Depuis quelques mois, la grogne s’intensifie dans les rangs du groupe La Poste. La politique de réorganisation mise en place par l’entreprise début 2016 est contestée par les syndicats. En cause : la fermeture et les restrictions d’ouverture de certains bureaux, mais aussi la suppression de plusieurs tournées de facteurs.

La réorganisation des services Courrier et Production (guichets) a beau s’effectuer au niveau national, elle n’en épargne pas moins le département de l’Essonne : « La logique est financière, ils veulent économiser sur la masse salariale, dénonce Christophe Eonin, secrétaire départemental pour le syndicat SUD Poste. En 10 ans, nous avons perdu 500 emplois sur le département et aujourd’hui nous nous retrouvons avec ce qu’ils appellent ‘’Le Plan stratégique 2020’’. On ne sait pas trop ce que cela veut dire si ce n’est supprimer des emplois sur tout le territoire national ».
Du côté du groupe La Poste, on justifie ses modifications par la nécessité de s’adapter aux nouveaux comportements des clients : « Ces réorganisations structurelles sont régulières, explique la direction, elles nous permettent de garder un système économique viable et trouver un équilibre et une offre qui conviennent à nos clients comme à nos employés  ». Le constat est simple : « Le volume du pli à distribuer a diminué de 15 % entre 2009 et 2013, tout comme la fréquentation des bureaux de poste en nette diminution ces dernières années  ».

68 bureaux de poste essonniens impactés



Principalement touchés, les bureaux de poste voient donc leurs horaires d’ouverture drastiquement réduits. Certains vont même jusqu’à fermer, remplacés par des agences postales commençantes, communales ou par des relais urbains (en moyennes ou grandes surfaces). Selon les chiffres avancés le 5 novembre dernier par le syndicat SUD Poste 91, 68 bureaux essonniens seraient concernés par ces réorganisations, dont 7 sont ou vont fermer. « Ça représente 477 heures d’ouverture en moins par semaine sur le département et 25 emplois en moins », précise le syndicat.

Les secteurs les plus touchés ? Etampes (qui compte six bureaux dont Méréville qui passe de 58h à 12h par semaine, Pussay qui passe de 25h à 12h et Saclas qui passe de 31h15 à 22h30). Mais aussi Viry-Châtillon (-57h45 par semaine) et Ris-Orangis (-75h30 par semaine) qui totalisent respectivement 5 et 7 bureaux. Sur ses deux dernières zones, le bureau de Viry-Provence ne sera plus ouvert que 12h par semaine au lieu de 28h actuellement. Ceux de Lisses, Ris-Albert-Remy et le CCR Centre passeront respectivement de 32h30 à 17h, de 29h à 13h30 et de 26h30 à 12h d’ouverture par semaine. « Les bureaux qui passent à 12h sont pratiquement voués à la fermeture, appuie Eric Fayat, secrétaire départemental SUD Poste. Au bout de six mois, les élus vont pester et La Poste va leur proposer une autre solution ».
Sans parler de ceux déjà fermés : « Vert-le-Grand, Vert-le-Petit, Saint-Vrain, Bouray-sur-Juine, les deux annexes de Juvisy ou encore Grigny Grande Borne, énumère le syndicaliste. Pour ce dernier cas, la situation est dramatique puisque cela concerne près de 13 000 personnes…  ».

« La valeur du pli à distribuer a diminué de 15 % entre 2009 et 2013 » (DR/EI).

« La valeur du pli à distribuer a diminué de 15 % entre 2009 et 2013 » (DR/EI).

« Une réflexion au cas par cas »

Devant de tels chiffres, la direction départementale du Réseau La Poste explique qu’elle n’a rien laissé au hasard. Selon elle, les nouveaux modes de consommation des services postaux entraînent une redéfinition des besoins sur chaque territoire : « L’évolution d’un point de contact fait l’objet d’une réflexion au cas par cas. Il s’agit de comprendre les projets de la ville et les besoins des gens, explique-t-elle. Les concertations avec les élus locaux sont continues sur la base d’un diagnostic partagé entre La Poste et les municipalités. Le but étant de trouver des solutions qui répondent aux besoins des clients, tout en tenant compte des réalités démographiques et économiques des territoires ».
La Poste précise également qu’elle respecte le Contrat de présence territoriale qu’elle a signé avec le gouvernement pour la période 2014–2016 : « 90% de la population française doit se trouver à moins de 5 km ou de 20 min d’un point de contact postal, avance la direction. En Essonne, 98.8 % de la population remplit ces critères, ce qui en fait l’un des départements au maillage le plus dense de France  ».

