Les quarante ans de la Dame du Lac, célèbre sculpture de Pierre Székely, sont l’occasion pour beaucoup de se remémorer l’importance de ce site dans le paysage local, mais aussi sa renommée au niveau mondial. Car cette sculpture a vu naître sur ses pentes des disciplines comme l’art du déplacement, plus communément appelé le parkour.

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Cela fait quarante ans qu’elle trône sur les bords du lac de Courcouronnes. Quarante ans que du haut de ses 17 mètres de hauteur, elle occupe une place particulière dans le cœur des habitants de l’ancienne Ville nouvelle d’Evry. Un temps symbole de l’écusson de la commune de Courcouronnes pendant près de 25 ans, ses formes particulières ont souvent servi de décors à des films durant les années 1980–1990. Elle, c’est la fameuse Dame du Lac.

Cette sculpture monumentale fêtait donc ses quarante ans ce samedi 17 octobre. Pour l’occasion, les collectivités locales ont souhaité « réparer une forme de l’oubli de l’histoire », comme l’a confirmé Stéphane Beaudet, maire de Courcouronnes. En effet, le nom de son créateur n’a jamais figuré sur l’œuvre et ce dernier n’était d’ailleurs pas présent pour son inauguration en 1975.

La naissance des Yamakasi

Sortie de l’imaginaire d’un homme, la Dame du Lac doit la vie au sculpteur hongrois, puis naturalisé français Pierre Székely. Mais, plus précisément, l’origine du projet résulte de la rencontre de trois facteurs déterminants. Au début des années 1970, la Ville nouvelle d’Evry est en pleine mutation. Faisant partie intégrante du programme, la commune de Courcouronnes se transforme également, à l’image de son parc. Lors de l’aménagement de ce dernier, sur proposition du célèbre grimpeur italien de l’époque Guido Magnone, un rocher d’escalade devait voir le jour sur les bords du lac. Un simple rocher d’escalade qui s’est transformé en une sculpture monumentale, fonctionnelle et esthétique réalisée par les soins de Pierre Székely. « Suite à différents échanges avec Guido Magnone et au fil des anecdotes et des brides de récits relatant ses ascensions, une vision plus claire s’est dessinée dans l’esprit de mon père », raconte la fille du sculpteur, Maria Székely-Conchard, pour évoquer la création de l’œuvre.

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Peu à peu, un grand mur de 17 mètres de hauteur va progressivement s’élever au-dessus du lac de Courcouronnes. Ce mur, c’est le visage d’une femme tournée vers le lac. Mais il s’agit aussi d’un astucieux mur d’escalade, avec ses abris, ses rampes et ses multiples prises. Avec cette sculpture, l’artiste imprégné par l’art abstrait signe là l’une de ses œuvres les plus retentissantes.

Car le succès va vite être au rendez-vous. Après son inauguration en novembre 1975, celle-ci va être littéralement prise d’assaut par les amateurs de varappe. Ce site reste d’ailleurs dans les mémoires de l’art urbain comme l’endroit qui a vu la naissance des Yamakasi. Une période dont se rappelle très bien le maire de Courcouronnes. « Pour rentrer dans les Yamakasi, il fallait grimper jusqu’au sommet de la sculpture avec un ami. Arrivé là-haut, il fallait se suspendre dans le vide la tête en bas. L’ami avec lequel vous étiez monté devait alors vous tenir par les pieds. Le but était de nouer une vraie notion de confiance au sein du groupe », relate Stéphane Beaudet. « C’est presque le premier lieu de street art qui ait vu le jour dans la Ville nouvelle », affirme ce dernier en faisant le parallèle avec le programme d’art urbain initié par l’agglo Evry-Centre-Essonne.

Pas de réouverture au public prévue

L’œuvre de Pierre Székely a donc fait le bonheur de nombreux grimpeur et permis la création d’un mouvement, appelé l’art du déplacement ou encore le parkour. « C’est même devenu un spot mondial pour la pratique de cet art », confirme Stéphane Beaudet. Pour autant, la sculpture est aujourd’hui fermée au public. « C’est dommage, ça nous attriste, mais cette décision a été prise pour des raisons de sécurité », reprend l’élu. Le site est clôturé et n’ouvre que très rarement au public. Cela n’empêche pas pour autant quelques personnes de tenter « illégalement » son ascension.

Les raisons évoquées par le maire ont du mal à passer pour certaines personnes qui ont décidé de mettre en place une pétition pour la réouverture du lieu. « La prohibition n’est clairement pas la solution pour empêcher les inconscients de grimper dessus. Aujourd’hui, le site est vidéo-surveillé, et des patrouilles y passent régulièrement. C’est une perte de moyens et de temps pour les officiers de gendarmerie qui font ce travail. Il est donc évident que ce n’est pas la solution », expliquent les pétitionnaires. Ces derniers prônent une solution simple : réhabiliter la structure aux normes d’escalade, et ainsi permettre à tous d’y accéder. « Après tout, les falaises ne suivent pas de normes, et cela n’empêche personne de les escalader », indiquent les pétitionnaires.

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Des propos balayés d’un revers par Stéphane Beaudet. « Ce n’est pas moi qui ait pris cette décision, mais je suis entièrement pour son maintien. Pour une remise aux normes, il faudrait changer les fixations fréquemment, vérifier la sculpture chaque semaine. Bref c’est ingérable de la mettre aux normes ». Pour autant, l’édile refuse toute répression du parkour par la commune. Il insiste même sur le fait que des murs d’escalade sont présents dans de nombreux gymnases, et qu’un « mur de compétition a été monté au gymnase Colette Besson ».

Ainsi, la dernière réouverture au public risque bien d’être celle prévue pour les quarante ans de la sculpture, date à laquelle une plaque au nom de Pierre Székely a été posée sur la structure de béton. Histoire de réparer cet « oubli » de l’Histoire…

Une exposition consacrée à Pierre Székely et à la Dame du Lac est ouverte au public depuis le 17 octobre au gymnase Colette Besson qui jouxte le parc jusqu’au 8 novembre.

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