« On veut nous asphyxier, mais on ne se laissera pas faire ! On ne veut pas de ce projet ». Par ces mots, Franck Marlin, le député maire (LR) d’Étampes dresse un constat que de nombreux élus du Sud du département partagent. En effet, « une bonne quarantaine d’élus », comme le souligne le député de la 2e circonscription de l’Essonne sont passés à la vitesse supérieure concernant l’épineux dossier de la ligne D du RER. Car la SNCF et l’autorité des transports en Île-de-France le Stif, préparent une nouvelle organisation du RER D pour 2019. Au programme concernant le sud de la ligne, un recentrage sur les branches principales en direction de Paris et de nouvelles correspondances pour les axes secondaires. Ce projet dénommé « SA 2019 » vise à fluidifier le trafic sur le RER D d’ici 3 ans. Il consiste en une priorité donnée aux liaisons Melun-Villeneuve-Paris par Montgeron et Corbeil-Juvisy-Paris via Evry-Courcouronnes, au détriment des autres branches (Corbeil-Melun, Corbeil-Malesherbes, Corbeil-Juvisy via Ris-Orangis) qui deviendraient de fait des itinéraires secondaires. D’où les très fortes inquiétudes des élus des territoires que certains qualifient de « sacrifiés ». D’autant plus que le Stif doit entériner le projet ce mercredi 11 janvier.

RER D : Pour certains usagers, Paris c’est bientôt fini (abonnés)

La grogne s’intensifie dans le Sud

« Le problème, c’est que la SNCF et le Stif veulent améliorer la ponctualité de leurs trains sur le dos des 12 000 usagers qui les utilisent sur le secteur sud de Corbeil-Essonnes jusqu’au terminus de la ligne D à Malesherbes », lance Franck Marlin. « À l’échelle de l’Île-de-France, le projet est intéressant, mais avec ce plan, on propose une politique de l’amputation. C’est bien, sauf quand nous sommes le membre amputé », complète le maire de Mennecy (UDI), Jean-Philippe Dugoin-Clément. Ainsi, les usagers de la branche Corbeil-Malesherbes devront sans doute dire adieu aux trains directs vers la capitale. Si le plan est acté, ceux-ci devront effectuer une correspondance à Corbeil-Essonnes notamment. « Cela va rallonger les temps de trajets pour nos concitoyens. Les correspondances ne se feront pas dans la minute », peste Franck Marlin. Un constat que partage la vice-présidente du Conseil départemental, Caroline Parâtre. « Ce mode de fonctionnement ne va pas faciliter le quotidien des personnes à mobilité réduite », insiste-t-elle.

Les maires de Baulne, Boigneville, Boutigny-sur-Essonne, Ormoy, Nainville-les-Roches, Dannemois, Vayres-sur-Essonne, Ballancourt et plein d’autres élus de communes voisines ont ainsi décidé de multiplier les actions pour le maintien de la situation actuelle. Ce mardi 10 janvier au matin, une opération d’information a été conduite par les élus du territoire dans les gares pour sensibiliser les usagers sur cette question. Une pétition a également tourné. À ce jour, près de 2 500 personnes l’ont paraphé. « Rien qu’en une matinée, nous avons eu près de 1 500 signatures », se satisfait le député-maire d’Étampes. « Ça fait plaisir de voir tout cet entrain, confirme la maire de Malesherbes, Delmira Dauvilliers. Car quand on est au bout de la ligne dans un autre département, on a l’impression d’être seul. Mais là ce n’est plus le cas. Il ne faut pas qu’on empêche les gens qui recherchent un autre cadre de vie d’aller travailler ». « Il faut réanimer ce secteur et cela passe par un RER utile. Ce que nous défendons est une cause légitime », ajoute Franck Marlin.

