Les semaines passent et se ressemblent à La Poste. Organisées tous les deux ans, les restructurations des branches Courrier et Réseau de l’entreprise ne passent toujours pas auprès des syndicats. Ces derniers, réunis en intersyndicale CGT FAPT, SUD Poste et l’UNSA Postes, on décidé une journée de mobilisation nationale jeudi 8 décembre prochain.

Après avoir dénoncé la suppression de tournées de facteur et les réductions d’ouverture des bureaux de poste, les syndicats passent donc à la vitesse supérieure pour tenter de défendre les conditions de travail des salariés du groupe : « Depuis un certain temps, les choix politiques et économiques faits par la direction de La Poste nuisent à notre mission de service public, déplore Yves Pradillo, secrétaire général CGT FAPT 91. Des choix qui ont des conséquences notamment en ce qui concerne les fermetures de bureaux de poste ».

A La Poste, les syndicats rient jaune devant les nouvelles réorganisations

Certains élus du département se sont d’ailleurs mobilisés pour empêcher les fermetures sur leur secteur : « Nous avons discuté avec Francis Chouat (Evry), Stéphane Raffalli (Ris-Orangis), Thierry Lafon (Lisses), Marjolaine Rauze (Morsang-sur-Orge), Yveline Le Briand, adjointe de la ville de Grigny en charge de la vie des quartiers, Franck Marlin (député-maire d’Etampes) ou encore plus récemment avec Eva Sas, députée écologiste et élue d’opposition à Savigny-sur-Orge, précise Yves Pradillo. Nous devrions rencontrer prochainement Stéphane Beaudet, maire de Courcouronnes ».

Particulièrement touché puisque son secteur devrait subir une baisse de 54h par semaine, Franck Marlin confirme sa volonté de se battre pour conserver les bureaux de poste du sud-Essonne : « La Poste se désengage de sa mission de service public, elle demande aux collectivités de faire le travail à sa place, dénonce-t-il. Qui dit baisse d’horaires, dit moins d’activité et donc une fermeture à terme. C’est un cercle vicieux ».
Le député, qui a obtenu par le passé le maintien du bureau de Maisse, rencontrera le 12 décembre prochain la directrice régionale de La Poste pour empêcher la fermeture de celui de Boutigny-sur-Essonne, prévu le 1er janvier 2017 : « Il faut maintenir notre maillage qui est historiquement riche pour garantir un service de proximité, poursuit-il. Lorsque La Poste ferme un bureau, c’est la double peine pour les usagers dans la mesure où l’entreprise les remplace le plus souvent par des agences communales. C’est alors aux collectivités locales d’engager des dépenses supplémentaires supportées in fine par les contribuables. C’est ce que nous avons dû faire pour le quartier de Saint-Martin Etampes ».

Fermetures et restrictions d’ouvertures : voici les bureaux concernés

Autre problématique qui inquiète élus et syndicats, la révision du nouveau projet de territorialisation qui lie La Poste à l’État. Il doit être signé courant décembre 2016 et pourrait, selon les syndicats, « ne plus obliger La Poste à consulter le Conseil municipal avant de fermer un bureau » puisque seuls les maires seraient concertés : « C’est scandaleux, il faut des débats sur ces questions, estime Franck Marlin. On peut ne pas tomber d’accord, mais il faut en discuter. Le service postal est un sujet qui rassemble ».
Du côté de la direction de l’entreprise, on précise qu’il s’agit « d’un contrat tripartite entre La Poste, l’Association des maires de France (AMF) et l’État. Il doit garantir le fait que 90% de la population française doit se trouver à moins de 5 km ou de 20 minutes d’un point de contact postal ». Avant d’ajouter : « En Essonne, 98.8 % de la population remplit ces critères, ce qui en fait l’un des départements au maillage le plus dense de France. De plus, le nouveau contrat n’a pas encore été signé. Il est donc surprenant de parler de quelque chose qui n’est pas encore validé ».

Afin d’informer les Essonniens sur les changements en cours à La Poste, la CGT 91 veut donc lancer un débat public pour aller chercher la parole des élus, des salariés et des usagers. Une campagne de communication et d’affichage sur le département, ainsi que des initiatives et des manifestations publiques devraient prochainement voir le jour dans les communes de l’Essonne : « Une perte du service public postal est à prévoir, notamment en zone rurale, s’inquiète la CGT. D’autant que nous venons d’apprendre que les branches courrier et réseau de l’Essonne allaient disparaître d’ici 3 ans dans une logique mutualisation et concentration régionale et nationale… ».

