Il y aura bien des gagnants et des perdants sur le RER D, si le projet récemment présenté aux Essonniens est acté. Dans les cartons de la SNCF et de l’autorité des transports en Ile-de-France le Stif, un projet de modernisation de la ligne pour 2030 prévoit de nouvelles rames pour renouveler complètement les trains, ainsi qu’une amélioration de la signalisation. Mais pour que la situation quotidienne change, des modifications dans l’organisation de la ligne pourraient intervenir dès 2019.

Deux fois plus de trains circuleront vers Paris sur l’axe Corbeil-Juvisy-Paris via Evry-Courcouronnes et une meilleure fluidité est attendue sur la branche Melun-Montgeron-Paris. Telles sont les avancées promises qui doivent permettre de redresser le RER D et réduire notamment les retards. Moins de chance pour les branches au sud de Corbeil (Malesherbes, Melun) et la partie « vallée » (Corbeil-Juvisy via Ris-Orangis), transformées en axes secondaires, avec des correspondances en plus pour les voyageurs vers Paris.

Le constat est connu et reconnu par tous : les conditions de voyage sur le RER D ne sont pas satisfaisantes. Les utilisateurs quotidiens de la ligne n’en finissent pas de constater la dégradation de leurs conditions de transports, avec les retards qui s’accumulent, les suppressions régulières de train, ‎le manque de confort et l’allongement des temps de parcours. Sollicitée par les élus du Stif, qui ont besoin de montrer des améliorations concrètes avant la fin de leur mandat, la SNCF a mis sur pied plusieurs scénarios pour prendre en compte l’urgence.

Celui qui a le plus de chance d’etre retenu était presenté par les élus locaux et les responsables de la ligne aux habitants, lors de deux soirées débats organisées à Montgeron puis Ballancourt. Le plan d’amelioration de la ligne D du RER‎ a été élaboré par les services de la SNCF, et le Stif l’a soumis aux élus des territoires concernés depuis la rentrée. Les voyageurs se trouvant sur les branches sud sont particulièrement concernés par les modifications annoncées pour 2019.

Plus de correspondances pour moins de retards

Si le projet de modification du RER D voit le jour – la décision définitive sera prise au printemps par le Stif – c’est toute l’organisation des branches sud de la ligne qui est amenée à évoluer. Il s’agit en résumé de simplifier la ligne pour la rendre plus efficace. Pour cela, les liaisons au sud de la gare de Corbeil-Essonnes ne seront plus à destination de Paris. Les trains en provenance de Melun par Saint-Fargeau seront terminus Corbeil, et n’iront plus ni à Juvisy ni à Paris. Pour la ligne venant du sud-Essonne depuis Malesherbes et la Ferté-Alais, ce sera terminus Juvisy, en passant par Ris-Orangis. Cette branche « vallée » de la ligne entre Corbeil et Juvisy ne disposera plus non plus de trains pour Paris.

En contrepartie, la branche « plateau » au départ de Corbeil-Essonnes pour Paris via Evry-Courcouronnes passera de 4 trains/heure pour Paris et 4 trains/heure pour Juvisy en heure de pointe à 8 trains/heure pour Paris. De l’autre côté sur l’axe Melun-Villeneuve-Paris via Montgeron, 3 trains de plus pourront circuler le matin en heure de pointe pour réaliser des semi-directs Melun-Combs et Lieusaint-Paris. Pour justifier cette orientation, l’argument des responsables SNCF Transilien du RER D est celui de la « simplification » de la ligne : « avec 194 kilomètres de long, 5 bifurcations, nous devons simplifier pour résoudre les problèmes, d’autant plus que de 600 000 voyageurs par jour actuellement, nous pourrions passer à 900 000 dans 10 ans » indique Julien Dehornoy, directeur de région Paris sud-est à la SNCF et responsable de la ligne.

Les chiffres clés du RER D, présentés par la SNCF

Les chiffres clés du RER D, présentés par la SNCF (DR)

Plusieurs milliers d’usagers devraient ainsi selon le plan 2019 ajouter une correspondance à leur parcours. En particulier celles et ceux qui prennent le train jusqu’à Paris. Une éventualité qui a fait bondir les participants à la réunion du 5 décembre de Ballancourt, malgré les garanties fournies sur les temps de parcours de la part de la direction de la ligne D : « avec les correspondances à Corbeil, Viry ou Juvisy pour les voyageurs de la ligne Malesherbes, cela rajouterait 3m30 dans le sens Paris, et 1 minute le soir au retour » décrit le responsable SNCF, « nous privilégierons le changement quai à quai ». Et de promettre qu’après 2025, « tous les trains auront été changés et les nouvelles rames seront compatibles pour 20 trains/heure ».

Pour Julien Dehornoy, si rien n’est fait aujourd’hui pour la ligne, « ça va être pire d’année en année », d’où la proposition d’une réorganisation des branches, considérée comme « faisable » dans le délai imparti. Et si il promet de ne pas faire de « concurrence » entre les branches du RER D, le responsable SNCF espère que ces changements « provoqueront une amélioration de l’ensemble de la ligne » en estimant que globalement, « il y aura beaucoup plus de gagnants que de perdants ». L’objectif sera ainsi de réduire d’un quart les retards de trains, même si pour les 12 000 voyageurs/jour du sud de la ligne, soit environ 2% des voyageurs, « pour eux effectivement c’est moins bien » poursuit-il.

