On le sait, une élection législative, même partielle, vise à élire un représentant de la nation, et non un élu local. Pour autant, plusieurs enjeux éminemment locaux sont venus se greffer aux programmes des candidats à la succession de Manuel Valls dans la première circonscription (lire notre article).

Parmi ces problématiques territoriales, c’est la question de la réforme du RER D qui occupe le plus les professions de foi des différents prétendants à la députation. Peut-être en raison de la proximité du chamboulement à venir. Le plan de transformation de la ligne, baptisé SA 2019, doit en effet entrer en fonction le 9 décembre prochain, soit deux semaines après le verdict du second tour.

RER D : se préparer à la douloureuse?

Du rejet partiel au rejet en bloc

Si la grande majorité des candidats s’opposent à cette refonte des branches de la ligne, tous ne le font pour autant pas dans les mêmes proportions. Le successeur de Manuel Valls à la mairie d’Évry, Francis Chouat, reconnaît que les investissements matériels promis par le SA 2019 vont dans le bon sens. “Le RER D c’est un grand corps malade”, concède l’élu, “qui a subi des retards d’investissements depuis des années. Des engagements ont cette fois été pris pour investir massivement, notamment pour le renouvellement du matériel roulant, ou les trains supplémentaires vers Melun. Sur ces aspects j’engrange ce qui a été décidé, les milliards qui vont être investis.”

En réalité, au-delà du plan d’investissements, c’est surtout l’autre versant du SA 2019 qui préoccupe la plupart des candidats, à savoir la fin des trains direct pour Paris pour les branches de la vallée (Corbeil-Juvisy), Malesherbes et Melun-Corbeil, et le risque d’enclavement supplémentaire que cela représente pour les habitants de ces branches. L’actuel maire d’Évry se prononce ainsi pour le rétablissement des trains directs pour Paris, sans changement de rame, pour les usagers de ces tronçons. Car, “même si cela ne concerne que 10% des 600 000 voyageurs par jour de la ligne, ils ont le droit à la même qualité de transport que les autres”, explique l’édile.

C’est également cet argument que met en avant Farida Amrani (France Insoumise), principale adversaire de Francis Chouat en vue du second tour. “Les habitants des lignes du bas subissent déjà un véritable enclavement. Avec cette refonte, on risque encore plus d’opposer les habitants de la circonscription”, explique celle qui avait déjà mené campagne en juin 2017, tout en pointant sur cette question « l’ambiguïté » de son adversaire, qui compte parmi ses soutiens Stéphane Beaudet, vice-président aux Transports à la région et porteur du projet SA 2019.

Un risque d’enclavement supplémentaire

Parmi les candidats faisant le choix de rejeter en bloc le SA 2019, on compte plusieurs opposants à la totalité du projet, comme Mikael Matingou, qui se présente au scrutin sans étiquette. Le mois dernier, il était avec les élus qui étaient descendus sur les rails en gare de Juvisy-sur-Orge pour exiger la suspension du projet SA 2019. “Tous les usagers du RER D connaissent déjà un sentiment de déclassement, avec cette distance par rapport à leur lieu d’activité, et, à partir du 9, leurs temps de trajets seront en plus rallongés, sur une ligne qui ne connaît pas la normalité. Le service se dégrade encore plus”, déplore le candidat.

C’est également sous l’angle de la galère anticipée pour les usagers que le Rassemblement national, qui entrait en campagne mardi 6 novembre par une conférence de presse à Évry, que la question a été abordée. Audrey Guibert, la déléguée départementale du parti sur le département et suppléante du candidat Grégory Saillol s’est indignée des gares “déjà saturées, notamment à Juvisy. Là, elles le seront encore plus”. Les deux candidats ont ainsi donné le ton d’une campagne qui semble s’orienter beaucoup sur les questions de transports, à l’image d’un premier tract diffusé dénonçant également l’augmentation des taxes pour les automobilistes.

Les opposants au SA 2019 ont entrepris des actions d'occupation symbolique des gares à l'approche du 9 décembre, ici à Evry val de Seine vendredi soir

Les opposants au SA 2019 ont entrepris des actions d’occupation symbolique des gares à l’approche du 9 décembre, ici à Evry val de Seine vendredi soir (QB/EI)

Cette question plus large des transports était également au coeur de la conférence de lancement de campagne d’Eva Sas (EELV), quelques jours plus tôt, dans une des salles de conférence du même hôtel de la place des Droits de l’Homme d’Évry. Entourée de son suppléant, Jérôme Brézillon (PS), conseiller municipal de Corbeil-Essonnes, et de Noël Mamère, venu lui apporter son soutien, la conseillère municipal de Savigny-sur-Orge s’est dite opposée au SA 2019 dans une perspective environnementale plus large. “Couper des branches du RER D est une hérésie à l’heure de la crise écologique que nous connaissons et qui va s’amplifier dans les années à venir. Les trains doivent au contraire constituer une alternative crédible à la voiture” a plaidé l’élue.

Que pourra faire le prochain député ?

Du côté des autres candidats, certains évoquent leur opposition à « l’arrêt obligatoire à Juvisy » comme Michel Nouaille (PCF) ou communique sur le besoin de « réinventer nos systèmes de transport » selon Remy Courtaux (SE). Pour une partie des candidats, cette refonte du RER D apparaît donc comme l’occasion de donner le ton de leurs engagements et de leur campagne autour d’un enjeu local. Pour autant on peut se poser la question de la marge de manoeuvre qui sera celle du futur député sur cette question. Nicolas Trotin, fer de lance des opposants au projet SA 2019 sur la vallée, attend surtout du futur élu qu’il puisse “peser avec nous jusqu’au 9 décembre et par la suite”, même s’il regrette que pour l’instant “aucun candidat ne nous a appelé”. Selon lui, le pouvoir du nouveau représentant à l’Assemblée nationale résidera surtout dans sa capacité à pouvoir convoquer une nouvelle concertation et un nouveau projet de réforme, après l’entrée en application du SA 2019.

Ces opposants au nouveau plan d’organisation de la ligne, n’entendent toujours pas accepter la nouvelle correspondance à Juvisy, et multiplient les actions ces derniers mois contre la mise en oeuvre du SA 2019. A l’approche de la date fatidique du 9 décembre, le collectif associatif organise ainsi des actions en gare, le vendredi soir. Le 9 novembre, ils se sont retrouvés à une centaine à Evry val de Seine, avant d’enchainer les prochains rassemblements à Ris-Orangis ce vendredi et Mennecy la semaine suivante. Campagne oblige, ils ont reçu pour ce premier rassemblement la visite de plusieurs candidats de la législative partielle.