Le projet de Grand stade est enterré : c’est en substance le message passé par le nouveau patron de la Fédération française de rugby, tout juste intronisé, samedi soir dans l’antre de la Fédération française de rugby de Marcoussis. Bernard Laporte a rapidement réaffirmé sa position à la suite de sa prise de pouvoir. Car le ton était donné durant la campagne : « le projet de Grand Stade se veut pharaonique ! Propriété gagée sur les cautions publiques, ce chantier n’a pas fait les preuves de son financement et de son amortissement » annonçait-il dans son programme.

C’était un des sujets majeurs de cette campagne fédérale pour les instances du rugby français. Après la signature d’un contrat constructeur avec le groupement Ibelys fin juin, les élections à la FFR étaient attendues pour savoir si le projet porté par l’équipe sortante de Pierre Camou allait être poursuivi, ce alors que l’Etat s’est engagé à travers la Caisse des dépôts et consignation dans le financement de ce stade de 82 000 places annoncé pour 2021 (lire notre articleabonnés).

A RMC samedi soir, il affirme à l’antenne que le projet va être abandonné : « dans nos têtes, non, il n’existe plus. Au départ, c’est une bonne idée d’avoir son stade, personne n’a dit le contraire. Mais quand vous vous organisez pour apporter 200 millions d’euros et que vous n’apportez que 320 000 euros, vous comprenez qu’il y a quelque chose qui ne va pas, qui n’est plus crédible ». Et d’enfoncer le clou sur le modèle économique de ce projet : « on nous dit qu’un autre partenaire va rentrer, que ce ne serait plus un dossier de la fédé. Peu importe, pour nous, ce n’est pas viable ».

Partisan d’une renégociation avec le Stade de France des matchs des Bleus, mixé à une délocalisation de certaines rencontres en province, Bernard Laporte se dit ainsi « pour un panachage. Le France-Samoa (joué à Toulouse) a été une réussite », illustre-t-il. Puis c’est son entourage qui s’exprime dimanche matin dans les colonnes de L’Equipe, et plus particulièrement son bras droit Serge Simon : « nous allons entamer le plus rapidement possible toutes les études pour rendre possible l’arrêt du projet du Grand stade », affirme-t-il, tout en insistant sur le fait que l’abandon du projet était « une promesse de campagne, évidemment elle sera tenue avec effet immédiat ».

Dimanche après-midi, le nouveau président de la FFR s’exprime de nouveau dans l’émission Stade 2, en revenant sur le scrutin qui l’a vu réunir 53% des voix des grands électeurs, représentant les 1 800 clubs français. Il réaffirme alors sa volonté de « rendre le pouvoir aux clubs » en mettant en place des « votes décentralisés » sur les sujets importants du rugby hexagonal, comme le dossier du Grand stade. « On a demandé le contrat depuis 6 mois et on ne l’a pas, on veut savoir quelle est la clause de dédit, avec le constructeur belge » a précisé Bernard Laporte au micro de France Télévisions.

Une décision finale qui semble donc presque dévolue aux clubs, que Bernard Laporte promet de consulter. La question pourrait ainsi être celle de l’opportunité d’arrêter le processus de construction du stade, pour lequel beaucoup d’engagements ont déjà été pris. Comme l’indiquait Serge Blanco à Essonne Info en juin dernier, « le projet est déjà bien avancé, honnêtement je ne sais pas si on pourrait revenir dessus ». C’est ainsi le cas de plusieurs élus locaux qui ne veulent pas encore renoncer : « Le territoire pense encore que ce dossier est bon (…) le modèle économique est très solide », a ainsi déclaré au journal Les Echos le maire PS de Ris-Orangis, Stéphane Raffalli, qui n’a pas voulu répondre à nos questions (voir notre boite noire). Un mince espoir subsiste pour certains en la personne du Premier ministre et probable candidat à la présidentielle Manuel Valls, fervent défenseur du projet qui doit voir le jour à l’endroit de l’ancien hippodrome de Ris-Orangis.