C’est officiel depuis la venue d’Emmanuel Macron sur le Plateau de Saclay, le 25 octobre dernier. Le cluster de Saclay devient bicéphale. Deux « pôles d’excellence » vont voir le jour sur le territoire. D’un côté, l’université Paris-Saclay qui deviendra un établissement de plein droit au 1er janvier 2020, avec les actuelles universités Paris-Sud, Saint-Quentin et Evry, 5 écoles et 7 organismes de recherche. De l’autre, le projet de « NewUni » qui est également sur les rails.

Notre dossier, l’université Paris-Saclay a sa feuille de route

Après une visite de l’Institut de mathématique sur le campus d’Orsay, et avant son discours prononcé au sein de nouveaux locaux de CentraleSupelec sur le secteur du Moulon, Emmanuel Macron avait rendu visite à l’Ecole Polytechnique sur son site de Palaiseau. Il a ainsi justifié le soutien de l’Etat à la création des deux pôles d’excellence, « les institutions sur Saclay ont toutes tendance à viser l’excellence ». Revenant sur les derniers épisodes de tension au sein de la Comue au sujet du niveau d’intégration des membres attendu pour l’UPSaclay, « des inquiétudes sont nées avec la perte d’indépendance et d’identité » a également reconnu le président. Sans avoir besoin de la nommer, il parlait de la prestigieuse Polytechnique.

Il a ensuite présenté les 2 pôles qui seront « complémentaires ». A côté de « l’université de recherche intégrée » Paris-Saclay (lire notre décryptage), coexistera bien un « regroupement des grandes écoles » autour de l’X, avec l’ENSTA, l’ENSAE, Télécom ParisTech et Télécom Sud Paris. Comme annoncé il y a deux ans, alors que, ministre de l’Economie, il visitait Polytechnique avec son collègue de la Défense Jean-Yves le Drian (lire dans nos archives), l’Ecole a vocation à tracer son propre cap pour exister sur la scène internationale.

« Complémentarité » ou concurrence?

Cette « alliance » d’écoles n’est est pour l’heure qu’à l’Etat de projet, mais celle-ci annonce déjà vouloir délivrer « tous les niveaux de diplômes », intégrant profondément ces cursus, mutualisant ses forces et ses équipements, avec pour but affiché de faire évoluer l’ensemble vers un « MIT à la française ». La direction de l’Ecole entend ainsi « favoriser le rayonnement de la France par une contribution active à la résolution des enjeux planétaires dans les domaines économique, environnemental, sanitaire et sécuritaire », selon son directeur Jacques Biot, qui s’est exprimé dans un communiqué.

L'esplanade d'honneur de Polytechnique

L’esplanade d’honneur de Polytechnique (JM/EI)

La démarche est en tout cas présentée comme complémentaire de celle de l’université Paris-Saclay, alors même que plusieurs membres de l’UPSaclay ne cachent leur crainte de voir la NewUni monter des formations similaires aux leurs. « Cette organisation permettra au plateau de Saclay de gagner en visibilité à l’international et de devenir un véritable cluster de recherche et d’innovation de niveau mondial, forts de liens étroits avec les centres R&D de grandes entreprises, dont un certain nombre se trouvent déjà sur le plateau comme Thalès, EDF, Danone ou Air Liquide » fait valoir l’X. A noter que le campus situé sur Evry se trouvera impacté par cette séparation du projet Saclay en deux pôles, puisqu’alors que l’université lie son destin à celui de l’université Paris-Saclay (lire notre article), son voisin de Télécom Sud-Paris prend le chemin de NewUni.

Pour Jacques Biot, dont le conseil d’administration a approuvé le 9 novembre dernier les contours de ce futur établissement, les deux nouveaux pôles autant vocation à figurer dans le classement de Shanghai comme d’autres références spécialisées (classement QS, du Times Higher Education ou du Financial Times). « Ainsi, ces deux ensembles auront tous les atouts pour réussir, chacun à leur manière, dans ces classements « intensifs » ou « extensifs » est-il précisé. Polytechnique compte de cette manière bâtir « une institution originale, dans la culture des universités internationales de science et de technologie, pour produire et partager des connaissances pluridisciplinaires, au meilleur niveau, au bénéfice de nos étudiantes et étudiants, des entreprises et de la société », a justifié son directeur.

Notre dossier sur l’université Paris-Saclay : deux ans d’archives et dossiers