« C’est un paysage qu’on a rarement la possibilité de voir. On serait fou, on n’aurait presque pu sauter par la fenêtre ! On irait plus vite comme ça ! ». Par ces mots, Yanis, un jeune étudiant de 22 ans en physique ironise sur l’évacuation de la résidence étudiante qu’il habite sur le campus de l’université Paris-Sud, situé à quelques pas de l’Yvette. Car cette dernière est sortie de son lit dans la soirée du 31 mai, comme c’est d’ailleurs le cas dans d’autres secteurs du département. À l’image de ce qu’il s’est produit dans la vallée de l’École, et notamment à Dannemois, la crue de l’Yvette a causé de nombreux dégâts et forcé les secours à procéder à l’évacuation de quartiers entiers.

Le campus Paris-Sud a les pieds dans l’eau

Implanté sur les bords mêmes de l’Yvette entre Bures-sur-Yvette et Orsay, le campus de l’université Paris-Sud s’est retrouvé les pieds dans l’eau. « Ça a commencé à monter hier (Ndlr : mardi 31 mai) dans la journée, mais c’était encore à peu près praticable, reprend Yanis. C’est ce matin qu’on a été surpris de voir le niveau de l’eau si haut ». Ce dernier s’est ainsi retrouvé piégé au milieu dans l’une des résidences du campus entouré par l’eau de la rivière. « Par endroits, l’eau arrive même jusqu’à hauteur des poignées des portes d’entrée », fait remarquer l’étudiant en physique, signe de l’importance de cette crue.

Tels des immeubles flottants, les deux résidences étudiantes, celles des Rives de l’Yvette et de l’Île – qui porte bien son nom pour le coup – ont été évacuées ce mercredi 1er juin dans le début d’après-midi. « Vers 11h30 des pompiers sont venus en barque pour nous alerter qu’on allait être évacué », explique Faten, 23 ans, également étudiante en physique, un sac à dos à la main. « J’ai pris des changes et surtout mon ordinateur et mon portable. Je vais pouvoir prévenir ma famille que tout va bien. Depuis hier je n’ai plus de batterie et il m’était impossible de le recharger. Nous n’avions plus d’électricité depuis mardi soir ».

Équipés de barques et de canots, les pompiers du SDIS de l’Essonne ont effectué des allers-retours toute une partie de l’après-midi pour évacuer les centaines d’étudiants présents dans les résidences impactées. « Les secours procèdent à l’évacuation pour éviter de revenir ce soir, alors qu’on ne sait pas encore quel sera le niveau de l’Yvette, confirment des membres de la mairie de Bures, présents sur les lieux. Aussi, cela nous évite de prendre des risques, car si les étudiants restent ici cette nuit, et que l’un d’entre eux fait un malaise, les secours mettront beaucoup plus de temps pour intervenir dans ces circonstances ».

Plusieurs dizaines d’étudiants patientent ainsi au niveau des escaliers de secours pour monter dans un canot. Un plaisir pour les uns et un moment redouté pour les autres. Certains n’hésitent pas à faire le chemin seuls. C’est le cas d’Augustin, 20 ans, et étudiant en mesure physique. « Pour quitter ma résidence, je me suis mis en caleçon et je suis allé dans l’eau, assure le jeune homme, sa valise en main. Comme je rentre chez moi ce week-end et que je ne savais pas combien de temps ça allait durer, j’ai pris ma valise ».

Une réouverture totale en début de semaine ?

Une fois évacués, les étudiants sont ainsi pris en charge par les services de l’université, mais aussi communaux, qui s’occupent de la question de leur relogement. « Nous avons mis en place une cellule de crise, informe-t-on en mairie de Bures-sur-Yvette. Nous y recensons les étudiants, puis nous leur attribuons un logement et nous leur donnons à manger ». Des équipements sont donc mis à disposition pour accueillir ces quelques centaines de personnes aux nationalités multiples, parmi lesquels d’autres résidences étudiantes sur Orsay. « Nous leur assurons aussi un service d’aide sociale pour pouvoir leur avancer un peu d’argent si nécessaire, poursuit-on du côté de la cellule de crise. C’est un gros travail. Ce relogement devrait selon la météo durer au moins trois jours ».

Si le quartier des résidences semble être le plus touché, les différentes salles de l’université le sont elles aussi. « Ce matin, j’avais 82 mm d’eau dans mon atelier », note un enseignant-chercheur qui possède une petite station météo. D’autres locaux sont touchés et toujours privés de courant, si bien que la direction de l’université a décidé de fermer le site, reportant du même coup quelques sessions d’examens de fin d’année. « Les dates des reports des examens seront communiquées au plus vite aux personnes concernées », indique l’université, même si celle-ci maintien pourtant les examens nationaux d’optométrie qui se tiennent ce jeudi 2 juin au bâtiment 337.

Désormais, chacun attend la décrue. Mais nul ne sait combien de temps elle va prendre. « Il faut dire que c’est la crue la plus importante que nos villes ont connue depuis celle de 1978 », rappelle le maire d’Orsay David Ros, dont la ville a été fortement touchée cette semaine. Plus de 150 maisons ont été concernées par cette montée rapide des eaux. « Nous avons mis à disposition des sinistrés un gymnase qui peut accueillir 50 familles », précise ce dernier. Reste maintenant à savoir si les pluies de ce jeudi renforceront ou non ce phénomène de crue qui a impacté très fortement les autres villes de la vallée, à l’image de Villebon, Igny, Palaiseau ou encore Longjumeau.

Suivez tous nos articles sur les inondations en Essonne > essonneinfo.fr/91-essonne-info/tag/inondations2016/