Le 8 décembre prochain, l’intersyndicale CGT FAPT, FO Poste et UNSA Poste appelle de son côté à un mouvement de grève national dans tous les services du groupe pour exiger l’arrêt des réorganisations à la distribution le temps des négociations, à l’image de ce qui a été fait pour la branche courrier. « Nous allons également axer nos revendications sur la souffrance au travail, prévient Yves Pradillo. Ce n’est pas pour rien si le taux d’arrêt maladie à La Poste est de 23 jours par an et par agent ».

« Un management pathogène »

Avec près de 500 emplois supprimés en 10 ans sur le département et la perspective de la fermeture de 4 000 bureaux de poste au niveau national dans les trois ans à venir, les syndicats redoutent une situation similaire à celle vécue par les salariés de France Télécom entre 2008 et 2009 : « L’ex patron France Télécom, Didier Lombard, est aujourd’hui devant la justice pour harcèlement moral, rappelle Yves Pradillo. Nous sommes en train de connaître le même management pathogène, il y a déjà eu des suicides, des collègues font des burn-out. On parle d’une véritable souffrance au travail ».

En 2012, après une vague de suicides, la commission Kaspar avait été mise en place par le groupe La Poste pour évaluer les conditions de travail et fournir des pistes de réflexion. À l’époque, les syndicats lui avaient reconnu au moins un mérite : « celui de confirmer le mal-être des postier-ères, trop longtemps nié par l’entreprise ».
Quatre ans plus tard, ces derniers déplorent que rien n’ait changé et préfèrent s’appuyer sur une lettre du Syndicat professionnel des médecins de prévention de La Poste datant de 2010, adressée à Jean-Paul Bailly, alors président du groupe La Poste, et au gouvernement de l’époque. Cette dernière dénonçait le fait que « La Poste crée des ‘’inaptes’’ physiques et psychologiques » et préconisait « d’engager des actions concrètes pour enrayer ce qui pourrait vite devenir un processus morbide, connu aujourd’hui par d’autres entreprises ».

 Avec 464 emplois supprimés entre 2010 et 2014, la branche courrier de l'Essonne accuse le coup (DR).

Avec 464 emplois supprimés entre 2010 et 2014, la branche courrier de l’Essonne accuse le coup (DR).

Symbole de ces restructurations, la branche courrier, dont la réorganisation a été suspendue provisoirement en octobre dernier après négociation avec les organisations syndicales. Touchés par des suppressions de tournées, certains facteurs dénoncent « une précarisation excessive » : « Nous ne pouvons plus assurer toutes les tournées car nous ne sommes plus assez nombreux, témoigne Christophe Ingrin, en poste sur le secteur de Dourdan. Nos absences ne sont pas remplacées, si bien que nous devons rattraper notre charge de travail à notre retour. Seulement, la direction ne favorise pas les heures supplémentaires, nous devons donc faire un choix : être consciencieux et travailler plus pour rattraper notre retard en une journée, ou faire simplement notre charge quotidienne au risque d’être de déplaire aux clients et à notre direction qui ne se privera pas de nous signaler que nous livrons en retard… ».
La direction départementale reconnaît « avoir du mal à recruter des facteurs, notamment en Essonne » mais explique en avoir engagé 54 en apprentissages en 2015. «  Le recours au CDD, à l’intérim ou aux stagiaires n’est pas suffisant, rétorque Christophe Ingrin. On ne s’improvise pas facteur, il faut de l’expérience et du temps pour être efficace ».

La grogne des salariés s’intensifie à la Poste

Avec 464 emplois de postiers supprimés entre 2010 et 2014 sur la branche courrier, et 77 sur la branche réseau, la CGT FAPT 91 demande aujourd’hui l’application d’un temps travail de 32h par semaine avec le maintien d’un roulement de deux équipes pour « favoriser la vie privée des salariés ». Le syndicat demande également le maintien des salaires actuels : « Nous ne réclamons pas des embauches supplémentaires, nous voulons simplement récupérer les postes supprimés, conclut Yves Pradillo. Quand on sait que le groupe La Poste affiche presque tous les ans un chiffre d’affaires supérieur à 20 milliards d’euros, on a du mal à comprendre… ».