« Depuis plusieurs mois des discussions ont été engagées avec un leader du e-commerce, qui recherche un site de projet de grande ampleur capable de les accueillir en région Île-de-France. Nous avons aujourd’hui débuté une nouvelle étape du processus avec le dépôt des dossiers d’autorisations administratives en cours d’instruction par les services compétents ». Le 5 mai dernier, Cœur d’Essonne agglomération confirmait l’arrivée d’Amazon sur « la Base », territoire en mutation de l’ex-base aérienne de Brétigny-sur-Orge (lire notre article). Depuis, le projet ne cesse de diviser. Si les perspectives économiques avancées par l’entreprise américaine semblent plutôt positives avec la création d’environ 2 200 emplois, l’enquête publique qui s’est déroulée entre le 22 mai et le 22 juin a laissé apparaître les inquiétudes de certains habitants : « Dans le développement de l’ex-base 217, Cœur d’Essonne agglomération a accepté l’implantation d’un centre Amazon France Transport, avec comme motivation première de dynamiser l’emploi. Mais ce projet nous interpelle à plusieurs titres », explique le groupe local Europe Ecologie Les Verts.

Le projet, qui doit voir le jour d’ici fin 2018, s’étendra sur 31 hectares et 306 341 m2 d’entrepôts entre les anciens hangars de la base et la RD19. Au programme : la construction d’une plate-forme logistrielle composée d’un bâtiment e-commerce consacré au stockage des colis, et d’un sort-center chargé d’accueillir une zone de convoyage des colis. Autant d’éléments répertoriés dans l’enquête publique qui risquent d’impacter l’écosystème.

La future plate-forme logistrielle d'Amazon sera composée d'un bâtiment sort-center (en haut) et d'un bâtiment e-commerce (en bas) (DR).

La future plate-forme logistrielle d’Amazon sera composée d’un bâtiment sort-center (en haut) et d’un bâtiment e-commerce (en bas) (DR).

Premier écueil pointé du doigt : l’impact environnemental des poids lourds au départ et à l’arrivée du site. D’autant que ce dernier sera essentiellement desservi par la RD19 : « Avec comme base les +/­ 1 700 véhicules légers par jour et les +/­ 42 000 poids lourds par an estimés dans l’enquête publique, cela correspondra en période de pointe à une augmentation de plus de 10% par rapport au trafic actuel alors que les axes routiers du secteur (RN114 et RD19) connaissent des congestions fréquentes, dénonce EELV. Et nous le savons, la présence de camions sur un secteur augmente d’emblée la pollution de l’air ! ». 

Dans le détail, les résultats de l’étude d’impact montrent qu’à l’état actuel, le trafic généré sur la RD19 « n’engendre pas de dépassements des valeurs réglementaires ». « A l’état futur, qui prend en compte l’état actuel et le trafic futur à l’horizon 2018 généré par le projet e-commerce, aucune valeur réglementaire n’est dépassée, garantissant ainsi une protection de la santé humaine, précise l’étude. L’impact du projet sur la santé peut être considéré comme faible ».

Mais le problème de la circulation, lui, perdure : « C’est une donnée qui nous inquiète, avance pour sa part Dominique Deboise, président de l’Association pour la défense de l’environnement et la maîtrise de l’urbanisation à Brétigny-sur-Orge (ADEMUB), qui suit le dossier pour l’association Essonne nature environnement (ENE). L’aménagement du giratoire qui dessert actuellement l’ex-base 217 semble interférer sur les voies cyclables au détriment des circulations douces ». Idem du côté des collectivités :  « Les chiffres du trafic ne sont pas assez clairs  », reconnaît Nicolas Méary, maire de Brétigny-sur-Orge. Avec en plus la double casquette de vice-président de l’agglomération Coeur d’Essonne et vice-président chargé des transports pour le Département, il est concerné au premier chef par le projet qu’il a fait voter en Conseil municipal : « Des études diligentées par le Département tendent à montrer que ça devrait bien se passer, poursuit-il. Mais je n’ai pas d’avis d’experts sur le sujet ».  L’autorité environnementale, elle, souligne « qu’il aurait été opportun que le pétitionnaire (Amazon, ndlr) fournisse un ordre de grandeur de la réduction du trafic suite à ces mesures au regard de son retour d’expérience sur d’autres sites« .

Là encore, la société se veut rassurante. Alors qu’elle mettra en place les trois-huit, elle s’est engagée, si nécessaire, à décaler les horaires de changement d’équipes le week-end afin d’éviter la saturation de la RD19 entre 15h et 19h. Elle favorisera également la réduction des véhicules légers : « Amazon prévoit l’incitation du personnel au covoiturage et à l’usage des transports en commun, note le rapport de l’autorité environnementale. Conformément à la réglementation, un plan de déplacement entreprise (PDE) sera mis en place ». Ce dernier prévoit notamment la construction d’une gare routière pour accueillir des navettes affrétées pour les salariés.

« Le milieu naturel peut être considéré comme maîtrisé »

Les écologistes redoutent également que « la faune et la flore locale soient mises à mal tant par la pollution atmosphérique, que la pollution sonore et lumineuse » générée par la construction des entrepôts.  Si l’autorité environnementale avait mis en garde contre le projet initial qui aurait « impacté fortement » la faune et la flore, dont « cinq espèces d’oiseaux protégées », elle a ensuite salué les propositions d’aménagements formulées par l’entreprise : « Le dossier explicite clairement que l’emprise du site a été revue au regard du résultat des études environnementales menées, et ce, afin d’éviter au mieux les impacts. Cette stratégie d’évitement s’accompagne également de mesures d’accompagnement. Ces choix permettent de considérer que le pétitionnaire a correctement pris en compte ces enjeux environnementaux. Compte tenu des mesures de réduction et d’accompagnement, l’impact du projet sur le milieu naturel peut être considéré comme maîtrisé ». 