Franck Marlin affirme qu'il ne souhaite pas de ce nouveau schéma (JL/EI)

Franck Marlin affirme qu’il ne souhaite pas de ce nouveau schéma (JL/EI)

Du côté de Stéphane Beaudet notamment, vice-président de la Région en charge des Transports, on comprend la position des élus du Sud-Essonne. « Naturellement, il y aura des usagers contents et d’autres mécontents, admet celui qui est aussi maire de Courcouronnes. Il faut trouver des solutions pour répondre à leur grogne et cela passe par l’adaptation de l’exploitation, la mise en place de dessertes complémentaires, trains ou bus, l’amélioration du stationnement à proximité des gares et bien d’autres », commentait ainsi ce dernier lors d’une ultime réunion publique le 4 janvier dans sa commune. Des propos relayés en partie par François Durovray, le président du Conseil départemental de l’Essonne. « Des solutions pour la branche Malesherbes doivent être trouvées, mais si on ne fait rien, on va tous dans le mur. Peut-on donc encore améliorer la proposition faite à ce jour ? », s’interroge ce dernier qui annonçait lors d’une autre réunion publique, cette fois-ci à Montgeron, qu’il ne fallait « pas opposer un territoire à un autre comme ça a été malheureusement le cas par le passé ».

Un réveil très, voire trop tardif

Les réponses des élus du nord du département, qui seront d’ailleurs mieux pourvus qu’aujourd’hui en terme d’offre de RER D, passent mal auprès des élus du Sud-Essonne. Une fracture serait-elle en train de voir le jour ? Qui sait… Dans tous les cas, ceux-ci semblent bien déterminés à faire échouer ce projet. Stéphane Beaudet, François Durovray et la présidente de la Région Valérie Pécresse ont ainsi reçu plusieurs sollicitations de la part des élus du Sud-Essonne sur cette question. « Étant donné qu’ils siègent tous au Stif, nous leur avons demandé qu’ils prennent leurs responsabilités et qu’ils ne nous oublient pas », assure Franck Marlin. Si le schéma venait à être approuvé ce mercredi, nous verrons bien sur qui nous pourrons compter parmi les différents votants ».

Cependant, le timing pourrait jouer en défaveur des élus du Sud-Essonne qui ont organisé une série d’actions depuis décembre et qui s’est accélérée ces dernières 24 heures. N’est-ce pas trop tard ? D’ailleurs, depuis quand étaient-ils vraiment au courant ? « Depuis fin septembre, reconnaît le député-maire d’Étampes. Mais cela m’a pris beaucoup de temps pour obtenir toutes les informations à ce sujet ». De quoi peut-être expliquer pourquoi le mouvement de contestation a pris du temps à prendre ? Du côté des deux conseillers régionaux que compte le sud du département, la réponse est plus vague. « Depuis quelques mois, relate Jean-Philippe Dugoin-Clément. Quoi qu’il en soit, Gérard Hébert (Ndlr : l’autre conseiller régional) et moi-même ne siégeons pas au Stif. Nous n’avons été mis au courant que bien plus tard ». Une version que nuancent pourtant certains cadres de la SNCF. « Le projet est dans les cartons depuis près d’un an maintenant, indique Julien Dehornoy, directeur de région Paris sud-est à la SNCF et responsable de la ligne. Les élus sont au courant depuis longtemps. Nous avons organisé près de 60 réunions avec eux à ce sujet ». Y a-t-il alors des visées électorales dans cette campagne de contestation ? « Aucune !, clame Franck Marlin. C’est une démarche sincère pour nos populations ».

Quoi qu’il en soit, une grande partie de l’avenir des trajets des usagers de la branche Corbeil-Malesherbes va se jouer ce mercredi 11 janvier. Une chose est déjà sûre. Audrey Guibert, administratrice FN du Stif déposera six amendements au projet RER D destinés « à défendre les usagers délaissés, les entreprises asphyxiées et les automobilistes floués ». Les élus de gauche n’ont pour leur part pas annoncé d’opposition au projet SIA 2019, même si certains font part de leur souhait d’en améliorer des parties. Ce schéma pourrait ainsi être amendé avant d’être validé. « Quelle que soit l’issue du vote, nous ne baisserons pas la garde », lancent de leur côté les élus du Sud-Essonne.