Une situation déplorable pour les usagers

Du côté des élus présents à Ballancourt, dont ceux du Stif, le sentiment est partagé entre questionnements et demandes de garanties pour les maires des environs, face aux explications fournies par le vice-président de la Région aux transports Stéphane Beaudet. Ce dernier indique d’abord que « la région doit trouver des réponses partout, et ne pas opposer les territoires les uns aux autres », tout en soulignant les projets « connexes » qui existent sur les alentours de la ligne D : « le tram-train Massy-Evry, le réseau de bus, le Tzen 4… ». Egalement maire de Courcouronnes, il plaide pour « trouver des solutions, dans des délais courts » et reconnait que le projet proposé « fera plusieurs heureux, et d’autres moins ».

De quoi faire réagir l’ancien maire de Ballancourt Charles de Bourbon Busset, qui a fait plusieurs interventions remarquées dans la soirée : « le RER D, ça fait 40 ans qu’on a le problème, on a déjà eu 7 minutes de plus avec les nouvelles signalisations et arrêts. Le projet proposé est scandaleux. Alors qu’il faudrait avant tout faire le décroisement du noeud de Corbeil, dont on parlait déjà dans le schéma directeur de 2006, vous améliorez Evry-Courcouronnes sur notre dos » lâche-t-il à l’adresse de l’élu aux transports. « Mais non » lui rétorque Stéphane Beaudet, « tout le monde a sa nature de problème sur la ligne, cette proposition est la meilleure que puisse faire la SNCF ».

Du côté du public, composé d’un peu plus de 100 personnes pour la réunion de Ballancourt, les réactions sont mitigées à l’annonce des conséquences du plan de la SNCF pour le sud de la ligne D. « C’est une honte, on a déjà rallongé de 8 minutes » souligne une mère de famille qui parle aussi « d’irrespponsabilité d’organiser une réunion à 18h30 alors que beaucoup de gens travaillent ». « On a déjà rajouté un arrêt à Maison-Alfort soit disant pour fluidifier le trafic » ajoute un participant, « ce genre de projet c’est la cause du rejet qu’on a pour vous ». « C’est un projet pour qu’il y ait moins de retard » leur répond le responsable SNCF, « de plus, nous rajouterons un train le soir, et ce sera l’occasion d’ameliorer les infrastructures et le matériel roulant », avant de signifier avoir « bien conscience que ce n’est pas une bonne nouvelle pour la branche Malesherbes ».

Problématiques distinctes selon les branches

Selon les chiffres de la SNCF, les usagers de l’axe Malesherbes-Corbeil sont en moyenne 6000 chaque matin. Un tiers d’entre eux rejoint Paris, un autre tiers se déplace jusqu’à Evry. La future rupture de charge à Juvisy pour Paris ou bien à Corbeil pour se rendre à Evry-centre a de quoi exaspérer certains dans la salle : « vous ne pensez pas à ceux qui descendent à Evry, il y a les commerces, le travail, l’université » réagit à un habitant, avant que plusieurs participants rappellent l’époque des terminus Chatelêt. « Cette solution n’est pas robuste » rétorque Julien Dehornoy. Avant qu’un élu de Milly-la-Forêt ne prenne la parole pour résumer le malaise ressenti par les usagers concernés : « l’accessibilité est un vrai enjeu pour le sud-Essonne, nos communes se dépeuplent ».

Les indices de ponctualité du RER D présentés par la SNCF, avec la répartition du nombre de voyageurs par branche

Les indices de ponctualité du RER D présentés par la SNCF, avec la répartition du nombre de voyageurs par branche (DR)

Autre cadre de discussion, quelques jours avant à Montgeron, lors de la réunion visant à exposer le projet. « On a un grand malade, le RER D, on a un traitement qui est en cours mais qui ne viendra pas tout de suite. La molécule est toujours en fabrication » prend comme image la maire de Montgeron Sylvie Carillon pour décrire la situation, partagée par les représentants de l’association des usagers, la Sadur, qui commentent également : « On partage le constat sur l’irrégularité mais au-delà des chiffres, il y a deux choses. Premièrement, on parle de l’augmentation du nombre de voyageurs mais il faut souligner la dégradation des conditions de transport sur la ligne. Il y a de plus en plus de voyageurs qui restent sur le quai pour attendre et prendre un autre train en espérant qu’il y ait de la place dedans. Autre sujet, le confort et la propreté ».

‎Du côté d’une autre partie de la ligne également touchée, on prend le projet dans sa globalité. C’est le cas à Ris-Orangis qui détient 2 gares côté vallée, avec des trains promis à devenir terminus à Juvisy. Le maire Stéphane Raffalli mise ainsi sur un rabattement vers les gares du plateau, Orangis-Bois de l’Epine et Grigny-centre : « j’ai demandé des compensations avant d’accepter » indique-t-il, citant « le besoin de trains directs Juvisy-Paris, que les navettes gratuites pour les Rissois desservent les gares, et une large amplitude horaire aux heures de pointe ». Cela fait donc « beaucoup de conditions » alors que 2500 voyageurs fréquentent quotidiennement la gare de Ris bord de Seine, tout en reconnaissant que le plan 2019 « comprend une grosse avancée avec le doublement des trains Paris sur le plateau ».

Alors que l’horizon 2025 à 2030 est pointé pour « l’assurance d’avoir un RER qui a les fonctionnalités que nous espérons » selon les mots du président du Conseil départemental François Durovray, ce projet pour 2019 doit permettre aux élus départementaux comme régionaux de présenter des avancées concrètes avant les prochaines élections, notamment en matière de statistiques de régularité : « on a essayé de trouver des solutions que l’on pourrait mettre en place avant 2025. Avec un groupe de travail qui réunit tous les élus, quels que soit leur territoire ou tendance politique, nous voulons que des solutions soient trouvées et qu’elles n’opposent un territoire à un autre comme ça a été malheureusement le cas par le passé », promettant « d’avoir quelques avancées à l’horizon fin 2018 pour apporter quelques améliorations en attendant le fonctionnement normal du RER D » résume l’ancien maire de Montgeron.