En 2016, la France s’était classée à la 23ème position des destinations les plus prisées par les expatriés, d’après le classement « Expat Explorer » établi par HSBC. De façon générale, les étrangers sont attirés par le style de vie « à la française » (surprenant non ?). Près de 60% ont plus de 55 ans et 28% ont entre 35 et 54 ans. Si les expatriés viennent en large majorité d’Europe, de plus en plus de talents originaires d’Asie ou d’Afrique choisissent de s’établir en France.

Des partenariats universitaires pour attirer les talents

Depuis une dizaine d’années, le département travaille sur son attractivité internationale, espérant attirer les petits génies de l’étranger.
Et c’est à l’école que tout commence. De nombreuses coopérations universitaires ont été signées entre les établissements d’enseignement supérieur de l’Essonne et des établissements étrangers. En 2016, l’université d’Évry signe un partenariat dans le domaine scientifique avec la Huazhong University of Science and Technology à Wuhan, en Chine. Et ce n’est pas un hasard puisque la ville de Wuhan est l’une des villes chinoises accueillant le plus d’expatriés français.

Profitant de la présence française en Chine, le département se donne l’objectif de faire venir des scientifiques dans ses laboratoires et centres de recherche du Plateau de Saclay et du Genopole principalement. Une vraie pépinière de talents s’est donc développée à Saclay, qui attire toujours autant de chercheurs étrangers à l’image de Mohammed Ahmed. Ce doctorant palestinien de l’Université Paris-Saclay et chercheur à l’ICM (Institut du Cerveau et de la Moelle Épinière) est arrivé en France en mars 2018, après avoir vécu en Allemagne et en Californie. Ce qui l’a poussé à venir s’expatrier en Essonne ? « La valeur du diplôme bien plus supérieure à celle d’autres établissements français ou européens », explique le jeune palestinien.

Ainsi, ces derniers mois, le nord du territoire essonnien a vu sortir de terre des quartiers destinés à accueillir ces nouveaux arrivants d’ici 2019. Le département a (littéralement) mis les petits plats dans les grands pour offrir la meilleure expérience possible à ses visiteurs étrangers.

A Massy, un campus d’un tout nouveau genre va voir le jour en septembre 2018 : 1000 appartements, 3000 m² d’espaces communs dont un espace de coworking et une cuisine collaborative viendront composer la nouvelle résidence « Ecla » aux portes de Paris-Saclay et ses 87 000 étudiants et chercheurs. De quoi répondre à cette nouvelle demande de jeunes expatriés en quête d’espaces de vie connectés et fonctionnels.

Accompagner pour mieux attirer

Comment les expatriés sont-ils accompagnés dès leur arrivée en Essonne ? A l’image de Science Accueil, des associations assistent les talents étrangers dans leur projet d’expatriation. « Nous les accompagnons dans leurs démarches administratives, nous les aidons à se repérer dans le dédale de l’administration française », explique Sophie Langrognet, directrice du développement de l’association basée à Orsay. Elle comptabilise plus de 30 000 expatriés accompagnés depuis plus de 20 ans. Grâce aux partenariats conclus auprès des écoles, des centres de recherche, des banques et des assurances, l’association assiste les expats dans leurs (nombreuses) galères administratives avant et pendant leur mobilité.

Cent trente-deux. C’est le nombre de nationalités qu’a vu défiler Science Accueil. Parmi ces nationalités, certaines se détachent : « La plupart des scientifiques qui s’expatrient viennent de Chine, du Brésil, d’Italie, du Maroc et de la Tunisie », indique Sophie Langrognet.
Les expatriés sont majoritairement célibataires, bien que près de 10 % d’entre eux viennent avec leur conjoint et leurs enfants pour des courtes ou longues durées. Science Accueil propose aussi des solutions d’hébergement sans garants et sans feuille d’imposition, grâce à son réseau de propriétaires particuliers. « Nous avons tout un parc de logements proposés par des propriétaires particuliers. Très souvent, ils font le relais de notre hospitalité en les aidant par exemple à obtenir un abonnement internet ou téléphonique. Ils les aident à faire leurs premiers pas en France », se félicite la directrice. Et si certains expatriés font appel directement à l’association pour préparer leur installation en Essonne, des entreprises à l’image de Thalès, Nokia ou Sanofi viennent aussi toquer à la porte de Science Accueil : en échange d’une cotisation annuelle, l’association orcéenne s’occupe de l’arrivée des salariés étrangers.

Comment se passe l’intégration ?

Il peut être difficile de se sentir « chez soi » lorsque l’on débarque dans un nouveau pays, encore plus si la culture de celui-ci est diamétralement opposée à celle que l’on connaît. Certains expat’, mal intégrés, vont se réfugier dans le travail. Certains vont aussi vouloir dissimuler les difficultés qu’ils rencontrent. « C’est ce que l’on veut éviter », souligne Sophie Langrognet. « L’objectif est de faire en sorte que ces personnes aient envie de rester en France et de dire à d’autres talents de venir s’installer ». Des visites sont donc organisées un peu partout en Ile-de-France pour faire découvrir le patrimoine français aux expatriés et des cours de pratique orale de la langue de Molière sont dispensés « pour pouvoir se débrouiller dans la vie de tous les jours ».

Valentin Gherman, chercheur roumain au CEA Saclay (Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives), installé en France depuis 12 ans après avoir vécu en Allemagne, assure que c’est sa bonne maîtrise du français qui lui a permis de s’intégrer rapidement dans le département. La seule ombre au tableau ? Les galères administratives, d’après l’expat’ roumain. « Je suis arrivé en France fin 2006, en 2007 la Roumanie est entrée dans l’Union Européenne et même comme ça j’ai été embêté par la préfecture qui traitait très lentement mon dossier », confie le scientifique roumain. Pour remédier à ces tracas administratifs, Science Accueil a signé un partenariat avec la préfecture de l’Essonne pour obtenir une réduction de délais administratifs pour ses clients-expatriés. « Pour éviter qu’ils fassent la queue dès 4 heures du matin », glisse Sophie Langrognet.

Pour les expat’ en quête d’immersion culturelle, des « repas à la française » sont organisés par certains essonniens. Objectif: nouer des amitiés et créer du lien social. Et c’est aussi l’objectif d’une autre association : l’Accueil des villes françaises (AVF) avec ses trois antennes locales en Essonne (Bures-sur-Yvette, Dourdan et Etampes). Pour Marc Berchere, président de l’antenne d’Etampes, l’objectif est de faire rencontrer les expatriés entre eux via des ateliers variés qui vont de la marche nordique à la danse en passant par le scrabble. « Car une vie d’expat’ sans rencontres ni immersion dans la vie locale, n’est pas une vie d’expat », confirme Mohammed Ahmed, pour qui la « proximité avec Paris est un vrai plus » en plus de la « diversité culturelle propre à l’Essonne et à la région parisienne » rendant l’expérience encore plus enrichissante. Alors, l’Essonne, nouvelle terre d’expat’ ?