C’est un des dossiers laissés sur le bureau du nouveau secrétaire d’État chargé de l’enseignement supérieur et de la recherche : la Communauté d’universités et d’établissements (Comue) Paris-Saclay, plus connue sous le nom d’université Paris-Saclay, doit trouver un nouveau souffle, et surtout une cohérence (notre dossier sur l’UPSy).

Plus globalement, cette question est caractéristique du territoire de la cinquième circonscription, qui regroupe 10 communes, dont Orsay, Bures, Gif-sur-Yvette et Saclay, et quantité d’établissements de recherche, comme le CNRS et le CEA, l’université Paris-Sud, ainsi que plusieurs grandes écoles.

Cela explique le succès rencontré par le débat organisé le 24 mai dernier à l’IUT d’Orsay, en présence de 3 candidats (PS, PCF, EM), et les nombreuses interrogations d’un public enseignant et étudiant sur les visions portées par chacun quant au devenir de l’enseignement supérieur et de la recherche.

Autonomie et regroupement pour les universités

Faut-il poursuivre le processus de regroupement universitaire et l’autonomie des établissements, tels que prévu dans la loi Fioraso ? Candidat En marche et célèbre mathématicien, Cédric Villani veut aller plus loin et prône « plus d’autonomie » pour les établissements. Il met par ailleurs en avant son profil pour les débats à venir sur ces questions : « c’est important qu’un scientifique, au parlement, soit partie prenante des décisions qui se prendront ».

« L’université Paris-Saclay est une force de frappe exceptionnelle, elle peut réussir » assure de son côté Laure Darcos. La candidate LR-UDI qui siège au conseil d’administration de l’UPSud reconnait que le dossier de la Comue « a trainé », et compte se placer comme facilitatrice de tous les acteurs locaux en cas d’élection : « je ferai le lien sur le terrain, mon atout étant que je ne suis pas de ce monde là, je ne serai donc pas juge et partie » assure-t-elle, en référence à son concurrent.

La députée sortante PS Maud Olivier rappelle d’abord qu’elle siégeait dans la précédente mandature au sein de l’office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques. A ce titre, elle veut poursuivre le « dialogue » entre chercheurs, institutions et l’Etat, afin de défendre « une grande ambition pour l’enseignement supérieur, la recherche et l’innovation, notamment au travers de Paris-Saclay » présente-t-elle. Le candidat écologiste Didier Missenard soutient lui « une gouvernance forte » pour l’UPSy.

Les candidats Sylvère Cala (FI) et Laure Darcos (LR-UDI), ont multiplié la présence sur le terrain lors de ces dernières semaines

Les candidats Sylvère Cala (FI) et Laure Darcos (LR-UDI), ont multiplié la présence sur le terrain lors de ces dernières semaines (JM/EI)

Vers une augmentation des droits d’inscription ?

« L’autonomie telle qu’elle est présentée, c’est la dépendance aux forces de l’argent » affirme au contraire le candidat FI Sylvère Cala, qui se positionne « pour la consolidation de la recherche, sur le modèle du CNRS » et souhaite « reconstituer le cadre national des diplômes »« Cette autonomie, je n’en veux pas » indique de son côté Annick Le Poul, candidate PCF et enseignante dans le secondaire. Selon elle « les effets du désengagement de l’Etat se font déjà sentir, on le voit à Paris-Sud ».

Se pose alors la question du budget des établissements, et celle des droits d’inscription qui en découle. « Le risque est l’augmentation des frais d’inscription, avec cette concurrence » complète la candidate PCF. Maud Olivier, qui soutient de son côté « le rapprochement des universités et écoles », se déclare pour sa part « absolument contre » cette augmentation des frais pour les étudiants. Démarche différente pour Cédric Villani, qui veut inscrire ce sujet « dans un débat plus global sur le coût et le fonctionnement » des universités. Il compare ainsi notre système avec les grandes universités américaines, « comme Harvard où l’année coûte 50 000 dollars ». Même si il ne compte pas « faire de la spéculation », il affirme qu’il y a « une marge de manoeuvre » sur les droits d’inscription, même si « il ne sera jamais question de les augmenter sans augmenter les bourses au mérite » précise-t-il.

Le candidat En marche défend aussi le processus de Bologne et met en avant la dimension européenne de la recherche : « pour les labos, c’est le bon échelon pour trouver des financements et des synergies ». Chercheur en neurosciences au sein du CNRS de Gif-sur-Yvette, le candidat UPR Luc Foubert défend une toute autre logique. Pour lui, « les chercheurs se morfondent » à cause d’un « système de précarisation », en mettant en lumière son propre cas : « je suis payé par l’Europe sur des crédits de recherche, en 5 ans j’ai été prolongé 8 fois en CDD ». Celui qui défend le projet de François Asselineau affirme ainsi que « toute l’histoire de l’Europe se joue ici, sur Saclay » et que la question « ne peut pas être résolue à l’échelon national ».

Quid du Crédit d’impôts recherche (CIR) ?

C’est un des autres points clivants concernant la thématique de l’enseignement supérieur et de la recherche : le devenir du crédit d’impôts recherche, qui permet aux entreprises de bénéficier d’une manne de l’Etat pour financer leurs projets de recherche. Le candidat France insoumise se prononce pour sa suppression pure et simple, « pour réinjecter cet argent dans la recherche publique ». Du côté de la candidate PCF, on plaide pour « une refonte et un plafonnement » du CIR, afin « que ne soient aidées que les seules PME qui embauchent vraiment et durablement ».

Maud Olivier entend pour sa part « modifier » ce dispositif, pour « privilégier les PME et arrêter les dérives ». Elle veut ainsi qu’une partie de ces moyens « soient réinvestis dans des crédits récurrents aux laboratoires ». Le prétendant En marche note enfin « une grande inégalité » dans l’utilisation du Crédit d’impôts recherche. Il défend son utilisation pour les petites entreprises mais compte « lutter contre ceux qui s’en servent pour faire de l’optimisation fiscale ».