Habituellement connu pour abriter le Moulin, l’ancienne demeure de Claude François, le village de Dannemois fait en ce moment parler de lui pour les nombreuses inondations qui ont ravagé ses habitations.

Bottes aux pieds, suspendu au téléphone, Fabien Kees dresse un constat alarmant : « Mardi 31 mai, les habitants les plus touchés avaient de l’eau jusqu’à la poitrine, se souvient le maire, aujourd’hui les dégâts sont importants » . Depuis le samedi 28 mai, la commune a en effet subi trois crues et décrues successives de la rivière l’Ecole qui traverse le village. Chacune d’une intensité plus élevée : « C’était une crue par palier  », confie un des habitants touchés, la dernière a culminé jusqu’à 23 centimètres de plus  ».

Les habitations sinistrées se situent rue du Moulin sur la rive droite de L’Ecole, soit une dizaine de maisons : « ll y a beaucoup de dégâts car les maisons sont concentrées sur les berges, précise le maire, et certaines sont spéciales, avec des constructions tout en bois  ».

La résidence du Moulin, ancien havre de paix de Claude François, a été touchée en premier, la rivière l’Ecole passant directement dans son parc : « Le pont est sorti de son emplacement, le mobilier urbain a été emporté, poursuit Fabien Kees. Mais heureusement, le moulin a fait son travail  ». En inondant le parc, ce dernier a effectivement permis de réguler la crue, sans quoi le niveau de l’eau aurait sans doute été plus élevé.

Autre mesure radicale prise par la municipalité : faire une brèche dans les berges de la rivière : « J’ai sacrifié un champ de 25 000 m2 pour pouvoir y déverser le surplus et permettre un abaissement du niveau de la rivière  », déclare le maire. Mardi soir, la nouvelle préfète de l’Essonne, Josiane Chevalier, est venue constater les inondations et assurer qu’elle ferait tout son possible pour que la commune soit reconnue en situation de catastrophe naturelle. Elle a d’ailleurs « engagé une procédure accélérée » pour toutes les communes sinistrées du département qui en feront la demande.

Alors que les pompiers évacuent petit à petit l’eau des maisons, Séverine retrace le calvaire de ces derniers jours : « Ça a débuté samedi, seuls le fond de la cave et le jardin étaient inondés. Mais mardi matin, on avait jusqu’à 1m80 d’eau au sous sol et 3 cm dans le petit salon  ». Une stupéfaction pour la famille qui n’avait jamais vu une telle crue en dix ans de présence à Dannemois : « Il est arrivé que l’Ecole déborde un peu, que le jardin soit engorgé. Mais jamais comme cela  ».

Pour les autres habitants, c’est la même chose. L’odeur de l’humidité et de la moisissure se répand, et certains s’inquiètent des frais que cela va occasionner : « On va devoir se bagarrer avec les assurances  », redoute un sinistré. Tous ont déjà engagé les processus auprès des assurances et espèrent maintenant obtenir le statut de catastrophe naturelle promis par la préfète afin d’être remboursé le plus possible. Pour certains, la facture pourrait s’élever jusqu’à 80 000 euros…

Ainsi, certains commencent à chercher des responsables, autres que les aléas du climat. Pour Jean-Pierre, « la faute est aux organisations écologistes » qui ne permettent pas d’aménager les berges : « On ne peut pas couper les herbes pour les oiseaux, et on ne peut pas curer la rivière pour les canards. En attendant, c’est bien ma maison qui est inondée !  », s’emporte-t-il.

Selon ce dernier, l’Ecole devrait être curée régulièrement de son point de départ à Soisy-sur-Ecole, jusqu’à sa jetée dans la Seine : « Depuis deux ans, elle n’est plus entretenue alors qu’avant elle l’était tous les ans  ».
Le maire envisage quant à lui des aménagements afin de prévenir les futurs risques : « Les berges pourraient par exemple être rehaussées, propose Fabien Kees, un réservoir permanent pourrait également être créé. Il faut y réfléchir  ».

Sur le sillage de la rivière L’École, mais dans des proportions moindres qu’à Dannemois, plusieurs communes ont également été confrontées à des inondations. À Nainville-les-Roches, une demi-douzaine de familles étaient encore inondées mercredi 1 juin, la cave du local technique près de la salle polyvalente baignait aussi dans un mètre d’eau.

Même problématique du côté de Soisy-sur-École et ses environs où les pompiers ont effectué une soixantaine d’interventions entre mardi et mercredi.

