuille de route, avec un calendrier progressif d’intégration des membres, entre 2020 et 2025, et l’objectif annoncé d’entrer dans le top 20 du classement de Shanghaï (lire notre article). Elle créé de cette manière sa propre recette universitaire, en terme de gouvernance comme d’organisation, avec l’avènement de licences d’excellence dans le cycle Saclay, et la création d’une école de 1er cycle non sélective (notre analyse).

Le département sera fortement marqué par ce processus d’université Paris-Saclay, puisque d’ici 2025, l’université d’Evry devra avoir complètement fusionné dans le nouvel ensemble. La fin d’une université de plein droit sur le territoire de la ville-préfecture qui donne des espoirs en terme d’excellence de la recherche en génomique, mais soulève des interrogations sur la pérennité de la pluridisciplinarité du site d’Evry (lire notre article). Au final, les conseils d’administration des établissements concernés, adopteront cette nouvelle mouture de l’UPSaclay entre fin novembre et début décembre, à l’image de l’université Paris-Sud. Si quelques craintes ont été soulevées chez une partie des enseignants ou étudiants syndiqués, le projet a été approuvé à une très large majorité des acteurs concernés, à l’exception de l’université Versailles-Saint-Quentin où le débat fut plus houleux (14 voix contre, 22 pour). Après le dépôt de l’Idex, place à la phase d’évaluation pour le jury international, qui jugera sur pièce de la crédibilité du nouvel ensemble.

Notre dossier complet sur l’UPSaclay