Ce mercredi 25 octobre, il était bien difficile pour les étudiants de l’université Paris-Saclay de circuler librement dans leur campus. « Non désolé Messieurs, il va falloir contourner la zone », lançaient alors quelques policiers à des groupes d’étudiants qui tentaient de s’enfoncer dans les méandres verdoyants de la cité universitaire. Il faut dire qu’en ce début d’après-midi, la présence policière était importante sur le site. A chaque intersection, devant chaque bâtiment et à chaque entrée de parking même, un petit groupe de policiers était présent et contrôlait les allées et venues de chacun. Tout ce remue-ménage pouvait s’expliquer par un fait : la visite du Président de la République. La première qu’Emmanuel Macron faisait en Essonne depuis son élection à la tête de l’Etat. Ce dernier venait ainsi révéler sur le Plateau de Saclay les mesures qu’il compte mettre en œuvre à propos de la recherche française.

Une visite millimétrée… ou presque

14h30, sur la partie Orsay du campus universitaire, les voitures des officiels prennent d’assaut les quelques emplacements encore libres situés dans cet espace boisé. Chacun est habillé sur son trente-et-un. Mais comme le dit le vieil adage, « l’habit ne fait pas le moine », ainsi le port du costume, ou les insignes d’élus ne suffisaient pas pour passer les différents check point avec succès. Il fallait montrer patte blanche. Ceux n’ayant pas le précieux sésame en poche ne pouvaient prétendre à descendre vers l’Institut de mathématique, lieu de la première des trois étapes du Président Macron en terres essonniennes. Cela laissait transparaître quelques scènes cocasses notamment pour des élus et mêmes pour des journalistes. « Vous n’avez pas d’accréditations, vous ne passez pas », lançait-on à certains journalistes de RTL. « Si, mais les attachées de presse qui ont nos accréditations sont positionnées derrière ce barrage », répondaient les journalistes. « Très bien, mais si vous n’avez pas d’accréditation, vous ne passez pas ». Que dire des journalistes partis en bus de Paris pour rallier le Plateau de Saclay, à qui on promettait une arrivée sur site à 14h. Ceux-ci ont dû attendre durant de très longues minutes le contrôle des brigades de déminage avant de descendre enfin et de prendre la direction du fameux institut peu avant 15h. « Après avoir couvert des déplacements de Sarkozy ou de Hollande, je n’ai jamais vu une telle organisation », ironisaient certains journalistes. Une organisation très, voire trop ficelée donc…

Le Président a profité de sa visite pour inaugurer l'institut de mathématique d'Orsay (SH/EI)

Le Président a profité de sa visite pour inaugurer l’institut de mathématique d’Orsay (SH/EI)

15h15, voilà l’heure fixée pour l’accueil du Président. Tout le protocole se met en place. D’un côté, les élus de tout le territoire essonnien, et de l’autre les « patrons » des grandes écoles enracinées sur le Plateau de Saclay. Pas loin d’une centaine de mains à serrer que le Président a tenu à serrer à son arrivée sur site avec déjà près d’une demi-heure de retard. Un retard qui n’a eu de cesse de s’accumuler au fur et à mesure de la visite. Car après l’inauguration de l’Institut de mathématique d’Orsay et une visite dans les laboratoires de Polytechnique, le cortège présidentiel était attendu pour 17h à l’école Centrale Supélec. Une arrivée qui s’est finalement faite avec près d’une heure de retard.

« Gagnons en visibilité sur le plan international »

Après s’être longuement prêté au jeu des selfies avec des dizaines d’étudiants présents sur le parcours, le Président est enfin arrivé dans un amphi plein à craquer, avec un public impatient d’entendre les annonces prévues en termes de recherche. Dans une allocution d’une quarantaine de minutes, Emmanuel Macron a rendu public le secret de polichinelle. « Nous avons besoin de sites d’excellence si nous voulons garder notre mot à dire sur ce nouveau monde. Nous devons exister sur le plan des sciences et de la recherche. C’est pourquoi il est important de faire du Plateau de Saclay le pôle des sciences et de la recherche française ».

Le Chef de l’Etat a notamment remercié certains de ses prédécesseurs, comme Nicolas Sarkozy qui a « mis le projet du Plateau de Saclay sur les rails », avant d’aller plus loin sur la stratégie qu’il compte adopter. « Je sais les inquiétudes qui sont nées avec la possible perte d’identité et d’indépendance des écoles, je les ai entendu. Mais je souhaite graver dans le marbre ici avec vous la créations de deux pôles complémentaires », a présenté Emmanuel Macron devant un corps composé notamment d’enseignants-chercheurs.

Emmanuel Macron annonçant la création de pôles d'excellence (SH/EI)

Emmanuel Macron annonçant la création de pôles d’excellence (SH/EI)

Comme annoncé dans nos colonnes en début de semaine, le Président de la République a officialisé la création d’un pôle universitaire de recherche intégrée opérant sous la marque « Université Paris-Saclay », comprenant les universités Paris-Sud, d’Evry, Saint-Quentin, les écoles Centrale Supélec, ENS Paris-Saclay et l’ex-SupOptique. Le second pôle regroupant les grandes écoles sera constitué de Polytechnique, l’ENSTA, l’ENSAE, Telecom Paris Tech et Telecom Paris Sud. « Certains auraient voulu un système pyramidal avec une seule tête, mais dans les autres pays, cela se passe différemment. Ce futur pôle d’excellence permettra au Plateau de Saclay de gagner en visibilité à l’international et de devenir un véritable cluster de recherche et d’innovation de niveau mondial. Faisons éclore une licorne dans les toutes prochaines années », a clarifié Emmanuel Macron.

Des questions restent encore en suspens. Si l’Etat confirme « être au rendez-vous des engagements budgétaires », estimés à 5 milliards d’euros par la Cour des comptes, des interrogations subsistent à propos de la gouvernance d’un tel pôle. « Elle devra être clairement assumée, insiste Emmanuel Macron. La gouvernance sera un critère stratégique pour le classement international de nos écoles ». C’est sans doute sur ce point que les débats vont se cristalliser dans les prochains mois.

Expo 2015 : tout ce barouf pour rien ?