Une page risque bien de se tourner, après 30 ans de présence sur Evry d’une université de plein droit. Créée au début des années 90, dans la vague des établissements d’enseignement supérieur bâtis dans les anciennes villes nouvelles (avec Cergy, Marne-la-Vallée et Saint-Quentin-en-Yvelines)‎, la fac d’Evry a désormais son destin lié au projet d’université Paris-Saclay. Avec le modèle d’université cible dévoilé récemment (lire notre article), le cap est tracé pour cet établissement de proximité, qui compte une majorité d’étudiants issus du bassin de vie local.

Si la mouture présentée est adoptée par le conseil d’administration du 5 décembre prochain, la voie d’une fusion avec l’université Paris-Saclay est annoncée pour 2025 au plus tard. Le 1er janvier 2020, avec la transformation de Paris-Sud en Paris-Saclay, et la rentrée des grandes écoles comme membres du nouveau groupement, l’université d’Evry (et son homologue de Versailles-Saint-Quentin), entrera dans une phase transitoire « d’université membre » de l’UPSaclay. Sur le document stratégique de l’université cible, il est précisé pour ces deux facs : « ces universités seront parties prenantes de certaines de ses actions en formation et en recherche et, à ce titre, sont intégrées à la gouvernance du nouvel établissement ». Il est également notifié que des dotations de l’Idex pourront leur être attribuées « dans le cadre de leur participation » à l’ensemble.

En 2025 au plus tard‎, l’établissement évryen disparaîtra au sein de l’université Paris-Saclay et ses composantes. Pour Patrick Curmi, le président de l’université d’Evry-Val d’Essonne (UEVE), les choses se présentent ainsi : « il vaut mieux pour nous être dedans que dehors », sous-entendu, le destin d’Evry est bien de faire partie de Paris-Saclay. Dans le processus qui va s’ouvrir, Evry sera associé à la définition du projet de 2025, notamment dans la création de la nouvelle « EU1CPS » qui verra le jour pour les formations de 1er cycle qui ne feront pas partie de l’université d’excellence, dont les IUT. Concernant la délivrance des diplômes, l’ensemble des doctorats sera délivré par l’université Paris-Saclay, ainsi que 70% des masters, déjà labellisés. « On sera opérateur ou référent » pour ces diplômes précise le président de l’UEVE, qui souhaite ensuite pousser à la création de licences d’excellence Paris-Saclay sur Evry.

A la recherche de la recette de l’excellence

Plus de retour en arrière

Dans l’annexe sur les compétences, droits et devoirs des « universités membres en phase transitoire », soit Évry et Saint-Quentin, il est précisé que d’ici la fusion, les établissements gardent leur personnalité morale propre, et ainsi leurs ressources ou encore la gestion de leur personnel. Les deux universités devront cependant procéder « à la modification de leurs statuts » pour mentionner l’appartenance à l’UPSaclay, tandis que son président siégera dans les conseils d’administration des deux facs. Elles s’engagent aussi à « mener les actions nécessaires pour atteindre l’objectif d’intégrer, de façon pleine et entière, l’université cible en 2025 », en particulier, pour ce qui concerne « l’offre de formation et de recherche ». Elles doivent aussi garantir « une situation financière saine et positive en vue de l’intégration ».

Un cap tracé pour Evry qui va conduire l’université à se mettre petit à petit en conformité avec la stratégie de recherche de l’UPSaclay, sa politique RH ou encore ses actions transverses entre membres. Les composantes d’Evry (UFR, départements), devront elles se rapprocher définitivement de leurs homologues de Paris-Saclay. Cette orientation qui n’est pas pour déplaire à plusieurs laboratoires évryens qui y voient le rayonnement international voulu avec l’université Paris-Saclay. La perspective de fusionner complètement l’établissement essonnien et de séparer les étudiants est assumée par Patrick Curmi, pour qui, « ceux qui veulent faire des études longues, il faut les mettre en capacité de », et de l’autre côté, il s’agit selon lui de « faire mieux, à travers ce beau projet, pour lutter contre la réalité de l’échec massif en 1er cycle ».

« Ce projet peut s’avérer intéressant à long terme » exprime d’abord Pascal Petit, élu au conseil d’administration de l’UEVE sur une liste soutenue par le Sgen-CFDT. Deux sujets soulèvent pourtant question pour cet enseignant d’informatique. « Jusqu’à présent, on est capables en maîtrisant notre budget de garantir des activités de recherche et de formation sur site » présente-t-il, se demandant ce qui restera avec certitude sur Evry une fois la disparition de l’université actée. De plus, celui-ci se demande si le sujet du devenir des agents travaillant dans l’établissement, dont il est annoncé leur rattachement à terme à l’UPSaclay est garanti : « comment ça va se passer pour eux? ».

