Ce vendredi, 14 heures, Matthieu Lukasi, président-fondateur de « GobUse France », nous donne rendez-vous au siège de sa startup à l’Hôtel d’entreprises de Viry-Châtillon. Nous découvrons des bâtiments flambants neufs, abritant plusieurs bureaux et ateliers. L’esprit « Silicon Valley » est bel et bien là. Le jeune entrepreneur nous présente son bureau : « Cela fait quelques mois que nous sommes installés ici », nous dit-il avec ce qui semble être de la fierté dans ses yeux. Et de la fierté, il peut en avoir. A seulement 26 ans, Matthieu Lukasi est le fondateur de « GobUse France », une entreprise de recyclage de gobelets en plastique pas comme les autres…

« Au départ, c’était seulement un projet scolaire »

Et c’est en 2014 que le jeune savinien a le déclic alors qu’il est en alternance à l’AGEFI (l’Agence économique et financière). « A côté de la machine à café, il y avait une poubelle d’un mètre de haut remplie de gobelets. J’ai posé les yeux une première fois dessus mais en posant un deuxième regard sur cette poubelle, je me suis demandé ce que l’on pourrait faire de ces gobelets et si ça n’était pas plus intéressant pour l’entreprise d’avoir un système qui permettrait de faire tenir droit les gobelets pour gagner un peu plus de place », se souvient-t-il.

A cette époque, le jeune homme est déjà très attentif à l’actualité environnementale et suit de très près les préparatifs de la COP21. Convaincu qu’il existe une solution pour mieux trier et recycler les gobelets en plastique, c’est tout naturellement qu’il décide de se lancer dans l’aventure entrepreneuriale. Pour le jeune patron, c’est presque une évidence : « Je me suis aperçu que 4 milliards de gobelets ont été utilisés en France en 2014 avec seulement 1% de recyclés. Donc soit tout le monde s’en fiche ou bien alors il y a un vrai problème de recyclage de cette matière  ». Mais, « au départ, rajoute-t-il, c’était seulement un projet scolaire » pour intégrer la Licence de création d’entreprise de l’Université d’Evry. Et le succès ne se fait pas attendre du côté des enseignants qui ne tarissent pas d’éloges sur le projet ambitieux du jeune étudiant.

Une période de doutes

Malgré les encouragements des professeurs, le startupper ne prend pas tout de suite le risque de monter son entreprise, une fois son diplôme obtenu en 2015. S’en suit une longue période de doutes pour le jeune homme qui met de côté son projet entrepreneurial et s’engage dans la vie active en travaillant d’abord pour une société de marketing puis au siège de Carrefour à Massy.

C’est d’ailleurs son passage chez Carrefour qui va faire ressusciter le projet « GobUse ». Et pour cause : il est impressionné par les circuits de recyclage, très avancés, installés au siège de Carrefour où plus de 4000 personnes travaillent. Observateur, il constate aussi qu’il n’existe aucun circuit de recyclage pour les gobelets en plastique alors que l’entreprise compte à presque tous les étages de nombreuses machines à café et des fontaines à eau consommant près d’un million de gobelets par an. « C’est vraiment à ce moment là que je me suis dit qu’il fallait que je me lance. Le marché du recyclage des gobelets en plastique fait que même si demain 20 ou 30 nouveaux concurrents débarquent, il y aura toujours autant de demande », conclut le jeune patron.

Une startup 100% made in Essonne

Après avoir quitté son emploi, Matthieu Lukasi se lance officiellement dans l’aventure début 2017. Pour structurer son projet et rencontrer les acteurs clés qui vont l’aider à enfin décoller, le jeune entrepreneur reçoit l’aide de la Communauté d’agglomération des Portes de l’Essonne. Une fois un accord trouvé avec les banques, le jeune créateur souffle enfin et met officiellement les pieds dans le monde de l’entrepreneuriat.

Pour mettre en place son service de recyclage, Matthieu Lukasi décide de s’entourer uniquement d’acteurs locaux pour des raisons de coûts mais aussi écologiques. « Ce que l’on propose aujourd’hui, c’est une offre clé en main, 100% externalisée au niveau des gobelets.  L’entreprise n’a absolument rien à faire. Pas de panne, pas de maintenance puisque la gobmachine (ndlr : nom donné à la machine qui « avale » les gobelets en plastique) est fabriquée à partir de carton recyclé et recyclable ». Le carton utilisé vient en effet de Dourdan, il est ensuite imprimé à Grigny puis assemblé à Etampes avec un ESAT (Etablissement et service d’aide par le travail) partenaire.

En faisant intervenir des travailleurs en situation de handicap, issus de l’ESAT d’Etampes, dans le processus de fabrication des gobmachines et lors des ramassages, le jeune startupper veut casser les clichés sur le handicap. « Je peux leur faire confiance et je n’ai aucun doute sur leur capacité de travail. Cette expérience leur permet aussi de s’insérer dans le milieu professionnel en étant en contact direct avec les entreprises lors des installations des gobmachines mais aussi d’avoir un regard plus large sur ce qu’ils font à l’atelier  », martèle-t-il.

« Rien ne se perd, tout se transforme ». A l’image de cette citation de Lavoisier, Matthieu Lukasi pousse le concept « GobUse » encore plus loin : lorsque les bornes en carton sont ramassées, elles sont directement renvoyées à un recycleur qui va lui, travailler la matière en granulés. Cette matière va ensuite être réutilisée par des entreprises spécialisées dans la transformation de granulés en filaments qui est une matière première secondaire pour les imprimantes 3D. « On veut contribuer à ce que cette technologie [celle de l’imprimante 3D] puisse être au service de l’écologie », ajoute le chef d’entreprise qui anime aussi des ateliers de sensibilisation au sein des entreprises partenaires.

Depuis janvier 2018, début de l’année commerciale, 3 entreprises ont déjà fait confiance à GobUse dont le Grand-Orly Seine Bièvre, la BGE PaRIF et la Mairie de Viry-Châtillon, avec déjà 5 gobmachines d’installées.

Des rêves plein la tête

Et comme tout startupper qui se respecte, Matthieu Lukasi voit déjà l’avenir en grand. Le jeune entrepreneur nous rapporte avoir eu des approches en province et souhaite exporter le concept « GobUse » dans toute la France et à l’étranger. Sa plus grande ambition ? « Etre un acteur de poids dans le recyclage du plastique et aller plus loin que le simple gobelet. » Le jeune patron rêve déjà de s’implanter en Afrique, d’où il est originaire et en Amérique du Sud où la question de la gestion des déchets est problématique.

En plus de vouloir agrandir son équipe, le PDG de GobUse souhaite ajouter un volet social plus important à son concept : faire intervenir des personnes incarcérées dans le processus de broyage des gobelets en plastiques (des discussions sont en cours avec notamment la Maison d’arrêt de Fresnes). A suivre.