Les eaux se sont enfin retirées des centres-villes, des jardins ou encore des habitations, même si elles sont parfois toujours présentes dans les caves. Ces différentes crues qui ont impacté de nombreux secteurs du département ont livré un lot d’images ahurissantes : le centre-ville de Longjumeau totalement noyé sous plusieurs centimètres d’eau, le campus de la faculté d’Orsay évacué en barque, l’Yerres qui inonde totalement des communes comme Montgeron ou Crosne, ou encore les quais de Seine à Juvisy et Draveil littéralement submergés par un fleuve incontrôlable. Bref, c’est une situation que le département n’avait pas connue depuis plusieurs décennies. Plus d’une semaine après ces épisodes de crue, voici maintenant venu le temps des premiers constats. Les premières estimations sont déjà saisissantes.

Des dégâts difficilement chiffrables

« Pour le moment, les dégâts se chiffrent à plus de 19 millions d’euros pour notre département. Et il ne s’agit là encore que des dégâts recensés pour le compte des collectivités territoriales, car il est encore impossible de connaître aujourd’hui le montant global de la facture pour les riverains, annonce la préfète de l’Essonne, Josiane Chevalier, avant de préciser que « ce total devrait s’affiner et certainement augmenter dans les prochains jours ». En effet, le montant des préjudices est difficile à estimer près de deux semaines après la fin de cet épisode de crue. Au Val Saint-Germain, inondé par la Rémarde, aucun montant n’est avancé pour le moment. « Ce n’est pas encore évident pour nous de calculer les préjudices pour notre commune, admet son maire Serge Deloges. Une trentaine de maisons ont été inondées et la voirie a été impactée, mais nous y verrons plus clair dans quelques jours », confirme ce dernier.

Même cas de figure pour son homologue de Viry-Châtillon, Jean-Marie Vilain. Durement touchée par la montée de la Seine d’un côté et celles de l’Orge et de l’un de ses bras de l’autre, la commune est pour l’instant incapable de donner une estimation des dégâts. « Nous avons quelques dégâts sur nos voiries, notamment avec des égouts qui ont été saturés, note l’édile castelvirois. Pour notre commune, les frais reposent essentiellement sur la mobilisation des agents durant cette période de crise ».

Plus au nord dans la vallée de l’Yerres, Mickaël Damiati, le maire de Crosne évoque plus de 150 000 euros de dégâts pour sa commune. « Le parc du Moulin aux abords de l’Yerres, ainsi qu’une passerelle ont été très touchés par ces inondations, informe celui-ci. Mais le plus important reste qu’une trentaine de foyers ont été très durement impactés. Le centre communal d’action sociale (CCAS) est toujours en activité pour ces personnes d’ailleurs », note le maire de Crosne.

Du côté d’Orsay, c’est à coup de millions que cela se joue. « Le montant des préjudices est énorme, il y en a pour plusieurs millions d’euros », commente le maire, David Ros. Outre la piscine municipale, les courts de tennis, la piste d’athlétisme ou encore un terrain en synthétique « ont été la proie des eaux et du fioul, assure le maire. On va attendre de voir comment cela sèche et voir s’il y a des détériorations, pour savoir s’il faut faire des travaux ou non ».

115 communes retenues en état de catastrophe naturelle

Une prise en charge de ces dépenses est notamment prévue. En effet, le Premier ministre Manuel Valls, en visite à Longjumeau a annoncé que l’état de catastrophe naturelle avait été reconnu. Celui-ci permet l’indemnisation systématique des victimes de dommages et de sinistres. Ainsi, de nombreuses communes ont fait une demande dans les heures qui ont suivi cette période de crise. Le 8 juin dernier, à l’issue du Conseil des ministres, pas moins de « 782 communes réparties dans seize départements ont été identifiées », lançait alors le porte-parole du Gouvernement, Stéphane Le Foll. Pour l’Essonne, 85 communes étaient répertoriées. Ce mercredi 15 juin, cette liste s’est étoffée avec l’intégration de nouvelles communes. Trente autres communes du département ont été classées en état de catastrophe naturelle, ce qui représente un total de 115 communes. « Cela correspond à près des deux tiers des communes de l’Essonne. Aucun dossier n’a été recalé par ailleurs, se félicite la préfète. C’est vraiment une crise sans précédent ». « Les communes ont été reconnues très rapidement en catastrophe naturelle. On ne peut que s’en satisfaire », indique la maire d’Athis-Mons Christine Rodier, également présente dans cette liste. « Depuis 2014, les procédures ont été simplifiées, passant de quelques mois à une dizaine de jours », résume Stéphane Le Foll.

