« Ce serait déjà un bon score pour nous de faire autant que la gauche en 2011 ». Par cette phrase, Laure Darcos annonçait il y a peu son souhait de rivaliser avec les quelque 60 000 voix obtenues par le parti au poing et à la rose lors de l’organisation de ses primaires citoyennes de 2011 en Essonne. Le vœu de celle qui préside depuis six mois la commission départementale d’organisation de la primaire s’est réalisé ce dimanche 20 novembre. En effet, la première primaire citoyenne de la droite et du centre a été un « vrai succès », comme le relate l’intéressée, réunissant près de 80 000 votants. « Nous ne pouvons qu’être satisfaits de ces résultats concernant la participation ». Et cet engouement autour de ce vote n’aura pourtant pas été le plus simple à gérer comme le constate celle que beaucoup ont surnommée ces derniers temps la « Madame primaire » de l’Essonne.

Dans certains bureaux, il fallait ramener des bulletins

Car si les 177 bureaux présents sur le département ont bien ouvert dans les temps, une telle affluence n’avait pas pour autant été envisagée par les instances de l’organisation de la primaire. « Dans quelques endroits, l’affluence était si importante que certains assesseurs ou présidents de bureau n’ont pu faire de pause déjeuner le midi, ou même aller aux toilettes quand ils en avaient envie », explique Laure Darcos qui cite l’exemple de la commune de Bièvres pour illustrer ses propos. « Dans la majeure partie des cas, rares ont été les bureaux de vote qui ont pu faire remonter les taux de participation de 12h et de 17h aux instances nationales à cause de cette affluence », assure cette dernière.

Laure Darcos aidée notamment par Jacques Lebigre (JL/EI)

Laure Darcos aidée notamment par Jacques Lebigre (JL/EI)

Effets directs de cet engouement pour la primaire de la droite et du centre : certains bureaux de vote se sont vite retrouvés à sec de bulletins. Dans ce cas, les bulletins et enveloppes prévues en cas de second tour ont été utilisés pour pallier à ce manque. Pour certains bureaux, « il a fallu que j’aille moi-même livrer des cartons de bulletins pour permettre aux électeurs de voter dans de bonnes conditions », affirme Laure Darcos. Cette dernière a notamment effectué des opérations de ce genre sur les communes du nord du Plateau de Saclay, du côté de Bièvres, Verrières-le-Buisson ou encore de Gif-sur-Yvette. Cette commune recueille ainsi l’un des taux de participation les plus forts relevés en Essonne avec plus de 20%, soit 3 654 votants. Pour sa part, Jacques Lebigre, l’ancien secrétaire de la fédération qui épaule Laure Darcos dans l’organisation de cette primaire a dû fournir le bureau de vote de Soisy-sur-Seine en bulletins. Un bureau qui était d’ailleurs très prisé des électeurs en soirée. « Je suis arrivé à 18h15 et je n’ai toujours pas pu voter », lâchait l’un d’entre eux peu avant 19h, heure de la fermeture de bureaux. Plusieurs dizaines de personnes faisaient encore la queue dans et en dehors du bâtiment pour voter. « Dans ce cas précis, nous avons fait rentrer jusqu’à 19h ceux qui souhaitaient voter et nous avons fermé l’accès après. Du coup, ce bureau n’a pas dû fermer à 19h pour permettre aux gens qui faisaient la queue de pouvoir s’exprimer », précise Laure Darcos.

Comment expliquer cette affluence ? Cela peut notamment s’expliquer par le fait du regroupement de plusieurs bureaux de vote au sein d’un seul et unique endroit. Parfois, dix bureaux étaient réunis en un seul. Le bureau de Soisy-sur-Seine accueillait ainsi les électeurs présents sur les cinq bureaux que compte habituellement la commune, plus les deux de Tigery et celui de la commune voisine d’Etiolles. « C’est réducteur d’expliquer la forte affluence par le fait du regroupement de plusieurs bureaux de vote en un endroit », ironise d’ailleurs Jacques Lebigre.