Ces mesures, chiffrées à hauteur de 2,6 millions d’euros, permettront notamment la création de haies, de bosquets, d’une mare ainsi que de dispositifs de passages pour la faune. Pour un impact « faible ou modéré » sur l’écosystème. « Plus généralement, il faut que l’agglomération revoit complètement sa façon d’envisager l’avenir, estime Dominique Deboise. Les projets se juxtaposent sans cohérence au détriment des terres agricoles. Au total, c’est plus de 500 hectares qui vont disparaître dans les années qui viennent. Or quand on urbanise, c’est souvent définitif ».

Le site qui sera exploité par Amazon France Transport se s'étalera sur (DR).

Le site qui sera exploité par Amazon France Transport s’étendra sur 31 hectares (DR).

Concernant la pollution lumineuse et sonore, l’étude d’impact a confirmé les craintes des riverains dont les plus proches se trouvent à environ 180 m du site : « Le fonctionnement 24h/24 des installations aboutira à une nuisance lumineuse sur l’environnement immédiat », observe l’autorité environnementale. Elle recommande donc à l’entreprise « de prescrire des dispositifs d’éclairage d’illumination des façades performants permettant d’éviter un impact sur la zone au sud du site à partir d’une heure du matin ». Quant au bruit, Amazon compte limiter la vitesse de circulation des véhicules sur l’ensemble de la plate-forme à 15km/h : « Malgré un impact caractérisé comme faible sur la santé humaine et des nuisances sonores compatibles avec l’environnement ressortant des études menées, le pétitionnaire prévoit l’arrêt des moteurs des camions en attente », souligne l’autorité environnementale. Avant de préciser : « L’utilisation d’une flotte de camions performants (carburant, moteur…) aurait dû être précisée en lien avec le plan de protection de l’atmosphère ».

« Le modèle d’Amazon c’est l’ubérisation »

Reste la question de l’emploi et des retombées économiques évoquées de manière trop floue dans l’enquête publique. Dans un communiqué publié le 5 mai dernier, Cœur d’Essonne agglomération envisageait – sans le confirmer – le retour des 2 000 emplois supprimés à la suite de la fermeture de la base aérienne 217 : « Depuis 2008 et l’annonce de la fermeture de la base, Olivier Léonhardt, président de l’Agglomération et les élus du territoire ont affirmé et engagé un projet ambitieux et innovant de développement économique pour compenser la perte de 2 000 emplois civils et militaires générée par la décision de fermeture de la Base Aérienne 217 ».

Depuis, peu de précision, si ce n’est le nombre de personnes pouvant être accueillies dans les différents bâtiments du site. L’enquête publique précise que « le bâtiment e-commerce est prévu pour accueillir 1 400 personnes, contre 800 pour le sort-center » et que « le projet sera fortement générateur d’emplois directs et indirects sur un secteur touché par le chômage (13% sur la commune de Brétigny-sur-Orge en 2013). La mise en activité du complexe logistique permettra de créer également, une hausse de l’activité économique de la zone et entrainera la création de plusieurs emplois indirectement liés à la plateforme logistique ».

Dès lors, les associations dénoncent le manque de visibilité : « On ne peut que se réjouir de la création estimée de 2 000–2 500 emplois. Mais reste à savoir combien de temps ça durera, remarque ENE. Amazon se place dans un secteur d’activité qui évolue vers toujours plus d’automatisation. C’est du travail par poste, précaire. Quand on en supprimera un, c’est quatre emplois qui sauteront. C’est comme ça qu’il faut raisonner ». Du côté d’Europe Écologie Les Verts, on aimerait avoir quelques précisions sur la nature des futurs emplois : « Il n’existe aucun engagement sur le nombre d’emplois effectivement créés, ni sur leur qualité, ce qui fait craindre des emplois majoritairement précaires parce que le modèle d’Amazon c’est l’ubérisation ». Des craintes qui font écho aux mouvements de grève qui ont déjà touché plusieurs sites Amazon en France, comme sur la plateforme textile de Chalon-sur-Saône lors des Négociations annuelles obligatoires (NAO) fin mai 2017.

La requalification du giratoire de la RD19 sera financé par le Conseil départemental. Estimé à 1 M d'euros (, le coût DR).

La requalification du giratoire de la RD19 sera financé par le Conseil départemental. Estimé à 1 M d’euros (scénario 2.1), le coût des travaux pourrait finalement doubler (DR).

Enfin, la confusion autour du coût des travaux pour la collectivité et le contribuable interpelle : «  Le versement par Amazon de la totalité du prix de vente théorique des terrains à Coeur d’Essonne agglomération (18,3 M) est conditionné à la réalisation par l’Agglo de 13 M de travaux de voirie divers sur le futur emplacement. Le solde sera théoriquement versé à la réception des travaux, s’inquiète EELV. Un sacré coup de pouce pour Amazon dont on connaît la virtuosité pour ce qui touche à l’optimisation fiscale, et un beau manque à gagner pour l’Agglo  ». Nicolas Méary, qui regrette que le dossier d’enquête publique « ne soit pas assez clair » confirme : « L’agglomération investira bien 13 millions d’euros comme prévu avec Amazon. C’est en revanche le Département qui financera la requalification du giratoire de la D19. Et ça coûtera plus que les 1 million d’euros avancés dans l’enquête publique ».

Pour l’heure, la société n’a ni donné plus de détails, ni confirmé le nombre et la nature exacte des futures créations d’emploi. En attendant, les opérations de terrassement devraient débuter début août 2017.

Vous pouvez consulter le dossier d’enquête publique : ici.