C’était le rendez-vous des professionnels et acteurs du monde médical en Essonne : le 22 novembre dernier avaient lieu les assises de la santé au Genopole d’Evry. Un évènement que la conférence territoriale de l’ARS, organisatrice des Assises, veut rassembleur. Son président Philippe Naszalyi qui porte le rendez-vous y voit « un lieu où les experts, citoyens, professionnels, associatifs s’écoutent, avec le principe que tout le monde ait les informations ». Emanation de l’Agence régionale de santé dans le département, la conférence de territoire regroupe en effet toute la palette du monde médical et paramédical en Essonne. Au menu de ses assises qui se déroulent tous les deux ans, plusieurs tables-rondes et ateliers sur des thématiques comme les innovations en santé et l’éthique, la démocratie sanitaire, la jeunesse, le handicap ou encore les soins de ville.

L’occasion pour les praticiens, comme pour des intervenants spécialisés dans certains domaines, de donner leur éclairage sur ces sujets actuels. A l’image du débat autour des « démarches de santé citoyennes », c’est à dire l’implication des malades et de leur famille dans la prise en charge. Une manière de prendre en compte la parole du patient tout au long de ses soins. Non annoncé au programme, un sujet est pourtant apparu en fil rouge tout au long de la journée. Il s’agit de celui des hôpitaux publics, et plus particulièrement du projet contesté d’hôpital unique pour le nord-Essonne envisagé à l’horizon 2024.

La thématique s’est ainsi invitée dans les débats durant les séances pleinières, notamment celle sur le thème des innovations en santé et de l’éthique. Après avoir distribué un tract à l’entrée des Assises, les membres du Comité de défense des hôpitaux de Longjumeau et Juvisy, composé de militants du PC, de la CGT et de Sud, avec le soutien d’Eva Sas, sont intervenus pour rappeler leur opposition « à la fermeture des services publics de santé de proximité ». Conseiller municipal d’opposition à Viry-Chatillon, Gilles Rémignard dénonce un projet « fondé sur une logique comptable et financière qui va clairement contre la population et l’intérêt général ».

Depuis plusieurs mois, et l’adoption du « projet médical partagé » par les conseils de surveillance des hôpitaux d’Orsay et Longjumeau-Juvisy (qui forment une même structure juridique), un nouveau GHT – pour Groupement hospitalier de territoire – a vu le jour sur le nord du département. Dans ses cartons, un projet d’hôpital unique de 450 lits, sur le Plateau de Saclay, pour remplacer les trois hôpitaux actuels, avec la promesse du maintien de structures de proximité sur les villes concernées. Le directeur des deux établissements Guillaume Wasmer pilote actuellement ce projet qui se trouve selon lui « en phase d’instruction très avancée ». Sa tutelle l’ARS doit en effet par la suite lui attribuer, ou non, les financements du dispositif Copermo pour que soient lancés les travaux.

Quelles contreparties aux fermetures annoncées ?

En attendant la décision finale, le GHT penche sur des projets d’architectes pour le nouveau site et prévoit l’achat des terrains nécessaires, dans la zone de Corbeville. Parallèlement, le directeur des hôpitaux indique qu’il « discute avec les mairies, les tutelles, sur le maintien d’une capacité d’urgence » sur les communes de Longjumeau et Juvisy : « j’estime qu’on doit à la population une offre de premier recours ». Un discours qui n’a pas semblé convaincre tous les élus du territoire concerné, puisque plusieurs communes comme Savigny, Morsang et Viry ont adopté des motions contre la fermeture de l’hôpital de Juvisy et ses urgences. Pour Gilles Rémignard, « il y a eu une réaction très saine des maires qui se rendent compte des besoins des habitants, les gens sont très touchés par les attaques sur la santé ».

