« Il va falloir faire preuve de patience », annonçait ce mardi soir Stéphane Beaudet, le maire de Courcouronnes dans le cadre d’une réunion publique sur le projet de tram-train Evry-Massy. « Patience », c’est le mot et à plus d’un titre. Car oui, avant que les premiers voyageurs puissent l’emprunter, il faudra attendre encore au minimum trois ans, soit une mise en service d’ici 2020. Mais ce n’est pas tout. Les Essonniens devront aussi faire preuve de patience quand ils seront dans les embouteillages résultants des travaux d’aménagement pour accueillir ce nouveau transport, qui à terme devrait relier Massy à Évry en moins de quarante minutes. « Le tissu économique local risque de souffrir  durant cette période. Mais malheureusement, nous sommes bien obligés d’en passer par là », ajoute celui qui est également vice-président de la Région en charge des Transports.

Les travaux pour le tram-train, dont l’appellation officielle est désormais le Tram 12 Express, sont bel et bien sur le point de débuter. Après une concertation publique lancée en 2009, suivie d’une enquête publique et d’une déclaration d’utilité publique par le préfet de l’Essonne en 2013, ce projet va attaquer sa phase critique – celle des travaux – d’ici le premier trimestre 2017. « Cela a déjà en partie commencé sur Epinay-sur-Orge, précise Éric Maupéron, de la direction des projets d’investissements au Stif. C’est ici que sera aménagée la zone de débranchement ». Pour rappel le Tram 12 Express circulera à la fois sur des voies ferrées existantes du RER C entre Massy et Epinay-sur-Orge et sur des rails de tramway de cette même commune jusqu’à la ville préfecture. « C’est sur ce second tronçon que tout reste à créer », poursuit sa collègue Caroline Laval. Sur les 20 km de parcours, 16 stations seront desservies dont 11 nouveaux arrêts. Morsang, Viry-Châtillon, Grigny, Ris-Orangis et son futur Grand Stade, ou encore Évry sont ainsi concernées par ces créations de stations, mais aussi de voies ferrées. C’est d’ailleurs ce qui risque de causer de nombreux problèmes aux automobilistes qui circulent dans les environs du futur tracé.

La RD446 totalement redessinée pour le passage du tram-train (JL/EI)

La RD446 totalement redessinée pour le passage du tram-train (JL/EI)

La RD 446 en partie rasée

Avec une enveloppe de 516 millions d’euros financée à hauteur de 53% par la Région, 28% par l’Etat, 15% par le Département et 4% par la SNCF, le projet du tram-train nécessite notamment la réalisation de gros travaux d’aménagement du territoire, tout comme la réalisation de gros œuvre. Parmi les endroits nécessitant le plus de travaux, figure la zone du Bois Briard entre Courcouronnes et Évry. C’est d’ailleurs pour expliquer aux habitants les profondes mutations que va subir le quartier qu’une réunion publique a été organisée ce mardi 29 novembre. « Le secteur du Bois Briard va devenir un point de jonction de notre territoire, annonçait alors Francis Chouat, le maire d’Évry. En plus de l’arrivée du Tram 12, ce lieu va faire l’objet d’une requalification urbaine lancée par l’agglo ». Ainsi, le visage des grands boulevards qui longent le canal ou encore la célèbre Dame du Lac vont connaître de lourds changements. Si lourds que l’un d’entre eux va même totalement disparaître. Il s’agit du boulevard Robert Schuman (Ndlr : menant les automobilistes de Courcouronnes à Lisses). L’autre partie de la RD446, le boulevard Jean Monnet, sera quant à elle conservée. Toutefois, cet axe de la RD446 sera en partie réaménagé. « Elle sera mise en 2×2 voies, expose Stéphane Beaudet. Elle obliquera de son chemin pour passer devant l’entrée de la Ferme du Bois Briard avant de récupérer son axe d’origine ». L’idée étant de permettre de réunifier le parc du lac et la ferme, en favorisant de nouvelles liaisons douces.

L'échangeur Paul-Delouvrier est voué à disparaître (JL/EI)

L’échangeur Paul-Delouvrier est voué à disparaître (JL/EI)

Autres gros morceaux de ce chantier : l’échangeur Paul Delouvrier près de la ferme du Bois Briard sera lui aussi tout bonnement supprimé. « Les ponts seront détruits afin de remettre tout à plat pour permettre au tram de passer sans problème. Il faut gommer les 8 mètres de dénivelé d’écart », rapporte le vice-président de la Région. Si trois ponts doivent tomber dans les prochains mois, un autre sera quant à lui construit aux côtés de celui qui enjambe l’A6 et la Francilienne et qui entre dans le centre-ville d’Évry. « Le nouveau pont sera érigé en parallèle de l’existant, précise-t-on du côté du Stif. Il supportera le passage du Tram ». Même cas de figure en aval du nouveau pont. Dans l’entrée d’Évry, le Tram 12 Express circulera sur le boulevard Delouvrier avant d’arriver à son terminus à deux pas de la gare du RER D d’Evry-Courcouronnes sur le boulevard François Mitterrand face à l’université d’Évry. « À cause du manque d’espace pour l’aire de retournement, il était impossible d’implanter le terminus juste devant la gare », assure Francis Chouat. Pour faire passer ce nouveau transport, le boulevard actuellement en 2×2 voies deviendra à terme une 2×1 voies.

Des craintes concernant la circulation

Bref, suite à ces travaux pharaoniques, le quartier de 2016 et celui de 2020 n’auront plus grand-chose en commun. À l’issue de la présentation de ce réaménagement important, des voix n’ont pas tardé à se faire entendre au sein du public. Certains félicitent le projet, d’autres font part de leurs craintes. « Ce projet va entraîner la destruction de nombreux espaces verts, dont des arbres vieux de plusieurs décennies », se plaint un premier riverain, quand d’autres interrogent sur la question des parkings. « Avez-vous prévu des lieux de stationnements à l’abord de ces gares ? ». Peu de créations de parkings semblent au programme. « Nous avons déjà plusieurs parkings au niveau de l’agglo qui peuvent accueillir un taux de remplissage important », répond Francis Chouat. Une réponse qui ne semble pas pour autant satisfaire une partie de l’audience.

Voici le tracé du Tram-train Massy-Evry (DR)

Voici le tracé du Tram-train Massy-Evry (DR)

Autre point qui fâche, la circulation durant les travaux et même au-delà. « À Lisses, nous avons déjà des axes routiers surchargés. Avec les travaux et les déviations que cela va entraîner, nous allons nous retrouver avec des routes encore plus saturées qu’aujourd’hui. Déjà que nous mettons près d’une demi-heure du rond-point du Traité de Rome à Courcouronnes pour rejoindre Ikéa, si c’est pour alourdir la durée, ce ne sera pas vivable », peste un élu de Lisses. Un constat qu’entendent les élus porteurs du projet. « Il faut changer les pratiques des gens, rétorque Stéphane Beaudet. Avec ce projet, nous allons générer de nouvelles habitudes. L’arrivée du Tram et la mise en place de ‘’zones 30km/h’’ dans les villes dissuadent souvent les automobilistes de passer par ces endroits, préférant ainsi prendre l’autoroute ou la Francilienne ». Reste maintenant à savoir si cela sera le cas durant la période de travaux et même à terme une fois le tramway livré. Peut-être que les automobilistes figureront parmi les 40 000 voyageurs/jours attendus par le Stif ?