A quoi ressemblera le paysage médical dans 10 ans, dans tout le nord du département? A côté des établissements spécialisés ou privés présents à Massy, Athis-Mons ou Longjumeau (clinique de l’Yvette), il pourrait y avoir un hôpital public unique en 2026, contre trois actuellement. Les sites de Longjumeau, Juvisy et Orsay ne devraient faire plus qu’un si un tout nouvel hôpital voit le jour sur le Plateau de Saclay, au niveau du secteur à bâtir de Corbeville.

Suite aux conseils de surveillance des deux établissements (Juvisy et Longjumeau font partie du centre hospitalier des deux vallées, plus celui d’Orsay), le groupement hospitalier nouvellement créé a pris place sur la carte hospitalière du département. L’Essonne se trouve désormais coupé en deux au sens de la loi Santé de la ministre Marisol Touraine. Les établissements d’un même territoire doivent dorénavant mutualiser des services, et définir un projet médical commun avec une prise en charge partagée des patients. Le groupement hospitalier sud-Essonne, qui comprend l’hôpital sud-Francilien (Evry-Corbeil), celui d’Arpajon et l’hôpital sud-Essonne (Etampes, Dourdan), se partagera le département avec le groupement hospitalier de territoire nord-Essonne, avec Juvisy, Longjumeau et Orsay. Cas à part, l’EPS Barthélémy Durand d’Etampes, qui devait un temps rejoindre le GHT nord-Essonne, demande pour le moment une période dérogatoire (lire notre article).

Concernant le nord-Essonne, des orientations stratégiques ont été décidées au sein des instances des hôpitaux. Le projet médical partagé a ainsi été adopté à la quasi unanimité des membres des conseils de surveillance (élus, médecins, personnel) avec seulement deux voix contre à l’hôpital d’Orsay, et une voix contre à l’hôpital des Deux vallées (Longjumeau, Juvisy). « Selon la loi, les établissements devaient intégrer un GHT – pour Groupement hospitalier de territoire – avant le 1er juillet 2016, et pour cela adopter ce Projet médical partagé » rapporte le directeur des deux entités administratives Guillaume Wasmer, « on a le feu vert de l’ARS (Agence régionale de santé) pour être inscrit dans un dispositif national, on peut donc construire des hypothèses, mais nous sommes au tout début du processus de négociation » tient-il à rappeler.

L’objectif visé : obtenir les financements du dispositif Copermo du ministère afin de construire un nouvel établissement. L’échéance est celle du premier trimestre 2017 pour demander l’inscription à ce dispositif, qui prendrait ensuite plusieurs années. Depuis l’annonce de cette orientation, personnels comme citoyens s’inquiètent des bouleversements annoncés, avec la question de l’accès aux soins de proximité qui se pose clairement (lire notre article). Mais administratifs comme élus des villes concernées semblent unanimes pour dire que la seule solution est celle de cet hôpital unique.

La réhabilitation de Longjumeau n’aura pas lieu

L’homme a la manoeuvre de ce grand chamboulement dans le secteur hospitalier du nord du département dresse un constat sévère : « les projets de rénovation des actuels hôpitaux ont échoué, aucun de ces trois n’a d’avenir seul ». Selon lui il y a actuellement « une dispersion de l’offre de soins, des équipes fragiles. Beaucoup de gens vont aux urgences car il y a un manque de médecine de nuit ». Chacun des trois maires concernés partage ainsi ce constat. Lors du dernier conseil municipal de la ville d’Orsay, le maire David Ros insistait sur les moyens de l’ARS « qui ne permettent pas de faire vivre trois hôpitaux, Longjumeau nécessiterait des crédits très élevés pour être rénové, et avec la présence du CHSF, les bassins de Juvisy et Longjumeau ont diminué ».

La maire de Longjumeau Sandrine Gelot-Rateau, également présidente du conseil de surveillance des hôpitaux Longjumeau-Juvisy, revient sur « les choses construites avec l’ARS » en matière de rénovation de l’hôpital de sa commune, « puis refusées ». Elle note surtout que « l’établissement est vieillissant, et a atteint ses limites de vétusté ». Globalement, elle ajoute qu’en la matière, « la politique du gouvernement est assez claire, il n’est pas question de mettre 100 millions d’euros pour sa réhabilitation ». Selon la maire de Longjumeau, « si on ne fait rien, l’hôpital va mourir tout seul, déjà il s’appauvrie, il n’y a plus de nouveaux internes ».

La solution résiderait donc dans la construction d’un site unique, sur le Plateau de Saclay au niveau du secteur de Corbeville. A terme, un hôpital tout neuf de 450 à 500 lits pourrait sortir de terre en 2024 ou 2026. « Il y a chez les élus un consensus large pour un hôpital moderne sur un horizon de 10 ans » témoigne le maire de Juvisy Robin Reda. Pour celui d’Orsay, « nous avons considéré que l’hôpital unique était l’offre la meilleure, avec des portes d’entrée et des soins de suite sur le territoire », tout en glissant aux membres de son conseil municipal : « on ne le dit pas trop fort, mais ce sera sur la commune d’Orsay ».