Le débit très fort de la rivière Essonne au niveau du parc de Robinson à Corbeil-Essonnes

Le débit très fort de la rivière Essonne au niveau du parc de Robinson (JM/EI)

Outre cet état destiné aux collectivités et aux particuliers, les communes ayant subi des dégâts seront aussi « éligibles à la dotation de solidarité en faveur de l’équipement, affirme Stéphane Le Foll. Ces subventions couvrent 30 à 50% des dépenses éligibles pour chaque commune ».

Quelles mesures à mettre en place ?

Le temps du constat économique est maintenant à l’ordre du jour. Tout comme le temps des mesures à mettre en place pour éviter qu’un phénomène de ce genre ne se réitère d’ailleurs. « Ça va être difficile de pouvoir faire quelque chose d’efficace contre la montée des eaux, lance David Ros, le maire d’Orsay. Dans certains cas, il faudra revoir quand c’est possible le plan local d’urbanisme (PLU) pour imposer une surélévation plus importante des logements. Il est préférable que les caves et parkings souterrains soient inondés, plutôt que les habitations ». Toutes les communes concernées ne peuvent en dire autant. « À Crosne, on ne peut plus construire, car tout est déjà urbanisé, rappelle Mickaël Damiati. On ne peut pas raser les anciens pavillons, car ils peuvent être de nouveau inondés. On n’a d’autre choix que de vivre avec le risque ».

« On doit aussi axer sur l’information », explique David Ros. « D’autant plus que sur la vallée de l’Yvette, les élus ont été avertis de l’arrivée de l’eau seulement une heure avant. Le laps de temps est minime pour s’organiser », tonne la députée socialiste Maud Olivier. Un meilleur dialogue entre les structures fait notamment partie des points que souhaite améliorer la préfète de l’Essonne. Celle-ci voudrait également miser sur la prévention individuelle. « Il faudrait mobiliser les riverains sur cette question. Nous pourrions imprimer des brochures sur lesquelles nous pourrions indiquer les choses à faire en cas de nouvelle crue et les numéros importants. Nous l’avions mis en place dans l’un des départements que j’ai administrés, et cela s’est avéré très utile », relate Josiane Chevalier.

En plus de cela, certains misent sur la réalisation d’exercices grandeur nature, comme ce fut le cas au mois de mars dernier avec l’exercice Sequana. Ce dernier mettait en scène la fameuse crue centennale de la Seine en Ile-de-France. « Au final, les modélisations de l’exercice étaient proches de la réalité, reconnaît Mickaël Damiati, le maire de Crosne. Sans notre participation à cet exercice, cela aurait été plus difficile pour se mettre en ordre de bataille. Grâce à cela, on a réussi à limiter les dégâts ». Même constat du côté de Viry-Châtillon. « Au niveau de l’organisation des services, cet exercice nous a apporté beaucoup dans la gestion de la crise, principalement sur la communication avec les habitants, confie Jean-Marie Vilain. Nous avons été très actifs sur les réseaux sociaux et cela a payé. Si bien que nous allons conserver cette manière de faire dans notre communication avec les habitants ». « Nous allons très certainement multiplier ce genre d’exercice », confirme Josiane Chevalier.

D’autres mesures seront avancées dans les jours qui viennent, suite aux différents débriefings qui seront organisés d’ici la fin juin. Des idées « mettant en avant une meilleure gestion des affluents de la Seine seront présentées », affirme la préfète. Bref, il y a encore du pain sur la planche.