Nuages noirs au-dessus du Plateau de Saclay. Le rapport de la Cour des comptes ne va pas finir de faire parler de lui, tant il égratigne plusieurs volets majeurs du projet porté par l’Etat de cluster scientifique et technologique. Selon son enquête, il existe « un risque réel » que l’ambition portée sur place « ne se résume à un rapprochement géographique d’établissements d’enseignement supérieur et de recherche », sans « cohérence réelle ni visibilité internationale », ce que regrette la Cour des comptes.

Le projet pourrait ainsi se trouver « dans l’impasse » si l’Etat n’y impulse pas une logique d’ensemble avec une organisation plus efficace. Chez plusieurs acteurs cités dans le rapport, on fait les premières heures après sa publication profil bas. Car plusieurs défaillances sont pointées du doigt par l’instance de contrôle des dépenses publiques (son rapport en ligne). S’il reconnaît des avancées en matière de coopérations scientifiques et de diplômes communs au sein du regroupement universitaire, le rapport est tranchant sur ce qu’il appelle « le risque du dilution » du projet d’ensemble.

Selon ses calculs, rendus difficiles par la multiplicité des acteurs publics et ministères agissant sur place, l’Etat a en tout et pour tout programmé la bagatelle de 5,3 milliards d’euros d’investissements concernant le cluster. Les magistrats constatent ainsi que « l’État s’est lancé dans le projet très ambitieux de Paris-Saclay sans avoir au préalable défini clairement les moyens permettant de le réaliser ».

Ils font l’analyse que le projet « est aujourd’hui entré dans une phase opérationnelle interdisant tout retour en arrière, avec le déménagement en cours de plusieurs établissements d’enseignement supérieur » mais que sur les volets d’aménagement et de développement économique « indissociables pour la réussite globale du projet », il existe un manque de « coordination » entre tous les acteurs impliqués dont « les compétences, les périmètres, les moyens et les intérêts divergent ».

Des montages financiers « d’une rare complexité »

Sur le volet universitaire, la Cour pointe les « échecs successifs » du dossier Idex, déterminant quant à la poursuite des ambitions scientifiques et de formation des établissements. En 2016, le projet Paris-Saclay a obtenu 18 mois de sursis pour convaincre de la cohérence et de la viabilité de son projet. Outre « les carences du pilotage global du projet », le rapport revient enfin longuement sur les « financements massifs » obtenus, malgré « des besoins mal évalués ». Depuis 2010, ce sont 5,3 milliards d’euros de fonds publics qui sont engagés ou prévus, dont 2,6 sur le volet immobilier et d’aménagement du Plateau, 2 milliards pour les transports en commun et 685 millions pour le volet scientifique. 650 millions d’euros de financements privés sont également chiffrés. Mais pour la Cour, « au delà d’un montant prévisionnel très élevé, l’enchevêtrement des financements publics, gérés par des opérateurs différents, s’avère d’une rare complexité ».

Le rapport de la Cour des comptes sur le projet Paris-Saclay émet ainsi plusieurs recommandations. A l’Université Paris-Saclay, elle préconise de « déterminer rapidement un mode d’organisation permettant d’atteindre l’objectif de création d’une université de rang mondial et de contribuer à l’émergence d’un « cluster » de niveau international ».  A l’Etat, il lui est recommandé de « désigner un responsable interministériel du projet de Paris-Saclay et asseoir réglementairement sa mission. Ainsi que d’« établir une programmation prévisionnelle des financements correspondant aux besoins identifiés, afin d’en vérifier régulièrement la soutenabilité », reprenant ainsi le rapport sénatorial publié l’an dernier à la suite du jury Idex (lire notre dossier – abonnés).