Les membres de la Communauté d’universités et d’établissements Paris-Saclay, plus connue sous le nom d’université Paris-Saclay se sont mis d’accord sur le modèle d’université cible, à construire d’ici 2025. Fruit du regroupement de 15 établissements (3 universités, 5 écoles et 7 organismes de recherche), il doit être présenté aux instances dirigeantes des universités et écoles d’ici la mi-décembre. C’est le 18 décembre que le projet ‘Idex’, pour obtenir la manne des Investissements d’avenir, est attendu.

L’université Paris-saclay a sa feuille de route

Après des tractations qui auront duré de longs mois, les porteurs de Paris-Saclay ont mis au point une mouture qui permet de viser l’excellence en matière de recherche et de visibilité de la formation académique. Il s’agit avant tout de répondre aux standards internationaux, clament ses promoteurs. Une vision qui est pourtant loin de faire l’unanimité sur place. Quelques réunions syndicales ont déplacé un public restreint, mais les personnels ont l’intention de se faire entendre lors de la réunion du CA qui doit entériner le Modèle d’université Paris-Saclay cible.

Et la refonte du monde de l’Enseignement supérieur et de la recherche qui se préfigure à Saclay pourrait bien servir de modèle aux autres villes universitaires, où s’opèrent également des regroupements, à l’image de Lyon, qui se targue d’être le « 2ème » pôle universitaire de France. Premier objectif en tout cas pour Sylvie Retailleau, la présidente de Paris-Sud, la lisibilité internationale du nouvel ensemble : « il faut que la France s’aligne, qu’il y ait une université visible, des filières attractives » liste-t-elle, en faisant la promotion d’une « vision claire » offerte « aux jeunes de 18 ans qui seront de potentiels étudiants ».

Faire exister une marque d’excellence

La visibilité est bien l’argument premier de la présidente de Paris-Sud, qui rappelle que l’établissement « a déjà des filières sélectives, pour autant, notre offre de formation n’est pas lisible ». Elle ajoute que « l’image du cycle licence n’est pas claire », et entend également promouvoir la nouvelle structure annoncée pour 2025, la fameuse Ecole universitaire de 1er cycle Paris-Saclay, rattachée à l’UPSaclay, mais comme composante, « cette école est dans le projet, au même titre que les écoles qui gardent leur personnalité propre » assure Sylvie Retailleau. En résumé, pour l’ancienne doyenne de la faculté des sciences, « c’est ce que nous portons depuis 6 ans, nous en sommes à une évolution du projet, sur le fond il n’y a rien de nouveau ».

Au sortir d'une AG intersyndicale, ce lundi 27 novembre sur le campus de la fac d'Orsay, un collectif de personnels s'organise en vue du CA du 4 décembre de Paris-Sud

Au sortir d’une AG intersyndicale, ce lundi 27 novembre, un collectif de personnels s’organise en vue du CA du 4 décembre de Paris-Sud (JM/EI)

La lecture n’est pas la même du côté des syndicats de personnels de PSud, dont une partie se réunissait ce lundi 27 novembre. Ceux-ci parlent de « ségrégation » entre étudiants et de « tri social », opéré à travers cette séparation des licences entre celles accolées à l’université d’excellence, et les autres reléguées dans les collèges universitaires : « il s’agit de trier les ‘bonnes’ et les ‘mauvaises’ licences (sur quels critères?), dans le seul but d’éviter de mélanger les étudiants et d’identifier clairement les licences les plus prestigieuses aux ‘standards internationaux ». Yves Levi est professeur à l’UFR de pharmacie de Paris-Sud et élu Snesup au conseil d’administration de la Comue. Pour lui, le constat est sans appel : « on aura des licences sélectives et des collèges universitaires, soit une sous-structure, alors que le rôle de l’université est de révéler ».

Pour obtenir de bons classements internationaux, « on va cacher les étudiants pas bons » qui ne seront pas comptabilisés dans l’université d’excellence, ajoute l’enseignant. Au départ réfractaires au projet, les représentants étudiants de la FAPS (Fédération des associations de Paris-Sud), se sont finalement laissés convaincre de la cohérence d’ensemble. Selon Kevin Wurtz, élu étudiant au sein de la Comue Paris-Saclay, « il y aura bien deux diplômes, l’un pour l’excellence, l’autre avec plus d’accompagnement et des débouchés professionnels », et le tout sera géré par un collège « qui sera intégré à l’université Paris-Saclay » se satisfont les représentants majoritaires sur Paris-Sud. Selon eux, la version présentée en septembre a connu des évolutions, comme l’assurance que le nouveau conseil des membres ne soit pas décisionnel comme l’actuel.