L’université Paris-Saclay a sa feuille de route

Evry donne des gages..

Le document stratégique prévoit pour Évry et Saint-Quentin‎‎ le transfert complet de leurs diplômes intégrés sous la marque ‘Université Paris-Saclay’. Pour la phase transitoire, il leur est laissé la possibilité de porter « l’accréditation de diplômes nationaux de Licence et Master lorsque leur portage par l’universite Paris-Saclay n’est pas envisagé dans la stratégie de formation » du nouvel établissement. Mais à terme, les diplômes et formation d’Evry seront Saclay ou ne seront plus. Avec 70% de ses masters déjà identifiés Saclay, le chemin est déjà tracé pour ces formations de bac+5. Pour les 30% restant, « soit ça rentre dans Saclay, soit ça disparait » confirme Patrick Curmi, en posant le fait « qu’à terme, nous n’aurons plus de master en propre ».

Ce sont bien plusieurs filières spécialisées qui sont directement menacées de suppression si leur place n’est pas trouvée dans l’UPSaclay. Le président préfère lui miser sur la « convergence des institutions », c’est à dire la fusion complète qui aura lieu au plus tard en 2025, « à ce moment là on créé l’Ecole universitaire de 1er cycle Paris-Saclay » poursuit le président.

Ces écoles de 1er cycle devront accueillir les bacheliers dans des formations professionalisantes à Bac+3, qui cohabiteront dans le groupement universitaire, sans toutefois faire partie de l’université d’excellence. Seules les licences Paris-Saclay (et quelques diplômés de l’Ecole de 1er cycle avec des passerelles) seront amenés à poursuivre dans le cursus bac+5 ou bac+8 de l’UPSaclay. Un système largement critiqué chez les représentants étudiants d’Evry, qui s’indignent d’une « université à 2 vitesses » selon les mots de Quentin Bourgeon, élu Unef au Conseil academique d’Evry, remonté contre un projet «  purement scandaleux ». Selon lui, cette mouture représente « l’élitisme pur et dur qui n’a de seul objectif que le classement de Shanghai ».

.. pour quelles garanties?

Sur le devenir du site d’Evry, l’élu étudiant tire également la sonnette d’alarme : « on gardera la génomique, quelques licences et masters, mais plusieurs filières sont en danger, car tout ce qui existe sur Orsay, il n’y a pas de raison à terme que cela existe à Evry ». « Il s’agit d’être digne » lâche pour sa part le président de l’UEVE, « sachant qu’on ne remplit plus nos masters depuis Paris-Saclay ». Patrick Curmi justifie lui l’utilité de l’Ecole de 1er cycle, qui aura vocation « à lutter contre l’échec des étudiants et assurer l’insertion professionnelle ». Il escompte y fixer un encadrement « de type classe préparatoire » en promettant des « pédagogies innovantes ». Ce cycle de trois ans permettrait même de réaliser une année de césure.

Cette « dilution dans Orsay » n’augure en tout cas rien de bon, à en croire le syndicaliste étudiant. Car cela ne sera pas sans conséquences sur le territoire. Le processus d’intégration d’Evry au projet Saclay a débuté il y a 3 ans, lorsque l’université, devenue membre associé, puis membre de la Comue, a choisi de mutualiser sa recherche et labeliser ses diplômes. D’abord associée aux écoles du bassin d’Evry, elle s’apprête à rentrer pleinement dans la nouvelle UPSaclay. Quitte à perdre les spécificités propres au local de l’établissement? C’est ce que craint Richard Messina, président du Conseil économique, social et environnemental de l’Essonne, et par ailleurs ancien président de l’UEVE.

Ne souhaitant pas « donner des leçons » à ses successeurs, il revient sur les travaux de son instance départementale consultative, qui a constaté « un bouleversement territorial en Essonne, lié notamment à la loi Notre ». Avec la disparition annoncée de l’université d’Evry comme établissement de plein-droit, « un territoire risque de s’enrichir, l’autre s’appauvrir » prévoit-il, « du fait de la compétitivité territoriale ». De plus, c’est bien « la spécificité de l’insertion professionnelle, de l’emploi dans le bassin local » propre à Evry et ses nombreuses filières en apprentissage qui pourrait être menacée.

Le risque pour Evry, ce serait donc de se situer à terme à la périphérie du groupement universitaire, et de se voir délester petit à petit de ses composantes et moyens. Le conseil d’administration de l’université d’Evry, qui se réunit le 5 décembre sur le sujet, pourrait donc acter cette orientation. Qui entrainera la fusion administrative avec l’UPSaclay d’ici 2025.

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