Dans très exactement un mois, le dimanche 9 décembre prochain, entrera en vigueur la nouvelle organisation des branches sud du RER D. En préparation depuis deux ans, la transformation complète du système de circulation dans le sud de la ligne est désormais totalement calibré. Présenté en 2016, le dénommé ‘SA 2019’ consiste en une « simplification » de la ligne, avec à la clé un redécoupage des branches : deux liaisons directes avec Paris sont maintenues (Corbeil-Essonnes par Evry-Courcouronnes et Juvisy, ainsi que Melun par Montgeron), tandis que les autres destinations (Malesherbes, Melun-Corbeil et Corbeil-Juvisy par la vallée) se feront désormais avec correspondance vers la capitale.

Notre dossier sur le SA 2019

Approuvé en décembre dernier au conseil d’administration du syndicat des transports de la Région (IDF Mobilités), le principe du projet a été présenté comme la seule solution viable par ses défenseurs, pour faire face à l’augmentation inéluctable du nombre de voyageurs. C’est ainsi qu’une ultime phase de « concertation » s’est tenue à l’automne 2017 (lire notre article). La Région et la direction du RER D ont écouté les doléances des élus locaux et des associations d’usagers. Sans remettre en cause la nature de la transformation du RER D, quelques demandes formulées ont pu être prises en compte par les porteurs de projet. Comme le confirment les modalités de mise en place des nouvelles circulations récemment précisées.

Les heures de pointe ont par exemple été élargies le matin comme le soir pour les trains Malesherbes. Les trains ayant jusque là pour origine la Ferté Alais seront à partir du 9 décembre terminus Malesherbes. Un « lissage » des fréquences de passage a aussi été préparé par la SNCF sur les différentes liaisons. De son côté, la branche Melun obtient quelques trains en plus le week-end. Enfin, IDF Mobilité a confirmé les renforcements de plusieurs lignes de bus, que ce soit du côté de la vallée de l’Essonne, le bassin de Corbeil et rive-droite, comme la navette (418) de Ris-Orangis. Dans la nuit du 22 au 23 septembre dernier, quelques 80 trains ont participé à un « exercice grandeur nature » sur le RER D, qui a consisté à tester le fonctionnement de la nouvelle organisation des branches, dans les conditions de circulation du 9 décembre. Cette marche à blanc a permis de « confirmer les résultats des simulations, la bonne préparation des équipes mais également de réaliser quelques ajustements techniques. Nous serons prêts le 9 décembre pour relever ce défi technique et humain » communique la SNCF.

Corbeil, Viry ou Juvisy : faire le bon choix

La précieuse information qu’attendaient des milliers de voyageurs a également été dévoilée il y a peu : tous les horaires de chaque nouvelle branche du RER D ont été mis en ligne. De quoi permettre à chaque usager de confronter son quotidien dans les transports à ce qu’il s’apprête à vivre à partir du 9 décembre, et la reprise du lundi 10 décembre. Parmi les principaux changements, donc, l’ajout d’une correspondance pour une partie des voyageurs du RER D. Ceux de la branche Malesherbes se rendant à Paris par exemple, devront descendre à Corbeil, Viry ou Juvisy pour prendre la liaison suivante.

Extrait des vidéos de présentation du SA 2019, mises en ligne par la direction du RER D et IDF Mobilités (DR/ SNCF Transilien)

Extrait des vidéos de présentation du SA 2019, mises en ligne par la direction du RER D et IDF Mobilités, quais de Corbeil-Essonnes (DR/ SNCF Transilien)

Plus de places assises, ou une plus grande marge pour attraper son train? C’est le dilemme que devront trancher chaque jour ces centaines d’usagers qui seront concernés par ce redécoupage de la ligne. Pour les voyageurs venant de la branche Malesherbes se rendant à Paris, la tentation sera grande de descendre à Corbeil pour être au départ du train, et quasiment certain d’avoir une place assise. Mais il faudra pour cela faire vite, sachant que le changement quai à quai est prévu une fois sur trois, et seules 3 minutes les séparent du départ du train pour Paris. A Viry-Chatillon, l’attente sera de 5 minutes en moyenne, et la gare pourrait convenir à un certain nombre de personnes car il ne faut pas changer de quai. Toutefois, seul un train pour Paris sur deux s’y arrêtera. A Juvisy, le battement est de 6 minutes entre l’arrivée du train Malesherbes et le départ de celui pour Paris, et il faudra être plus chanceux pour ne pas avoir à finir le trajet debout. Sur ces trois gares, des aménagements sont en cours, comme l’installation de nouveaux abris et le remplacement des signalétiques. 9000 personnes supplémentaires par jour sont attendues sur ces correspondances.

L’oeil sur le chrono

Concernant les horaires, ils évoluent donc en conséquence du SA 2019, à partir du 9 décembre prochain*. Si ils restent sensiblement les mêmes (1 minute de différence en moyenne) sur la branche Melun-Montgeron-Paris, mis à part l’ajout de trois trains semi-directs le matin, les heures de passage changent au départ des gares des autres branches. Celles-ci subissent pour leur grande majorité des allongements des temps de parcours. D’après les nouveaux horaires publiés par la direction de la ligne D, et qui ont commencé à être distribués en gare, les voyageurs de la branche Malesherbes sont les plus impactés. C’est ainsi que depuis Ballancourt, alors qu’il faut à présent 58 minutes pour atteindre Gare de Lyon, avec le changement il faudra désormais compter 1h03 min. A noter que les nouveaux horaires incluent des heures d’arrivée similaires dans la capitale. C’est donc bien dans les gares de départ que la donne change. Les plus ponctuels des habitants du Val d’Essonne devront donc avancer leur réveil de 5 minutes le matin. Les habitués du train VUPE qui descendent dans les souterrains de Gare de Lyon à 8h34 précise, ne devront ainsi pas rater le nouveau train de 7h31 à Ballancourt, contre 7h36 à l’heure actuelle.

