En mars dernier, la préfecture de région organisait un exercice grandeur nature. Nommé Sequana, celui-ci devait permettre la simulation de la fameuse crue centennale, attendue depuis 1910, dont le but était de tester la coordination des différents acteurs du territoire concernés. En Essonne, différents services (secours, collectivités territoriales, forces de l’ordre…) étaient mobilisés. Ironie du sort ou plus grand des hasards, cet exercice est en quelque sorte devenu une réalité trois mois plus tard.

En effet, suite à de nombreux orages qui se sont abattus sur le département, le Loiret ou encore la Seine-et-Marne, les sols se sont retrouvés très rapidement gorgés d’eau, incapables de « boire » ces milliers de mètres cubes tombés en l’espace de quelques heures. Suite à cet épisode, de nombreux cours d’eau du département vont alors gonfler jusqu’à sortir de leur lit, causant d’incroyables dégâts. Les premiers Essonniens à être victimes de ces débordements de rivières, les plus grosses enregistrées depuis le début des années 1980, ce sont les habitants des bords de l’Ecole. Auvernaux et la commune de Dannemois, connue pour abriter le Moulin de Cloclo vont être littéralement sous les eaux pendant quelques jours. Un schéma que la quasi-totalité des vallées de l’Essonne vont connaître. L’Yerres va notamment sortir à son tour et sinistrer de nombreux domiciles, idem pour l’Orge qui se met à couler dans les rues de Viry-Châtillon, Morsang ou Savigny. Plus au nord, c’est l’Yvette qui paralyse des communes comme Longjumeau, très impactée par cet épisode d’inondation.

Les écoles fermées

C’est d’ailleurs dans ce secteur que les évacuations en barque vont être demandées. Plus précisément autour du campus étudiant de la fac d’Orsay-Bures, donnant des scènes peu communes d’étudiants en sous-vêtements traversant à pied l’étendue d’eau, valises sur la tête. Les différents examens de fin d’année prévus le lendemain de cette évacuation ont d’ailleurs été repoussés à la mi-juin. Après le retrait des eaux quelques jours plus tard, les dégâts étaient nombreux sur le site qui borde l’Yvette. Si bien qu’un mois plus tard, l’université annonce que la facture, suite à ces inondations, avoisine les 3 millions d’euros (2,8 millions d’euros pour être plus précis).

Pendant près de deux semaines, à l’image de la fac d’Orsay, de nombreuses structures ont été totalement fermées au public. La piscine d’Orsay par exemple, ironie du sort est totalement sous les eaux. Des dizaines d’écoles vont d’ailleurs être fermées par l’inspection académique et les communes pour assurer la sécurité des enfants, collégiens et lycéens.

La Seine et l’Essonne sous haute surveillance

Après plus d’une semaine de phase de crue, les regards sont maintenant braqués sur une rivière et un fleuve, l’Essonne et la Seine. En effet, la crue de ces cours d’eau n’aura pas suivi le même timing que les autres rivières essonniennes. En ce début juin, plusieurs communes à l’image de Maisse, La Ferté-Alais ou encore Cerny vont connaître de terribles inondations. Mais les plus forts risques résident sur la portion aval du cours d’eau. Plus précisément, c’est à son embouchure que les attentions sont portées. Corbeil-Essonnes, et son centre-ville très peuplé, s’attend à être doublement inondée aux alentours du 6 juin. Et pour cause, d’un côté l’Essonne circule dans le centre-ville, tandis que de l’autre côté, la Seine n’en finit plus de monter. Mais finalement, Corbeil est partiellement sauvée des eaux par les gestionnaires de la rivière Essonne qui ont atténué les effets de l’inondation en activant un barrage de retenue situé au niveau d’Echarcon.

La Seine quant à elle a poursuivi sa crue. Si bien que de nombreuses habitations des berges de Seine ont été visitées par le fleuve. Morsang-sur-Seine, Corbeil-Essonnes, Viry-Châtillon, Draveil, Vigneux… Bref on ne compte plus les villes impactées par ce phénomène rarement observé ces dernières années. Certains quartiers ont plusieurs centimètres, voire parfois près d’un mètre d’eau dans leurs rues, comme à Juvisy-sur-Orge par exemple. Une situation qui a donné des images aériennes bluffantes.

Le temps des bilans

Après cette phase critique, vient désormais l’instant de la décrue. Si du côté des lacs de Viry-Grigny quelques inquiétudes persistaient à la mi-juin, les différentes vallées en étaient aux premiers bilans. L’ensemble des collectivités et des syndicats qui gèrent les rivières et cours d’eau de l’Essonne se mettent autour de la table pour voir ce qu’il est possible de faire en cas d’une nouvelle vague de crue. Renforcer la vigilance et l’entretien des affluents, être de meilleurs communicants en cas de nouvelle crise, ou encore mettre en place de nouvelles infrastructures sur ces cours d’eau, voilà quels sont les premiers bilans tirés de cette expérience. Dans certains territoires, ces retours d’expérience ne se sont pas toujours très bien passés. C’est notamment le cas dans la vallée de l’Yvette où les différents maires du secteur ont pointé une « mauvaise gestion de crise » de la part du Siahvy, le syndicat en charge de la rivière.

Au total, ce sont finalement près de 115 communes du département qui ont été placées en état de catastrophe naturelle. Outre plusieurs centaines de particuliers, les entreprises et autres agriculteurs ont eux aussi subi de plein fouet cet épisode de crue. Bref, une situation que le département n’avait pas connue depuis près de 35 ans. Si le début 2017 est aussi pluvieux que celui de 2016, cet épisode tragique pourrait ainsi se reproduire…