Fillon emporte tout sur son passage

 

La participation a donc été au rendez-vous de cette première expérience pour le parti Les Républicains. Cela a été une bonne surprise. « Surprise », c’est aussi le mot pour qualifier le résultat de ce scrutin. Ce dimanche soir, quelques cadres du parti Les Républicains, présents à Brétigny pour centraliser les résultats du département ont pu exprimer tantôt leur joie, tantôt leur étonnement quant aux premiers résultats. « C’est vraiment incroyable », laissent échapper certains d’entre eux à l’évocation des résultats des communes. Car l’Essonne ne déroge pas à la tendance nationale. Comme revenu du diable Vauvert, François Fillon vient inscrire son nom à la première place de ce scrutin. Ce dimanche soir, alors qu’il ne restait encore que neuf bureaux de vote à dépouiller sur les 177 ouverts sur le département, l’ancien Premier ministre caracolait en tête avec pas moins de 42% (31 921 voix). Soit loin devant ses principaux rivaux que sont Alain Juppé ou encore Nicolas Sarkozy. Ces derniers ont obtenu respectivement 30,6% (23 228 voix) et 20% (15 161 voix). Une victoire écrasante pour François Fillon, en tête dans la quasitotalité des communes de l’Essonne comme Limours, Breuillet, Arpajon ou encore Draveil. Rares sont les communes qui ne comptent pas ce candidat en tête des suffrages. Seul Juppé barre la route à ce dernier à Corbeil-Essonnes pour seulement six voix…

« J’étais quasiment la seule à le suivre »

Ce résultat a été immédiatement salué par sa représentante en Essonne, Isabelle Perdereau. « Je suis très heureuse, car c’est un gros travail que nous avons fait, indique cette dernière très émue du résultat sans appel de son poulain. Par ce score, il montre que le vrai renouveau en politique, c’est d’être fidèle à ses convictions ».

Isabelle Perdereau est la référente de François Fillon en Essonne (JL/EI)

Isabelle Perdereau est la référente de François Fillon en Essonne (JL/EI)

Clairement esseulée pendant la quasitotalité de la campagne quand d’autres candidats affichaient le soutien de nombreux élus de l’Essonne, Isabelle Perdereau tient notamment à remercier les militants. « C’est grâce à eux que François Fillon arrive en tête. Il y a eu un vrai travail sur le terrain de fait, se félicite cette dernière. C’est d’autant plus beau que j’ai longtemps été l’une des seules à ses côtés en Essonne. Même dans l’hémicycle à la Région (Ndlr : Isabelle Perdereau est conseillère régionale) on venait me dire : ‘’Bientôt tu seras en vacances’’ ou ‘’tu vas faire 2%’’. Mais voilà, aujourd’hui c’est nous qui avons réussi ».

Derrière l’ouragan Fillon, l’ancienne maire de Longjumeau et actuelle députée de l’Essonne Nathalie Kosciusko-Morizet n’aura pas tenu le choc, même sur son territoire. Il n’y a qu’à Longjumeau que cette dernière dépasse la barre des 100 voix loin derrière le trio de tête Fillon-Juppé-Sarkozy, même si elle atteint quand même les 3,8% à l’échelle du département, ce qui est supérieur de 1,2 point par rapport à son score national. Elle se paie tout de même le scalp de Bruno Le Maire, longtemps appréhendé comme le « troisième homme » de ce scrutin. Cette dernière a notamment annoncé soutenir Alain Juppé dans le cadre du second tour qui se tiendra dimanche 27 novembre, toujours de 8h à 19h dans les 177 bureaux de vote déjà ouverts ce dimanche 20 novembre.

Résultats avec 170 bureaux dépouillés sur 177

François Fillon 42,2% (32 861 voix)
Alain Juppé 30,5% (23 734 voix)
Nicolas Sarkozy 19,9% (15 532 voix)
Nathalie Kosciusko-Morizet 3,8% (2 946 voix)
Bruno Le Maire 2,2% (1 696 voix)
Jean-Frédéric Poisson 1,2% (930 voix)
Jean-François Copé 0,3% (195 voix)