A propos des emplois supprimés, l’entreprise tient également à clarifier les choses. Il n’y aura aucun licenciement mais des modifications de poste : « Aucun employé ne perdra son travail au cours de ces politiques de réorganisation. Les employés des bureaux de poste transformés en relais ou en agence postales se verront réaffectés au bureau de poste le plus proche. Certains départs à la retraite ne seront pas remplacés et certains postes pourront être modifiés  ». Et ce qui marche pour le secteur production vaut aussi pour la branche Courrier.

Moins de tournées, plus de courrier à livrer ?



Si le Réseau La Poste essonnien compte aujourd’hui 111 bureaux de poste, 28 agences postales et 11 relais postaux, il s’appuie également sur la branche Services-Courrier-Colis elle aussi impactée par les politiques de réorganisation. Le 26 octobre dernier, après négociation avec les organisations syndicales, la direction générale de la branche Services-Courrier-Colis décidait de suspendre jusqu’à mi-décembre la mise en œuvre des réorganisations à la distribution.

Les 2 et 3 novembre derniers, 80% des agents du centre de courrier de Viry-Châtillon étaient de leur côté en grève pour protester contre la suppression de 7 tournées sur les 35 effectuées quotidiennement. Là encore, la raison de ses suppressions est économique puisqu’elles permettraient de s’adapter à une baisse des volumes de courrier de près de 6 % par an. « D’ici 2020, les prévisions indiquent une baisse de 50 % par rapport à 2008, annonce La Poste. La modernisation avec une mécanisation accrue des activités de tri permet au métier de facteur d’être davantage tourné vers l’esprit de service et la relation avec le client  ». Tout en précisant que «  la fonction de facteur constitue encore la majorité des recrutements, avec environ 1800 recrutements en 2015, dont 54 pour l’Essonne  ».

« Les bureaux qui passent à 12h d'ouverture par semaine sont pratiquement voués à la fermeture » (MB/EI).

« Les bureaux qui passent à 12h d’ouverture par semaine sont pratiquement voués à la fermeture » (MB/EI).

Alors sur le terrain, les agents ont du mal à comprendre. D’autant que ces suppressions auraient été calculées par… des logiciels : « La charge de travail est fixée par des ordinateurs, sans prendre en compte les spécificités du métier, l’âge des facteurs et le profil des parcours, s’étonne Eric Fayat. Tout est cadencé au centième près, nous devons désormais faire à 28 le travail de 35. C’est la déshumanisation de notre travail ». La direction de La Poste reconnaît qu’il peut y avoir, «  des ajustements et des heures de travail en plus de manière provisoire » mais que ces dernières « sont payées  » et « supervisées par une commission de suivi ».

Avec ses collègues, le syndicaliste a finalement réussi à obtenir le rétablissement de deux tournées sur le centre de Viry-Châtillon, deux facteurs en CDD : « C’est une mesure d’urgence, la direction nous poussait à faire des heures supplémentaires, c’est bien qu’il y avait un problème !, ironise Christophe Eonin, de SUD Poste 91. Il espère maintenant que les deux CDD seront titularisés en CDI. « Le dialogue social se poursuit, un bilan est prévu mi-décembre après la mise en place de la nouvelle organisation  », déclare pour sa part l’entreprise.

En attendant, les syndicats maintiennent la pression. Une manifestation est d’ores et déjà prévue le 19 novembre à Boutigny où le bureau de poste de la ville doit passer à 18h d’ouverture par semaine. Le syndicat SUD devrait également lancer un appel aux élus du département. « Nous exerçons un métier de service public, conclut Christophe Eonin. Ce sont bien les facteurs qui bossent six jours sur sept et 5h50 par jour au contact de la population. Mais ça, notre direction a tendance à l’oublier ».