Une nouvelle étape dans le projet de Grand Stade de rugby à Ris-Orangis a été franchie ce 24 juin. A l’occasion d’une visite du Premier ministre Manuel Valls, la Fédération française de rugby (FFR) a signé sur le site choisi pour bâtir son stade de 82 000 places, le contrat constructeur avec le groupement Ibelys. Ce vendredi matin, beaucoup de monde se presse autour de la tribune de l’hippodrome désaffecté de Ris-Bondoufle. La végétation a repris ses droits sur les anciennes pistes dédiées aux courses de chevaux. Turfistes et curieux ont depuis 20 ans arrêté de fréquenter les lieux. Mais le site est de nouveau au centre des attentions, depuis que la Fédération française de rugby l’a choisi en 2012 pour accueillir la construction de son stade.

Devant officiels et élus, membres de la FFR comme ministres, la cérémonie organisée en grande pompe devait marquer une étape importante du projet de Grand Stade de rugby. La FFR a donc présenté la finalisation du contrat constructeur qu’elle conclue avec le groupement Ibelys, composé de Icade, Besix et Engie. Pour un prix fixé à 581 millions d’euros hors-taxes, le groupement aura pour tâche de réaliser « conception, promotion, construction et maintenance » du Grand Stade, pour le compte de la FFR. Lors de son discours, le représentant du constructeur a souligné son vœu que le projet aille à son terme : « nombreux sont ceux qui ne croyaient pas dans ce stade, nous, nous y avons toujours cru, et l’histoire prouvera qu’on avait raison ».

Même enthousiasme pour les dirigeants de la FFR, qui se sont dits « très fiers » de conclure ce contrat avec Ibelys : « C’est une étape exceptionnelle qui permet de concrétiser une partie du travail que nous avons fait durant un certain nombre d’années ». La FFR se réjouit aussi de voir réaffirmé le soutien des collectivités locales au projet, mais aussi de l’Etat, qui a donné plusieurs gages aux dirigeants du rugby hexagonal quant à l’aboutissement de leur Grand Stade.

Un Contrat d’intérêt national incluant le Grand Stade

Preuve de l’intérêt de l’Etat pour la concrétisation du Grand Stade, le gouvernement s’engage avec un Contrat d’intérêt national (CIN) dénommé « Portes sud du Grand Paris » pour appuyer la réalisation de l’enceinte de 82 000 places et la création d’un quartier autour. Ce CIN apporte plus globalement un soutien à différents projets majeurs des territoires des nouvelles agglomérations Cœur d’Essonne et Grand Paris Sud : la reconversion de la Base aérienne 217, la gare TGV de Lieusaint ou encore le Génome à Evry. Et donc, le Grand Stade de rugby qui pourrait sortir de terre pour 2021. Le contrat prévoit ainsi d’améliorer les dessertes du projet de stade (RER D, Tram-train), d’attirer les entreprises et investisseurs sur place autour d’une filière « loisirs-sports » et inscrit l’objectif de « transformer le Bois de Saint-Eutrope en un espace public métropolitain ».

C’est en ce sens que Manuel Valls a tenu à marquer de sa présence la cérémonie. « Je me souviens être venu ici (à l’hippodrome), il y a presque 5 ans, présenter la candidature de ce site pour accueillir le Grand Stade. Nous avons tous été happés, conquis par ce projet » a raconté l’ancien maire d’Evry. Il affirme aujourd’hui qu’il s’agit d’un véritable « projet sportif de territoire » qui permettra selon lui de faire de cette périphérie sud de Paris « un pôle majeur de la Région ». Dans son discours, le Premier ministre a par ailleurs pris plusieurs engagements, notamment sur la question des transports, comme celui de « doubler le nombre » de RER D en heures de pointe sur la ligne Plateau (Orangis-Bois de l’Epine, Evry-Courcouronnes) d’ici 2018.

Les collectivités s’investissent pour leur part sur les questions d’aménagement du site, dont la superficie totale est de 133 hectares. Elles gardent la maîtrise du foncier autour du lieu où se construirait le Grand Stade, pour créer un quartier dédié au sport, loisirs, sous l’appellation de cluster. Le maire de Ris-Orangis Stéphane Raffalli dévoile ainsi un premier « appel à manifestation publique », visant à trouver des investisseurs pour une première tranche de 48 hectares à bâtir en lisière du Bois de Saint-Eutrope et de la N104. « C’est une disposition souple visant à mettre à disposition le foncier » explique l’élu qui pilote le dossier, précisant que dans le périmètre concerné se trouve l’actuelle tribune de l’ancien hippodrome. Concernant les potentiels investisseurs, il assure que « des contacts existent depuis 5 ans » et que son objectif est de désigner de premiers partenaires « au 1er trimestre 2017 ». Plusieurs groupes immobiliers seraient déjà sur les rails selon certains élus.