Auvernaux … sous l’eau

A l’image de Dannemois, le village d’Auvernaux, 350 habitants, avait toujours les pieds dans l’eau mercredi 1er juin. A l’entrée de la commune, des plots de chantier bloquent encore l’accès au centre-ville, littéralement traversé par les eaux.

Lundi 30 mai au matin, le Ru est en effet sorti de son lit entraînant plusieurs inondations qui se sont ensuite accrues dans la nuit de lundi à mardi. Si la décrue s’est amorcée dans la soirée du mardi 31 mai, la situation reste préoccupante : « Le village est coupé en deux, le Ru sort toujours de son lit, explique Wilfrid Hilgenga, le maire de la commune. Il y a encore 60 cm d’eau rue de la Fitte et rue de Melun. Le réseau d’assainissement est également hors-service et une dizaine de logements sont sérieusement touchés ».

Egalement impactés, les transports scolaires, le ramassage des ordures et les autres services sont à l’arrêt : « La factrice tiendra une permanence demain (ce jeudi 2 juin) de 11h30 à midi, ajoute Wilfrid Hilgenga. De mon côté, je suis encore à la recherche de logements pour 3–4 familles d’ici le samedi 4 juin  ».

Il faut dire que les habitants n’ont pas été épargnés. Philippe, au village depuis 2010, a senti le vent tourner mardi matin, lorsque son jardin s’est petit à petit transformé en lac : « Ce n’est pas monté d’un coup, raconte-t-il, ça m’a laissé le temps de surélever mon mobilier ». Bien lui en a pris. Le mardi soir, il n’avait pas moins de 60 cm d’eau dans sa maison.

D’autres n’ont pas eu cette chance. Patricia habite à la jonction des rues de Fitte et de Melun et n’a pu que constater les dégâts : « Nous avions entre 20 et 40 cm, explique-t-elle, tout le monde n’a pas des parpaings pour surélever son mobilier  ». En utilisant des boîtes de thon, elle a pourtant essayé de sauver les meubles, en vain : « Tout flotte », déplore-t-elle.

Même constat au Village, le bar de la commune. Au milieu des tuyaux, Stéphane, le propriétaire, n’en fini plus de pomper : « Tout a commencé lundi matin, d’abord la cave, puis la salle du bas. Entre lundi et mardi, on a essayé de limiter la casse, mais l’eau est montée très vite. En 11 ans, je n’ai jamais vu ça  ». Résultat : 60 cm dans l’établissement, les prises électriques fichues et une activité à l’arrêt : « Nous sommes le seul commerce du village. D’habitude, je fais 25 couverts par jours, 150 à la semaine, mais depuis lundi, j’en ai déjà perdu 75 et je vais surement devoir rester fermer jusqu’à la semaine prochaine ».

En attendant, la solidarité s’organise, des agriculteurs du village sont venus lui donner un coup de main pour nettoyer. L’occasion aussi d’allumer un petit barbecue : « C’est à la bonne franquette, il faut reprendre des forces  », sourit Stéphane. À l’avenir, il pense néanmoins investir dans des pompes de relevage « au cas où ça recommencerait  ».

De son côté, Wilfrid Hilgenga, lui, ne décolère pas. S’il a apprécié l’engagement de l’État par l’intermédiaire des venues de la préfète de l’Essonne et du député Franck Marlin, il pointe néanmoins du doigt une administration trop rigide : « Mme la Préfète nous a assuré qu’elle mettrait tout en œuvre pour que le statut de catastrophe naturelle soit reconnu et c’est très bien. Mais je pose la question de l’entretien des cours d’eau et des fossés. Aujourd’hui, les communes ne peuvent plus rien faire sans l’aval de l’ONEMA (office national de l’eau et des espaces aquatiques), placé sous la tutelle du ministère de l’Écologie. En 2013, j’ai dû payer 500 euros d’amende parce que, en bon père de famille, j’avais pris l’initiative de récurer le Ru pour éviter qu’on en arrive à une situation semblable à celle d’aujourd’hui. Ce n’est pas normal, nous devrions pouvoir agir plus librement  ».

L’édile de la commune estime également que les préoccupations écologiques ne doivent pas mettre en danger la vie de ses concitoyens : « L’exutoire de La Mare en périphérie du village, où vient se jeter le Ru d’Auvernaux, n’a donc pas été entretenu. L’ONEMA ne nous laisse pas le droit de le faire sous prétexte qu’il faut préserver l’écosystème. On voit où cela nous mène aujourd’hui…  ».

Les précipitations de ces derniers jours auront donc laissé place à la détresse, aux interrogations et à beaucoup de fatalisme. Avec un souhait partagé par tous : que la pluie déserte la région et que la vie reprenne son cours.

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