Il y a environ 50 ans, une ‘ville nouvelle’ sortait de terre à proximité de la vallée de l’Yvette. Deux communes, Orsay et Bures, construisaient un quartier entier sur leur plateau agricole. Les Ulis était née, et deviendra en 1977 une commune à part entière (lire notre article). Un demi-siècle plus tard, cette fois de l’autre côté de la vallée, une autre ville nouvelle se dessine, héritière de la cité scientifique imaginée sur le Plateau de Saclay lorsque s’installèrent sur place le CEA ou encore le campus de l’Ecole Polytechnique.

Toute la frange sud du Plateau, une bande d’environ 7 kilomètres de long à cheval sur les villes de Gif, Orsay, Saclay et Palaiseau est au centre du vaste programme de ‘cluster’, tel que conçu par l’Etat. Plusieurs écoles et instituts sont en voie de déménagement sur place, à côté de laboratoires ‎et de centres de recherche. L’ambition, y étabir la ‘Silicon valley’ à la Française où cohabiteraient universités et recherche, en lien avec l’innovation et le développement de start-ups.

Parmi les parties-prenantes de ces projets, on retrouve l’établissement public (EPA Paris-Saclay), bras armé de l’Etat aux manettes pour toutes les questions d’arrivées d’écoles, d’instituts et les différents aménagements. Il coordonne l’ensemble du projet immobilier à cheval entre l’Essonne et les Yvelines. Le tout en lien avec l’avènement de l’université Paris-Saclay et ses composantes, un total de 18 établissements dont le CEA, le CNRS, l’université Paris-sud et les écoles supérieures. Créée en janvier 2016, la nouvelle agglo CPS regroupe 27 communes et a adopté l’été dernier son Contrat de développement territorial (CDT), qui reprend les ambitions sur ce secteur pour les 15 prochaines années (lire notre article).

Ecoles, logements, services…

En ce début 2017, les grues sont bien visibles au sein des deux actuelles ‘ZAC’, du Moulon et de Polytechnique, secteurs en cours de construction. A l’est du Plateau, le Moulon est en profonde mutation. L’ouverture prochaine des nouveaux locaux de CentraleSupelec constitue l’évènement majeur attendu ces prochains mois, tandis qu’à l’ouest dans le quartier Polytechnique, l’ENSAE se verra livrer cette année des locaux flambant neuf de 15 000 mètres carrés. D’autres écoles, ainsi que des départements qui dépendent de l’université Paris-sud sont attendus en 2018 et 2019. En parallèle, une dizaine de résidences étudiantes sont en construction ou vont l’être, et ce sont quelques 4000 nouveaux logements étudiants qui vont pousser dans les 2 ans à venir sur place (lire notre article).

Ces mises en chantier vont se multiplier en 2017 et 2018, et des milliers d’étudiants, de travailleurs puis d’habitants s’apprêtent à arriver sur le Plateau. En attendant la construction d’une ligne de métro annoncée pour 2024, la question des transports s’annonce donc cruciale pour celles et ceux qui se rendront sur le Plateau d’ici là. Car outre le volet universitaire, la frange sud du Plateau comptera plusieurs secteurs identifiés pour accueillir des logements familiaux. A partir de 2021 ou 2022, des lotissements verront le jour du côté du Moulon comme de Polytechnique, avec environ 1 500 logements et un groupe scolaire programmés dans chacun des deux secteurs.

A l’origine, 2500 logements familiaux étaient prévus sur la ville de Palaiseau, mais le maire élu en 2014 Grégoire de Lasteyrie a récemment conclu un accord avec l’aménageur pour réduire la voilure : « le projet initial densifiait à outrance, nous avons donc réduit le nombre de logements à 1 500 pour que le quartier respire » s’est-il expliqué lors des voeux de la commune. De quoi s’attirer les foudres de son opposition qui dénonce une « non-vision de la ville ». Pour le conseiller municipal PS Matthieu Pasquio, « c’est juste un affichage politique, qui limite en plus à 20% de social dans les logements familiaux, et cela crée des zones mono-fonctionnelles ». Le maire LR préfère parler de « promesse tenue » aux habitants de limiter l’urbanisation du Plateau.

Ensuite, Corbeville… et des recours

Mais les porteurs du projet au niveau des gouvernements successifs, ainsi que les élus locaux, ne comptent pas s’arrêter là. Chacune des ZAC doit voir l’ouverture de commerces, de bureaux et de lieux de vie à proximité des deux futures stations du métro. Logements, commerces, services, équipements, le projet urbain est bien plus vaste que la seule venue des organismes de recherche sur le Plateau. L’objectif est bien de constituer des « quartiers vivants » selon l’expression de l’EPA. L’ancienne école de police du Moulon, le « Point F. » doit ainsi être reconverti en lieu de vie et d’animation, avec une ouverture au public prévue en 2019. Il proposera selon l’aménageur « des équipements et activités multiples au sein d’un lieu polyvalent à même d’accueillir des évènements, des commerces éphémères, un bar restaurant, un lieu de vente en circuits-courts, une librairie… ».

Toujours au Moulon, un complexe sportif doit aussi voir le jour d’ici 2 ans, avec 10 000 mètres carrés de surface comprenant 4 terrains. Après les quelques 4 000 logements étudiants en plus, environ 2 000 dans chacune des ZAC du Moulon et de Polytechnique, et les programmes mixtes et de logements familiaux au nombre de 3 000, d’autres constructions sont à attendre à partir de 2020. Entre les deux zones en travaux, ce sera ensuite au tour de Corbeville d’être urbanisé, selon la volonté des porteurs de projet. « 1 500 nouveaux logements, une école et des équipements culturels pourraient être construits au sein d’un quartier éco-innovant » prévoit le maire d’Orsay David Ros. Un collège, voire un lycée international pourraient s’implanter sur le site, ainsi que l’hôpital unique du nord-Essonne actuellement dans les cartons (lire notre article), pour lequel « une parcelle de 3,7 hectares en bordure est de Corbeville a été identifiée » précise le maire. Cette zone au centre des attentions est aussi celle candidate à l’accueil de l’expo universelle 2025. Les 50 hectares nécessaires se situeraient des deux côtés de la 118, et David Ros aimerait en profiter pour « couvrir une partie d’axe et y faire passer les piétons ».

Ces perspectives ne réjouissent en tout cas ‎pas un certain nombre d’habitants et plusieurs associations investies sur le Plateau. « On pense qu’ils nous entrainent dans le mur, comme pour tous les ‘grands projets inutiles’ » résume Claudine Parayre du collectif Saclay citoyen. Trois recours sont pour l’instant déposés par les associations, dont celui sur la déclaration d’utilité publique de Corbeville, « et une pétition européenne pour exiger la transparence sur le dossier ». Vice-présidente de FNE Ile-de-France, Catherine Giobellina conteste aussi le déménagement d’AgroParisTech qu’elle juge « totalement aberrant » et annonce que le projet de métro fera aussi l’objet d’un recours. Et puis à l’approche de la présidentielle, ces acteurs ont bien l’intention de saisir les différents candidats, afin d’exiger d’eux un « moratoire » sur l’ensemble du projet de campus urbain.