Et le financement?

Reste une dernière question à régler avant de poser la première pierre du Grand Stade, et non des moindres, le bouclage du financement de ce qui serait la plus grande enceinte sportive de France. Sur ce point, la FFR se montre optimiste, car elle vient de faire monter dans son escarcelle un partenaire de choix, la Caisse des dépôts et consignation (CDC). L’engagement annoncé de ce bras armé de l’Etat à hauteur de 60 à 100 millions d’euros en fonds propres, est un cadeau du ciel pour la Fédération. Elle lui permettrait d’avoir la mise de départ nécessaire pour attirer ensuite d’autres partenaires et des banques afin de boucler le financement. « La FFR et la CDC vont pouvoir avancer conjointement sur la structuration du plan de financement et la recherche d’un ou plusieurs partenaires pour compléter le tour de table » précise la Fédération.

Car au sein des instances fédérales du rugby, la question du coût de construction du Grand Stade et son futur modèle économique sont loin de faire consensus. La Cour des comptes pointait en février dernier les risques financiers liés à la garantie d’emprunt promise par la Département à hauteur de 450 millions et les conséquences en matière de pertes de revenus pour le Stade de France (lire notre article). La campagne pour le renouvellement des instances de la FFR prévue fin 2016 met ainsi en débat au sein du rugby français l’opportunité de la construction de ce stade. Candidat à la succession de Pierre Camou, l’actuel président, l’ancien sélectionneur national et ex-ministre Bernard Laporte n’en finit pas d’émettre des réserves sur les risques pris par la Fédération à s’engager sur un tel projet.

Dans son programme à destination des dirigeants de clubs, il met carrément les pieds dans le plat, promettant de revenir sur la décision de bâtir le Grand Stade : « 600 M€ pour la construction du Grand stade et près de 300 M€ d’aménagements urbains connexes : le projet de Grand Stade se veut pharaonique ! Propriété gagée sur les cautions publiques, ce chantier n’a pas fait les preuves de son financement et de son amortissement ». Il pointe aussi « les retards », qui sont selon lui « liés aux échecs du financement, s’accumulent et font courir des dépenses d’études significatives » pour la FFR. Plus récemment, Bernard Laporte semblait vouloir mettre de l’eau dans son vin, en confiant au détour d’une interview être tout de même « favorable, sur le principe » au projet de stade.

L'ancienne tribune de l'hippodrome, jouxtant le projet de Grand Stade à Ris-Orangis, sera peut-être conservée si un investisseur souhaite la réhabiliter

L’ancienne tribune de l’hippodrome sera peut-être conservée si un investisseur souhaite la réhabiliter (JM/EI)

Sur ces questions de financement et les enjeux des élections fédérales, le numéro 2 de la FFR et ancien international Serge Blanco temporise. Questionné sur le sujet par Essonne Info, il assure que la Fédération « avance sur ce point, on a encore un peu de temps pour trouver tous les financements ». La priorité est pour lui de « commencer rapidement les travaux, pour arriver à une ouverture en 2021 ». Concernant le scrutin à venir à la FFR et une possible remise en cause, l’initiateur du projet de Grand Stade ne tire pas de conclusion : « tout dépend qui va passer. Le projet est déjà bien avancé, honnêtement je ne sais pas si on pourrait revenir dessus ». En rappelant tout de même que « la finale du Top 14 se joue à Barcelone, c’est problématique, et nous avons 1 800 clubs à faire vivre, quand on pense que par rapport à la fédé anglaise (qui détient son propre stade), la différence de budget avec nous est de 1 à 3 ».

Si chez les élus du territoire, de toutes tendances confondues, on milite en faveur de la réalisation de ce Grand Stade, comme le montre la présence de nombreux responsables lors des signatures de ce vendredi, les écologistes restent pour leur part plutôt circonspects, et doutent toujours de son utilité. Les responsables EELV 91 dénoncent ainsi dans un communiqué « une kyrielle de chiffres délirants et de promesses magiques » autour du projet FFR, et regrettent « la gabegie d’argent public d’ores-et-déjà dépensé pour la promotion de ce projet purement privé ». Les plans locaux d’urbanisme des communes de Ris-Orangis et Bondoufle doivent évoluer dans les prochains mois pour prévoir l’arrivée du Grand Stade, et Stéphane Raffalli espère pour sa part délivrer le permis de construire « courant 2017 » dans le périmètre d’une ZAC (Zone d’aménagement concertée) qui verra le jour d’ici là.