« L’agglo décolle !  », voilà le slogan affiché par l’agglomération Cœur d’Essonne pour célébrer sa première année d’existence. À l’occasion des vœux 2017, son président Olivier Léonhardt (PS), a même filé la métaphore : « Nous avons réalisé une affiche dont le thème rappellera à certains un célèbre film de science-fiction ». En toile de fond : la piste de l’ancienne base aérienne 217 au-dessus de laquelle est incrusté, façon Star Wars, les termes suivants : « 2017, années décisives…  »

Si l’effet de com’ est réussi, le projet n’en reste pas moins ambitieux. Renommé « La Base », le site situé sur les communes du Plessis-Pâté et de Brétigny-sur-Orge va bénéficier de 34 millions d’investissements publics dans le but d’en faire le pôle économique majeur et innovant du sud-francilien : « Nous ne sommes pas dans la petite couronne, nous ne serons donc pas inclus dans la future métropole du Grand Paris, explique Olivier Léonhardt. Avec ce projet unique en région parisienne, nous prouvons que nous pouvons exister par nous-mêmes et porter nos propres projets  ».

Entre évènementiel, loisirs, terres agricoles et zone d’activités industrielles, l’ex BA 217 commence doucement mais sûrement à reprendre vie, près de 10 ans après sa fermeture.

Linkin Park, drones et maraîchage bio



Première composante déjà actée, le parc évènementiel (loisirs, sports, culture) qui s’étend sur 50 ha. Articulé autour de la piste d’atterrissage longue de 3 km et large de 100 m, il va accueillir dès cet été deux festivals musicaux : le Download festival sera dédié à la musique rock les 9, 10 et 11 juin prochains, puis l’Area 217, qui se tiendra du 30 juin au 2 juillet, fera la part belle à la musique électro. Au programme, des groupes mondialement connus tels que Linkin Park, System of a Down ou encore Green Day. « Il y aura six scènes différentes, on attend plus de 30 000 personnes , confie Olivier Léonhardt. Concernant la piste, nous allons également la louer à différents partenaires comme UTAC CERAM, propriétaire de l’autodrome de Linas-Montlhery ».

Situé juste à côté, le Cluster régional du drone civil est également en cours de réalisation. Ce pôle d’excellence dédié à la formation, à la fabrication et à l’homologation de drones civils, a vu ses premières entreprises s’installer. Le 2 janvier dernier, la société Techni Drone y a même implanté son troisième centre de formation à destination des futurs pilotes. « D’autres entreprises vont continuer à s’établir sur le site dans les mois qui viennent », promet le président de l’agglomération. Le tout formera un pôle scientifique de recherche en partenariat avec l’Institut de recherche biomédical des armées (IRBA) déjà sur place, le Commissariat à l’énergie atomique, le Centre français de recherche aérospatiale, la Fédération professionnelle des drones civils (FPDC) ou encore le Pôle de compétitivité ASTECK – Paris Région.

L'ancienne base aérienne 217 de Brétigny-sur-Orge est en cours de requalification

L’ancienne base aérienne 217 de Brétigny-sur-Orge est en cours de requalification (DR).

À proximité de la D19, le pôle régional sécurité-défense, appelé « Security Park », doit de son côté favoriser le regroupement sur un même site des activités liées à la sécurité et à la défense. Les start-ups et les PME qui ont besoin d’être accompagnées dans leur développement seront privilégiées via « des offres de services mutualisés à forte valeur ajoutée, un immobilier sécurisé aux normes sécurité de la DGA et un showroom et espace de démonstration et de tests indoor et outdoor  ».

Outre le tertiaire et l’industriel, le secteur agricole n’a pas été oublié du projet. Près du physiopôle de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra) situé au sud-est de l’ancienne BA, 75 hectares vont être réservés à l’agriculture biologique. Grâce à une aide financière de 775 000 euros accordée en 2016 par la région, une douzaine de maraîchers devraient s’y installer, avant huit exploitations spécialisées en petit élevage, arboriculture, maraîchage ou encore activités para agricoles. « Les premiers exploitants vont arriver courant 2017  », confirme Olivier Léonhardt. Un espace de vente devrait également voir le jour de façon à promouvoir le circuit court entre producteurs et consommateurs.