La démocratie universitaire remodelée

Car l’autre gros changement dans l’organisation de l’université et de la Comue, c’est bien la gouvernance et la gestion opérationnelle de ce mastodonte de l’ESR. Cet autre point fait bondir les représentants de l’intersyndicale, avec la question de la démocratie universitaire qui se trouve largement bouleversée dans l’UPSaclay. L’instance supérieure, le conseil d’administration, sera composé à parité de 18 représentants des personnels et usagers, ainsi que 18 « personnalités qualifiées à l’extérieur de l’université » est-il écrit sur le document stratégique. Une position validée par le plus haut sommet de l’Etat, le président Macron affirmant lors de son discours du 25 octobre que « la gouvernance telle qu’elle se dessine doit être clairement assumée ».

Une démarche que défend la présidente de PSud, au côté de Gilles Bloch, mais dont la perspective est loin de réjouir toute la communauté universitaire. « 50/50, ce n’est pas nouveau, l’école polytechnique de Paris-Sud ou les IUT le font déjà, ce n’est pas anti-démocratique, d’ailleurs le Cac (second conseil) reste majoritairement élu » balaye Sylvie Retailleau. « On va supprimer la démocratie » juge pour sa part Yves Levi. Comme lui, les membres de l’intersyndicale relèvent le caractère historique d’un tel bouleversement, l’université étant synonyme depuis ses origines d’espace démocratique. « C’est une demande des écoles, il a fallu faire un effort pour l’accepter, mais c’est un équilibre » commente pour sa part Kevin Wurtz.

La présidente de l'université Paris-Sud Sylvie Retailleau porte le nouveau projet d'université Paris-Saclay

La présidente de l’université Paris-Sud Sylvie Retailleau porte le nouveau projet d’université Paris-Saclay (JM/EI)

Il faudra que les finances suivent

Les deux présidents s’accordent toutefois sur un point. La réussite du modèle de l’université Paris-Saclay, et notamment de son Ecole des 1er cycles, est conditionné à l’octroi de « moyens », notamment de la part de leur autorité de tutelle. Le rapport stratégique de l’université cible développe ainsi plusieurs possibles ressources dans son plan de développement, car les choses sont posées : « la réussite du projet suppose des évolutions substantielles de la structure de coût ». Le plan prévoit par exemple d’augmenter la dépense par étudiant, « avec l’alignement du financement d’un étudiant en 1er cycle universitaire au niveau de celui d’un étudiant de CPGE (classe préparatoire aux grandes écoles) ». Il faudra aussi supporter « une politique RH dynamique et attractive », puis « investir dans l’ossature administrative » de l’établissement, ainsi qu’assurer « la récurrence des dotations » pour la recherche.

En face, les porteurs de projet de l’UPSaclay escomptent obtenir les fonds d’amorçage nécessaires à travers l’Idex, puis développer de nouvelles recettes : un soutien des collectivités « sur des actions ciblées », une amélioration des revenus de la recherche par le biais du public ou partenariat (entreprises), « établir des prestations », recourir au mécénat, et enfin, « valoriser et accompagner certaines formations de l’Université (masters internationaux, etc.) à l’aide de tarifs spécifiques justifiés ».

Droits d’inscription, l’angle mort

« Il n’y a aucun engagement financier, sauf l’Idex, peut-être » s’alarme Yves Levi, tandis qu’un représentant de l’intersyndicale interprète : « dès qu’on labelise une formation Paris-Saclay, à l’internationale, elle sort du cadre national et les tarifs d’entrée peuvent donc augmenter, ça revient à Dauphine ou Sciences Po par exemple ». Les dirigeants d’établissements se montrent pour leur part confiants en matière budgétaire, notamment après le passage d’Emmanuel Macron à Paris-Sud puis CentraleSupelec (avec un crochet à Polytechnique) le 25 novembre dernier, qui leur a promis : « l’Etat sera pleinement là pour vous aider ». Le sujet des droits d’inscription n’est quasiment pas abordé dans le rapport stratégique, et il devrait faire l’objet de décisions à partir de 2020.

La question est en tout cas sur la table, du moins politiquement, si l’on en croit les déclarations que faisait Cédric Villani durant la campagne des législatives (lire notre article). celui qui n’était pas encore député affirmait être prêt à inscrire ce sujet « dans un débat plus global sur le coût et le fonctionnement » des universités. Celui qui a depuis pris la tête de l’Office parlementaire des choix scientifiques et technologiques effectuait ainsi la comparaison avec les grandes universités américaines, « comme Harvard où l’année coûte 50 000 dollars ». Il déclarait toutefois qu’il n’avait pas l’intention de « faire de la spéculation », avant d’annoncer « une marge de manoeuvre » possible sur les droits d’inscription, même si « il ne sera jamais question de les augmenter sans augmenter les bourses au mérite » précisait-t-il alors. Parlait-il déjà de l’université Paris-Saclay?

L’université Paris-saclay a sa feuille de route

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