De plus, une pétition en ligne contre la fermeture des hôpitaux, lancée par le comité de défense a recueilli plus de 10 000 signatures, « avec un bon de plus de 8000 signatures en 6 jours » se réjouit le conseiller municipal de Viry. Dernier rebondissement, un courrier envoyé par les maires de Juvisy et Viry-Chatillon à l’ARS dans lesquels ils affirment regretter « que le projet de nouvel hôpital nord-Essonne n’ait pas associé l’ensemble des élus locaux des bassins de santé concernés, ni recueilli l’avis de nos habitants ». Selon eux les principaux points d’achoppement concernent les contreparties annoncées à la fermeture de l’hôpital de Juvisy. « Nous avions espéré qu’un représentant de l’ARS viendrait présenter le projet aux habitants » commente Robin Reda, le maire de Juvisy, « de plus les contreparties annoncées sont floues. Nous ne remettons pas en cause la vétusté de l’actuel hôpital, mais il y a une problématique de proximité, les axes routiers ne permettent pas de se rendre sur le futur site ».

Les maires De Viry-Chatillon Jean-Marie Vilain et celui de Juvisy Robin Reda demandent à l'Etat d'assumer la disparition programmée de l'hôpital de Juvisy

Les maires De Viry-Chatillon et Juvisy demandent à l’Etat d’assumer la disparition programmée de l’hôpital de Juvisy (JM/EI)

Pour répondre à la demande de soin de proximité, et compenser un hôpital comme Juvisy qui accueille 29 000 patients par an aux urgences, le directeur des hôpitaux prévoit la mise en place de centres de soins « non-programmés », où cohabiteraient les personnels du centre hospitalier et des médecins libéraux. Selon Guillaume Wasmer, « une expérimentation va être réalisée dès 2017, nous allons tester le dispositif à Longjumeau, puis on pourrait en ouvrir un à Juvisy et un à Sainte-Geneviève-des-Bois ». Concrètement, ce serait des lieux « ouverts de 10h à 22h » qui feraient office de « quasi mini-urgences » selon lui, prévoyant que ces lieux pourraient accueillir « 60 000 personnes par an avec des médecins urgentistes, de l’imagerie et de la biologie ». Une proposition qui ne satisfait pas le maire de Viry-Chatillon Jean-Marie Vilain, pour qui « à la base, le deal était différent » concernant le maintien de services de soin sur le bassin local.

Le comité de défense des hôpitaux ne voit lui non plus pas d’un bon oeil cette possibilité de centre de soins non programmés : « ce sera un service privé dans lequel des praticiens viendront faire des actes, ça n’a pas de sens, c’est une sorte de trompe l’oeil » assure Gilles Rémignard. Il souligne de plus « l’utilité d’un service d’urgence sur ce territoire, tout le monde sait qu’il y a des sites Ceveso, l’aéroport, la gare ». Autre enjeu, celui du dimensionnement du nouvel hôpital, qui contiendra en tout entre 450 et 500 lits, ce qui correspond pour les opposants au projet à « 900 personnels sanitaires de moins sur ce bassin ». « Cela n’est basé sur aucun fondement, il n’y aura pas 900 emplois en moins » conteste Guillaume Wasmer, « de plus le projet n’est pas terminé et les discussions se poursuivent ».

A l’en croire, « le statu quo n’est pas une option, il s’agit de réaliser un projet extraordinaire sur Saclay, tout en préservant l’offre de soin de proximité ». « On est en train de créer des disparités territoriales » s’alarme pourtant Robin Reda, qui avait approuvé en juin dernier le GHT lors du conseil de surveillance de l’hôpital, « sans remettre en cause la logique nationale, on lance un cri d’alerte. On sait que l’Etat et l’ARS ont des objectifs à remplir, qu’ils prennent donc leurs responsabilités ». Autre son de cloche pour Gilles Rémignard, qui dénonce lui « une ligne politique menée par Touraine (actuelle ministre), comme Fillon, qui vise à réduire au maximum la taille des hôpitaux qui s’occuperont des plus pauvres, tandis que les cliniques récupéreront le reste, le plus rentable ». Dans tous les cas, un bassin de vie de 400 000 à 500 000 habitants est directement concerné par ces projets en matière de santé publique locale.