Avec plus de 6 000 personnes menacées en Essonne, le probable débordement de la Seine est aujourd’hui un risque dont veut se prémunir la Préfecture de Police. Pour cela, elle organise en cofinancement avec l’Union Européenne, le projet Sequana, du 7 au 18 mars. Un exercice de simulation de crue centennale ayant pour but de tester la coordination des différents acteurs du territoire concernés.

Il y a plus de 100 ans, Paris faisait face à un événement sans précédant. Avec un niveau de l’eau atteignant à certains endroits plus de 8 mètres 50, la Seine donnait en effet à la capitale des allures de Venise. Premier risque en Île-de-France, les crues sont aujourd’hui un véritable danger pour les habitants ainsi que l’économie à long terme. Pouvant entraîner l’inondation de plus de 500 km² du territoire d’Île-de-France, un tel débordement du fleuve serait lourd de conséquences pour les communes situées en bord de Seine. Alors pour tenter de se prémunir face à ce risque majeur trop souvent ignoré, la Préfecture de Police organise son premier exercice EU Sequana. Un projet européen de simulation des crues qui devrait pouvoir permettre à tous les acteurs de l’urgence et de la sécurité de tester leurs capacités de coordination.

Une crue aux lourdes conséquences

Outre le fait de pouvoir tester l’efficacité de tous ses partenaires, le but principal de cet exercice, selon le préfet de l’Essonne, est surtout de réveiller la « culture de la crise » chez les habitants. Trop souvent sous-estimé, le risque de débordement de la Seine est pourtant un danger que l’on ne peut pas se permettre d’ignorer. « Étant donné que la probabilité de crue centennale est de 1 sur 100 chaque année, certaines personnes oublient qu’il existe des risques en Île-de-France. Avec un tel exercice, on espère éveiller les consciences pour permettre aux habitants d’être plus vigilants et, à défaut d’empêcher l’inondation, de pouvoir au moins l’anticiper  » explique Bernard Schmeltz. Car en prévenant correctement le risque d’inondation, le département pourrait à l’avenir économiser des dégâts importants, tant sur le plan humain que sur le plan économique.

Avec plus de 6 000 personnes logées en zones inondables et des centaines d’industries, parmi lesquelles certaines pourraient avoir un impact néfaste sur l’environnement, une inondation de la Seine non maîtrisée en Essonne pourrait causer de véritables ravages. D’un point de vue plus régional, plus de 5 000 lits d’hôpitaux et maisons de retraites pourraient ainsi être évacués dans le cas d’un tel débordement de la Seine, selon l’IAU. Du côté des industries, il s’agirait de plus de 56 700 établissements inondés et 630 000 emplois menacés, soit respectivement 9,5 % et 11,5 % des entreprises et des effectifs recensés dans la région, pour un total de plus de 30 milliards d’euros de dégâts. Un trou dans le budget et dans l’économie à long terme que veut absolument s’épargner la Préfecture de Police, même si elle doit pour cela faire appel à une mobilisation de grande ampleur.

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Les différents acteurs de la gestion de la crue en Essonne, au centre opérationnel départemental de la préfecture de l’Essonne. (LM/EI)

Les risques de crue, une mobilisation d’ampleur européenne

Loin de ne s’attaquer qu’à la Seine, les crues sont un problème à échelle européenne. Allemagne, Italie… Nombreux sont les pays d’Europe qui ont du faire face à cette catastrophe. Alors aujourd’hui plus que jamais, les crues sont un sujet que l’Union Européenne prend au sérieux. C’est donc en partenariat avec la Préfecture de Police qu’elle organise ce grand projet de simulation à l’effectif impressionnant. Car dans toute la région, ce sont plus de 90 partenaires qui agiront ensemble pour suivre cet exercice de simulation grandeur nature. « Pour cet exercice, nous allons simuler une véritable crue que devront gérer sur table les différents acteurs concernés par la gestion : les services de l’État, le SDIS, les collectivités territoriales, les opérateurs de réseaux d’eau potable, d’énergie, d’assainissement... » explique-t-on au centre opérationnel départemental de la préfecture de l’Essonne où se réuniront tous les acteurs du département impliqués dans cet exercice d’envergure.

Et si l’exercice requiert autant de participants, c’est parce que les zones susceptibles d’être touchées sont malheureusement nombreuses et très dynamiques. Les infrastructures routières et ferroviaires seraient très touchées, avec des RER C et D à l’arrêt, et une portion comme Juvisy-Corbeil en bord de Seine sous l’eau. Des centres urbains se trouveraient noyés, à l’image du bas de Ris-Orangis et le centre de Viry-Chatillon, mais aussi une bonne partie de Corbeil-Essonnes et la majorité d’une ville comme Juvisy-sur-Orge, dont le quartier Seine est un des plus dense de l’Essonne.

Juvisy, une zone à haut risque

Bordée par un kilomètre de Seine, Juvisy-sur-Orge est une commune particulièrement exposée au risque de crue. Très dynamique au bord du fleuve, elle concentre en effet de nombreuses industries qui font aujourd’hui face à un risque, aussi minime soit-il, qui pourrait avoir de lourdes conséquences sur l’économie de la ville. « Le quartier Seine de Juvisy est le plus dense du nord de l’Essonne avec 5 000 habitants sur un kilomètre. On prend donc forcément notre part dans l’analyse du risque. » résume Robin Reda, le maire de la ville. Pour cette commune à la dense activité économique, une inondation, surtout non maîtrisée, serait donc un véritable ravage. Sans compter que, dotée de nombreux passages souterrains et infrastructures, la reconstruction de la ville nécessiterait de lourds frais. « Au niveau de Juvisy-sur-Orge, la crue causerait une fermeture de la circulation sur le pont de la gare, ainsi qu’un déménagement de la police vers le commissariat de Grigny, celui de Juvisy étant fortement exposé à un risque d’inondation » explique un responsable de la police de l’Essonne. Sans oublié la gare RER qui se retrouverait en première ligne en cas de crue centennale comme en 1910. Une nouvelle montée des eaux pourrait stopper le trafic dans la plus grande gare d’Ile-de-France, hors de Paris.

Pour Robin Reda, il n’y a donc pas de doute : l’exercice Sequana, plus qu’un bon choix, est une nécessité. « Cet exercice est nécessaire car il nous met non seulement face à nos responsabilités, à nos forces et faiblesses, mais aussi parce que cela nécessite une organisation très rigoureuse qui nous permettra d’être réactifs si l’événement se produit un jour. » assure le plus jeune maire de France. Tout comme les différents acteurs du département et de la région, vous pouvez vous aussi jouer un rôle dans cet exercice de prévention. Pour cela, consultez la page officielle de la Préfecture de Police et suivez les indications concernant les risques d’inondations.