Quarante quatre jours de grève ! On tutoie des records pour les salariés grévistes de La Poste sur le secteur de Ris Orangis. Celui-ci, composé des bureaux de poste de Courcouronnes, Bondoufle, Lisses, et de Ris-Orangis, réfute en bloc la réorganisation imposée par la direction départementale le 25 septembre dernier. Suppression de postes, réduction des horaires de plusieurs bureaux, les conditions de travail se dégradent, et la Direction peine à faire preuve de souplesse (lire notre article).

Vers une sortie de crise ?

Moult réunions ont déjà été organisées, avec le Maire de Ris-Orangis, avec Madame la Préfète, avec l’inspection du Travail… Moult courriers ont déjà été envoyés, à la Direction réseau de la région, au Maire de Ris-Orangis… Moult manifestations ont déjà eu lieu, devant les bureaux de Ris-Orangis, de Lisses, d’Evry… rien n’y fait, les salariés n’ont toujours pas obtenu de réponses satisfaisantes. Dernière action en date, aussi surprenante soit-elle, une manifestation devant le siège national de La Poste. « Sur le département, ce mouvement est assez inédit aussi bien sur la durée que sur le contenu. Un siège national qui reçoit une intersyndicale locale… », lance Yves Pradillo, secrétaire général CGT FAPT 91.

En effet, ce vendredi, les postiers grévistes étaient à Issy-les-Moulineaux pour une nouvelle fois tenter de faire bouger les choses. S’ils n’étaient qu’une dizaine à avoir fait le déplacement, le mouvement représente tout de même environ 80% de l’effectif concerné par les réorganisations de septembre, comme nous l’explique une employée. « Il y a 80% de grévistes. Les conseillers financiers ne sont pas impactés par ces réorganisations. Donc ce n’est pas 80% des 35 salariés, mais de la vingtaine de chargés de clientèle », détaille Véronique Gérard, roulante sur 5 bureaux du secteur. Reçus par la DRH sociale du groupe La Poste, les grévistes ont alors pu faire remonter leurs revendications, et proposer leurs solutions écrites, pour une sortie de crise rapide, ces mêmes propositions parvenues sur le bureau de la direction régionale quelques jours plus tôt. « Madame Pagani s’est engagée à nous donner une réponse. L’objectif c’est de négocier le protocole de sortie de crise et de reprendre le travail », explique Yves Pradillo.

Oui, car si les postiers s’obstinent face à cette réorganisation, ce n’est pas vraisemblablement par plaisir. L’objectif est bien évidemment de reprendre le travail, mais dans des conditions acceptables. « J’ai senti qu’il y avait une écoute bien active. J’ai bon espoir d’un retour rapide afin de reprendre », poursuit le syndicaliste. Quarante-quatre jours de grève, ça pèse, aussi bien sur le salaire que sur le moral, mais avaient-ils vraiment d’autres choix que de faire grève ? A les entendre, pas vraiment.

« J’ai cru que j’allais passer l’arme à gauche »

Véronique Gérard, à La Poste depuis 11 ans n’y va pas de main morte au moment d’exposer ses conditions de travail. « Je ne sais pas si je dois dire, par chance, ou, malheureusement, mais j’ai remplacé mes collègues pendant un mois. J’ai tourné sur trois bureaux. J’ai fait de la caisse, et c’était très dur », présente cette dame appelée en général pour remplacer les collègues en congé ou malades. « J’ai cru que j’allais passer l’arme à gauche », poursuit-elle sans bégayer. « Il y avait une désorganisation totale. Je devais faire en 45 minutes ce que je faisais d’habitude en une heure, une heure et demi. A un moment j’ai cru que mon cœur allait s’arrêter. On a même eu un CHSTC alerte risques graves. Je suis incapable de recommencer le travail dans de telles conditions », résume cette dernière arguant notamment que la suppression de certaines instances (récupération de colis recommandés…) dans certains bureaux de poste apportait une charge de travail supplémentaire sur d’autres bureaux.. « On leur avait dit qu’on ne voulait pas de cette réorganisation ».

Remplaçante sur plusieurs bureaux de Poste, Véronique a donc pu prendre l’ampleur des maux sur le secteur, des propos forts visiblement appuyés par d’autres grévistes. Eric Chatain travaille lui au sein du bureau de poste du Plateau de Ris-Orangis, dans une ville où la restriction d’horaires touche fortement le bureau de poste Albert Rémy. « La charge de travail est vraiment très importante. On ne peut pas continuer comme ça. Avant les conditions de travail n’étaient pas faciles, maintenant c’est encore pire. On est tous allés voir le médecin du travail et un psychologue. Certains sont en souffrance, en très grande souffrance », assure-t-il. On peut difficilement prendre des pauses, poursuit Marc Legerot, employé dans un bureau de Bondoufle. « On a un emploi en moins l’après-midi, on est plus que deux. Et lorsque l’un d’entre nous doit s’occuper du travail annexe, il n’y a plus qu’une personne qui sert pendant une bonne partie de l’après-midi. En plus, maintenant l’objectif de La poste c’est de vendre des produits. Des produits bancaires, téléphoniques… Il faut carburer dans des conditions qui ne sont pas des plus adaptés, sur des choses pour lesquelles on est même pas formés, ou seulement avec des écrans, sans interlocuteur », surenchérit Marc, à La Poste depuis 2000. Oui, il est vraiment temps que ça cesse !