Légère augmentation pour la branche dite ‘littoral’ qui s’apprête à devenir une navette Melun-Corbeil. Au départ de la gare de Villabé, il faudra compter 58 minutes pour rejoindre Gare de Lyon en heure de pointe, avec le changement à Corbeil, contre 56 minutes actuellement en passant par Juvisy. Pour arriver à 8h19 à Paris, le voyageur devra être sur le quai de Villabé à 7h21 au plus tard, contre 7h23 à présent. En journée, les liaisons directes Paris réalisées en 53 minutes (et même 48 minutes en heures creuses) laissent place au même type de durée.

Extrait des vidéos de présentation du SA 2019, mises en ligne par la direction du RER D et IDF Mobilités (DR/ SNCF Transilien)

Extrait des vidéos de présentation du SA 2019, mises en ligne par la direction du RER D et IDF Mobilités (DR/ SNCF Transilien)

Présentée comme la grande gagnante de la refonte des branches, la liaison Corbeil-Paris via Evry-Courcouronnes et Juvisy doit s’améliorer en régularité. Elle comptera en effet deux trains par quart d’heure pour Paris en pointe, contre un Paris et un Juvisy actuellement. Cette branche récupère ainsi le train Paris qui circulait jusque là côté ‘vallée’ (Evry val de Seine, Ris-Orangis). Côté vallée justement, malgré l’ajout de la correspondance, les temps de parcours restent les mêmes pour les usagers de cette liaison qui devront désormais descendre à Viry ou Juvisy. Le temps d’attente du train suivant est en effet compensé par la liaison semi-directe après Villeneuve. Au départ de Ris-Orangis à 7h38, le train arrive actuellement à 8h14 à Gare de Lyon (36 minutes). Les horaires du 10 décembre donnent 8h19 à Paris pour la personne partie de Ris à 7h42 (37 minutes, mais la SNCF annonce une arrivée en gare une minute avant). Quelques minutes de gagné concernant les usagers de la gare de Viry-Chatillon. Ceux-ci mettent actuellement 32 minutes pour un trajet jusqu’à Gare de Lyon en heure de pointe, et parfois 30 minutes en journée. Il leur en faudra maintenant 29 le matin, et 31 minutes la journée.

La régularité sera scrutée

Moins de chance en terme de temps de parcours pour les tributaires des autres gares, celles dites du ‘plateau’, Grigny, Orangis-Bois de l’Epine, Evry-Courcouronnes et Bras de Fer. Si la fréquence des trains Paris est doublée en pointe, il faudra compter trois minutes de plus sur les nouveaux horaires. A Evry-Courcouronnes, le train de 7h13 arrive par exemple Gare de Lyon à 7h49 actuellement (36 minutes). Pour la nouvelle grille horaire, le RER partira à 7h10. En moyenne, les trains de cette branche mettront 39 à 40 minutes pour entrer dans Paris. Un allongement qui vient s’ajouter à celui concomitant à l’ouverture de Créteil Pompadour il y a cinq ans, signant la fin des directs Villeneuve-Paris sur ce tronçon. L’entrée en vigueur du SA 2019 oblige ainsi les trains en provenance de la branche Evry-Courcouronnes à marquer au moins un arrêt supplémentaire. En heure de pointe, un train sur deux s’arrêtera à Viry-Chatillon, l’autre marquera l’arrêt dans toutes les gares du Val-de-Marne, rôle dévolu jusque là aux trains de la vallée.

A un mois de sa mise en application, le SA 2019 est donc quasiment sur les rails. SNCF et IDF Mobilités promettent une réduction de 25% des retards, et une régularité totale de 90% sur l’ensemble du RER D, une fois le nouveau schéma en fonction. De quoi rendre selon eux indolores les augmentations théoriques des temps de parcours inclus dans cette refonte. De plus, comme l’argumente le vice-président aux transports de la Région, « on a une solution, elle plait ou elle ne plait pas, mais à matériel et infrastructure constants, à 10 ans, ça ne tient pas, il n’y a pas d’autre solution ». Un message de ‘seul choix possible’ pour les prochaines années, qui n’a pourtant pas convaincu la batterie d’opposants au redécoupage de la ligne. A l’occasion de cette élection législative, les collectifs d’usagers en profitent pour réaffirmer leur colère face au « tronçonnage du RER D », et ont obtenu quelques soutiens (lire notre article). Les chiffres de régularité qui suivront l’entrée en fonction du SA 2019 ne manqueront ainsi pas d’être scrutés. La direction du RER D annonce de son côté la mise en place d’indicateurs de régularité par portion de ligne.

*Pour les comparaisons de temps de parcours, les durées actuelles sont calculées sur le moteur de recherche de Transilien, les horaires du 9 décembre sont en ligne et la SNCF y précise que les trains arrivent « systématiquement » en gare 1 minute avant l’horaire indiqué