Un scénario que refuse toujours une partie des personnels et leurs représentants, qui s’insurgent contre « les coupes sombres qui vont faire fermer Juvisy à terme puis Longjumeau » s’emporte Catherine Fayet de Sud-santé 91. La syndicaliste essonnienne juge durement la loi Santé et ses applications : « pour nous c’est une réforme contrainte, avec une perte d’autonomie pour les hôpitaux, c’est vraiment fait pour faire des économies ». Rappelant le contexte budgétaire avec « 3,8 Milliards d’euros d’économies » à réaliser dans le secteur hospitalier et 22 000 postes supprimés en 5 ans, ces groupements hospitaliers de territoire sont vus comme « des instances bureaucratiques, où tout est décidé par un comité stratégique » selon les syndicalistes, « les élus y seront informés une fois par an dans une conférence territoriale des élus, sans aucun pouvoir. Quant aux personnels, ils se contenteront d’une conférence du dialogue social » souligne Catherine Fayet.

Quelles contreparties?

C’est là l’inconnu pour les élus, et surtout pour les habitants d’un bassin de vie qui concerne pas moins de 400 000 personnes. A l’heure actuelle, aucune certitude sur le paysage médical du nord du département dans 10 ans, même si quelques pistes sont tracées sur les territoires concernés. En effet, le processus enclenché par le groupement hospitalier nord-Essonne va entraîner « une reconfiguration profonde de l’offre de soins » et des « restructurations » indique Guillaume Wasmer. « Nous sommes sur le même territoire que le Plateau de Saclay, alors un hôpital adapté à la médecine moderne, on a dit ‘pourquoi pas?’, que ça fonctionne et ça bénéficiera à tous » rapporte Sandrine Gelot-Rateau, « par contre je me bats à maintenir une offre de santé de proximité sur Longumeau, l’un ne va pas sans l’autre ».

Car si rien n’est encore acté et que tout dépend de l’accord du ministère pour financer le projet, le projet médical partagé comporte encore beaucoup d’incertitudes. C’est en ce sens que les élus ont reporté le vote sur le processus de fusion des trois hôpitaux. « Ils veulent des contreparties avant l’engagement ferme sur le nouvel hôpital » indique le directeur des deux entités actuelles. Ce denier imagine « ouvrir des unités de proximité, idéalement de médecine de ville, sinon hospitalières, et de laisser sur place des équipes pour une offre de proximité immédiate, puis renvoyer les patients vers Saclay, le CHSF ou Villeneuve avec leurs plateaux techniques ».

Un hôpital central rattaché à des petites unités présentes dans les villes, le maire d’Orsay le voit ainsi à terme : « l’objectif serait que les patients restent moins longtemps dans l’hôpital, pour les soins principaux et qu’ils bénéficient de soins de suite sur un autre site ». Pour le maire de Juvisy Robin Reda, dont l’hôpital devrait fermer ses portes en 2022, « on attend des garanties, car on n’est toujours pas d’accord sur le maintien d’activités de santé » sur sa ville. La maire de Longjumeau évoque de son côté l’accessibilité du site du nouvel hôpital prévu sur Corbeville : « on pourrait prolonger de Massy à Longjumeau le site propre de bus » et réfléchit à une possibilité « d’appui » de la clinique de la main pour la prise en charge des patients de son secteur.

Autre son de cloche du côté de la syndicaliste de Sud-santé Catherine Fayet : « les moyens vont être concentrés sur les grosses structures, on a déjà perdu deux maternités (Dourdan, Juvisy), la réa d’Arpajon, celle d’Orsay ferme en juillet 2017 ». Plus globalement, ce groupement hospitalier a été ficelé « dans l’urgence, alors que ça nous engage pour 10 ans » ajoute-t-elle, se demandant comment les maires « vont-ils assumer devant leurs habitants? Ils ont tous voté pour la fermeture à terme de leurs hôpitaux ». A contrario, le centre hospitalier sud-Essonne a pour sa part reporté le vote sur la création du GHT sud-Essonne, car les maires de Dourdan et Etampes sont opposés au projet actuel. La député écologiste du bassin de Juvisy Eva Sas a pour sa part demandé un rendez-vous au directeur de l’hôpital pour qu’il revienne sur ce qu’elle appelle « un projet inutile et imposé » qui « accentuerait le manque d’offre de soins dans la 7eme circonscription, et ne constitue en rien une structure de proximité pour les habitants ».

Vente en vue pour les sites actuels

Le financement des orientations incluses dans ce projet médical partagé pour le GHT nord-Essonne entraîneront également de vastes projets de reconversion pour les actuels sites hospitaliers de Juvisy, Longjumeau et Orsay. Pour le directeur des établissements Guillaume Wassmer, « effectivement, une partie du financement du site unique est basé sur la vente des sites actuels » même si pour le moment aucune mise en vente n’a été faite. A Juvisy par exemple, le PLU a gelé la parcelle du terrain de l’hôpital, et les élus d’opposition pensent qu’il va susciter l’appétit des promoteurs. « l’hôpital va chercher à vendre les terrains, surtout le parking, mais on ne veut pas que ça devienne une unité de soins palliatifs » assure Robin Reda, le maire, « aujourd’hui il y a la possibilité de construire, mais nous avons mis en place un périmètre d’attente » au niveau de la commune donne-t-il comme garantie.

Autre situation à Longjumeau, où la ville « se doit d’être associée au devenir du site » explique la maire, « il y a des questions d’emploi notamment, et le foncier, tout cela va faire l’objet de négociations ». Quant à Orsay, où l’actuel hôpital est situé en plein-centre de la commune, le maire le voit comme « un site stratégique, où l’on pourra favoriser l’activité économique » veut-il, alors que la ville est en cours de travail sur la rénovation complète de son centre-ville.