Deux, voire trois pôles autour du label ‘université Paris-Saclay’ : c’est ce qui est en train de se dessiner à deux mois de la date fatidique du 18 décembre. C’est ce jour que doit être déposé le dossier Idex pour l’UPsaclay. Un an et demi après une mise à l’épreuve de ce jury international, il s’agit de nouveau de jauger de la cohérence du projet d’ensemble, au regard des standards internationaux (lire notre article – abonnés). La poursuite du projet, autour du label ‘Université Paris-Saclay’ qui concerne déjà les écoles doctorales et 80% des masters est conditionnée aux dotations prévues de ces Investissements d’avenir.

L’enjeu, construire une université intégrée sur le Plateau, à partir du regroupement en cours dans la Comue (communauté d’universités et ‎d’établissements) Paris-Saclay. Actuellement formée de 18 membres, elle regroupe 3 universités (Paris-sud, Évry, Saint-Quentin-en-Yvelines), des organismes de recherche (CEA, CNRS), et plusieurs grandes écoles du Plateau (Polytechnique, Centrale, HEC, ENS..).

Mais ces derniers mois, ce projet d’université hybride a eu du plomb dans l’aile. Plusieurs établissements ont freiné des quatre fers le processus d’intégration, à commencer par Polytechnique, refusant de se fondre dans la nouvelle structure en perdant ainsi leur image et spécificités. La Cour des comptes s’est également penché sur le projet, pointant en février dernier le risque de « dilution d’une grande ambition » (lire notre article). Les pouvoirs publics ont réagi, à travers le gouvernement de François Hollande, qui s’est impliqué de son côté pour tenter d’arrondir les angles sur place et entre les différents ministères de tutelle. Il a alors été laissé la possibilité à l’UPSaclay de poursuivre sa construction avec deux niveaux d’intégration, ouvrant la perspective d’une université à deux vitesses (lire notre article – abonnés).

Université d’excellence et « collèges universitaires »

Depuis le mois de septembre, Gilles Bloch fait le tour des établissements membres de la Comue, pour présenter la nouvelle mouture de ce regroupement universitaire. ‎Élaboré notamment avec Sylvie Retailleau, la présidente de Paris-sud, ce nouveau cahier des charges pour Paris-Saclay pourrait recevoir l’onction présidentielle à l’occasion de la venue sur place d’Emmanuel Macron. Après Nicolas Sarkozy et François Hollande, le nouveau président devrait confirmer l’appui de l’Etat au scénario en cours d’élaboration. L’université ‎Paris-Saclay sera coupée en deux, avec d’un côté l’université de recherche comprenant les masters et doctorats, avec la vocation de briller sur la scène internationale, de l’autre des collèges universitaires autonomes, délivrant leurs propres diplômes de licence ainsi que les DUT.

Pour le moment, les trois universités de Paris-sud Orsay, Évry et Saint-Quentin seraient prêtes à ‎s’engager dans cette voie, au côté de l’ENS et CentraleSupelec. Une vision qui devrait bien être défendue par Emmanuel Macron lors de son discours, comme le laissait entendre récemment la députée En marche Amélie de Montchalin, lors d’une journée avec son collègue Villani sur le campus d’Orsay : « Ce collège universitaire, c’est avoir à Évry, Saint Quentin et Orsay, des lieux de formation de bac – 3 à bac + 3, avec des débouchés professionnels. De plus il y aura des passerelles. Ce seront des lieux où pourront être formés beaucoup d’étudiants, de proximité, et professionnalisant. Ces étudiants pourront éventuellement ensuite rejoindre l’université de rang mondial ».

De son côté, Polytechnique s’apprête bien à quitter le regroupement. L’X prépare sa propre mouture, en vue de devenir une université de recherche et de technologie, du nom de « NewUni », entraînant dans son giron les écoles dépendant du ministère de la Défense. Le projet tel que présenté s’attire en tout cas déjà la défiance d’une partie du corps enseignant. Le dernier conseil d’administration de Paris-sud s’est ainsi trouvé mouvementé à l’appel d’une intersyndicale des personnels. Ceux-ci dénoncent une vision « élitiste et mercantile de l’enseignement supérieur » à laquelle ils comptent bien s’opposer. Notamment lors des prochains conseils d’administration des établissements concernés censés entériner cette « scission » dans l’université Paris-Saclay.