Enfin, le projet La Base doit permettre la création de plusieurs centaines d’emplois, notamment par l’implantation d’entreprises de renommée nationale et internationale. Près du Plessis-Pâté, la zone industrielle de la Tremblaie va être étendue : « Quarante hectares adjacents vont être vendus, y compris à des sociétés de haut niveaux à caractère industriel, expose l’agglomération Cœur d’Essonne, sans plus en dévoiler. 800 emplois vont voir le jour. Les choses devraient s’accélérer dans les prochaines semaines  ».

Un téléphérique dans les cartons



Deux festivals musicaux, un pôle régional d’agriculture biologique, un Security Park et plusieurs emplois annoncés… Si une partie du projet La Base commence à se matérialiser, une autre reste encore cantonnée au rang d’études. C’est par exemple le cas des transports : « Nous devons discuter avec l’agglomération voisine du Grand Paris Sud car ce que nous souhaitons mettre en place les concerne au premier chef, annonce Olivier Léonhardt. Nous serons complémentaires ».

Située à 30 min de Paris et à 15 min de la gare de Massy TGV et de l’aéroport d’Orly, La Base va donc voir ses conditions d’accès modernisées. Outre l’aménagement de l’interface de la RD19, un projet de téléphérique urbain écologique est actuellement étudié pour faire la jonction entre les deux agglomérations.
Long de 10 km, il doit relier la gare de Brétigny (RER C) à celle de Ris-Orangis (RER D), en traversant le site. Le tout sans rejeter une seule particule de CO2 dans l’atmosphère : « On est en train de monter le dossier technique, notamment pour chiffrer le projet et trouver les partenaires adéquats, livre le président de la nouvelle communauté d’agglomération. On a déposé un dossier devant le Stif, le travail de préparation est plus long que la réalisation. Mais une fois que tout sera lancé, il faudra moins d’un an pour le mettre en service ».

Plan du projet La Base avec ses différentes composantes (DR).

Plan du projet La Base avec ses différentes composantes (DR).

À l’image de ce nouveau mode transport pour lequel aucune date n’est encore avancée, un parc d’activité tertiaire et high-tech est aussi dans les cartons. Son nom ? Le Carré Nord. « On travaille dessus, il regroupera tout ce qui touche à l’économie du futur  », glisse Olivier Léonhardt. Situé à l’extrémité de la piste, côté Plessis-Pâté, on y trouvera « des activités ultra-innovantes  ». Mais là encore, difficile d’en savoir plus pour le moment : « Nous n’avons pas envie de faire de la communication pour faire de la communication, poursuit le président de Cœur d’Essonne agglomération. Nous sommes en phase de réflexion, il faut inventer de nouveaux moyens de se développer. On regarde ce qui se passe ailleurs, l’important c’est que ça aboutisse  ».

Dernière composante majeure du projet, mais non des moindres, le Central Parc, à destination des habitants et des consommateurs. Adossé à la future cité Val Vert-Croix Blanche, il constituera un lieu de consommation mais aussi de loisirs. « Il y aura la partie commerciale et tout ce qui va autour, avec des jeux ou des aires de sport et de détente, expose Olivier Léonhardt. Ce sera également un espace novateur pour le commerce. La grande distribution évolue et les nouveaux modes de consommation font la part belle aux achats sur internet. Les magasins deviennent de plus en plus des lieux d’exposition où les gens se promènent. C’est une donnée que nous devons prendre en compte ».

En concrétisant progressivement son projet de reconversion de l’ex base aérienne 217, dont les soubresauts remontent 2012, l’agglomération Cœur d’Essonne arrive à un tournant de sa jeune histoire, un an seulement après sa création.
Forte de ses 200 000 habitants, elle a récemment investi dans un clip promotionnel diffusé dans tous les avions de la compagnie Air France. Avec l’idée d’attirer des partenaires sur son territoire, et notamment sur La Base : « L’objectif est d’aller chercher les entrepreneurs pour que les habitants de l’agglomération qui cherchent du travail puissent le trouver près de chez eux, conclut Olivier Léonhardt. C’est ça le vrai développement durable, éviter les déplacements pendulaires pour favoriser un lieu de vie complet avec du travail, des transports efficients, et des loisirs  ». Un projet excitant sur le papier, qui ne sera jugé qu’à l’aune de sa réalisation dans les années qui viennent. Qui va piano, va sano ?

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