Le 28 novembre dernier, les élus de Longpont-sur-Orge avaient rendez-vous dans l’Hôtel de Ville pour le dernier conseil municipal de l’année 2016. Parmi les membres de cette assemblée, certains ne se faisaient guère plus d’illusions. « C’est le dernier de l’année et sans doute le dernier tout court », glissaient alors sur un ton ironique certains élus avant le début de la séance. Un sentiment partagé par une grande partie du public, présent en masse en cette fin novembre. Même son de cloche du côté du maire de la commune, le centriste Philippe Hamon. Celui-ci concluait ainsi la séance du conseil municipal par une question évocatrice du climat particulier qui règne dans la commune : « je ne sais pas encore pour combien de temps nous serons là … ».

Il faut dire que la situation dans laquelle était plongée la commune n’avait rien d’encourageant. Depuis plus d’un an, les démissions se multipliaient au sein de l’équipe municipale. Malgré le fait que sept nouveaux membres aient été intronisés dans leur fonction de conseiller municipal, le conseil municipal ne tenait qu’à un fil. En effet, trois démissions suffisaient pour entraîner une nouvelle élection. « Ce sera sans doute un cadeau de Noël ou un cadeau pour la nouvelle année », lançait alors Alain Lamour, démissionnaire en novembre et ex-membre de l’opposition longipontaine. Finalement, ceux qui souhaitaient un retour aux urnes furent écoutés. Les trois dernières démissions sont tombées tel un couperet dans un intervalle de deux semaines, peu avant la trêve des confiseurs.

Quatre listes dans les starting blocks

Jean-Jacques Scherchen, l’ancien maire de la commune de 1995 à 2008, Pascal Amrhein, ancien maire adjoint et Jean-Pierre Lentignac, tous membres de la majorité ont ainsi démissionné courant du mois de décembre. En quittant ses fonctions, ce dernier permet d’atteindre la vacance de plus d’un tiers du conseil, et donc entérine la dissolution du conseil municipal. Des élections municipales anticipées interviendront dans un délai de trois mois. Pour le moment, la préfecture de l’Essonne assure qu’aucune date n’a encore été sélectionnée pour organiser ce scrutin. Mais si la date des élections n’est pas encore connue, chaque camp est déjà mobilisé pour cette échéance. Et il faut dire que ce court mandat de trois ans fait des envieux. À commencer par le maire. « J’ai toujours déclaré que je n’avais pas peur d’un retour aux urnes. Nous serons prêts », affirme Philippe Hamon sur un ton confiant.

D’autres sont également prêts, et font même campagne depuis un certain temps désormais. C’est le cas des membres du groupe Transparence et démocratie. « Nous avons nos 29 noms et même bien plus encore », se félicite Patrick Gamache, l’ancien adjoint aux finances de Philippe Hamon. Plusieurs membres de la majorité figurent ainsi sur cette liste parmi lesquels l’ancien maire Jean-Jacques Scherchen ou encore l’ancienne adjointe au scolaire Viviane Greiner. Mais c’est Patrick Gamache qui devrait conduire cette liste. « Personne au sein du groupe n’avait vraiment envie d’y aller, assure ce dernier. Les gens de la liste m’ont finalement plébiscité. J’estime en avoir les compétences », termine celui qui a déjà organisé des réunions publiques avant même la dissolution du conseil municipal.

À gauche ce coup-ci, l’ancien opposant du Parti de Gauche Alain Lamour a lui aussi débuté le porte-à-porte depuis quelque temps. « Nous allons enfin pouvoir sortir de l’ornière. Il était temps, car dans la situation dans laquelle se trouve la commune, le temps compte », martèle le candidat, également en possession des 29 noms nécessaires pour former une liste.

Enfin, une dernière liste pourrait voir le jour du côté de l’ancienne maire Delphine Antonetti (DVG), aux commandes de la ville entre 2008 et 2014. Celle-ci a toutefois annoncé ne pas vouloir être tête de liste pour ce nouveau scrutin. « Nous n’avons pas encore choisi notre chef de file. Nous préférons nous laisser le temps pour régler ce point », indique Delphine Antonetti qui affirme aussi que le groupe Servir Longpont prendra également « le temps qu’il faudra pour composer la meilleure liste qu’il soit ».

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Un jeu de dupes ?

Potentiellement quatre listes seront dans les strating blocks. Toutes auront un objectif commun : redresser la santé financière de la commune. Car Longpont-sur-Orge s’est fait épingler par la Chambre régionale des comptes au mois de juin dernier. Celle-ci a prôné une hausse des taux d’imposition de 24% suite au non-vote du budget en avril 2016. Bonne nouvelle pour les habitants donc, vu que chaque liste veut en finir avec cette situation irrespirable pour les Longipontains. Le problème, c’est que chacun se rejette la faute de cette situation et chacun en prend pour son grade. En proie aux différentes critiques de ses opposants, le maire sortant estime que les Longipontains « sauront faire la différence ». « Les habitants ne sont pas dupes. À mon arrivée, mon équipe a hérité d’un lourd passif laissé par l’ancienne majorité de Madame Antonetti à laquelle a participé Monsieur Lamour, avec notamment la création de l’école Jean Ferrat qui a causé un trou dans le budget de la commune. Vient ensuite s’ajouter le contexte national, avec la baisse des dotations globales de fonctionnement. En 2015, nous percevions 915 000 euros, alors qu’en 2016 nous n’avons eu que 425 000 euros », rapporte Philippe Hamon avant d’annoncer qu’en 2017, les taux d’imposition pourraient baisser d’environ 5%.

« Baisser les impôts sur les trois prochaines années, c’est possible. Mais il faudrait ensuite les rehausser dans les années qui suivent. Il faut être sérieux », rétorque Alain Lamour. « Lors du dernier conseil municipal, j’avais interpellé le maire à de multiples reprises pour qu’il fasse voter le budget 2017, mais il ne l’a pas fait alors qu’il avait encore à l’époque une majorité. La baisse des impôts n’est qu’une promesse de campagne, c’est tout, constate pour sa part Delphine Antonetti. Quoiqu’il arrive, le maire a été désavoué de l’intérieur comme de l’extérieur ».

Pour Patrick Gamache, l’ancienne majorité et le maire actuel sont tous fautifs. « La gauche a construit une école qui ne sert à rien, sauf à nous endetter, et Philippe Hamon a continué à faire couler la commune avec sa gestion catastrophique ». Piqué au vif, Philippe Hamon ne se gêne pas pour « charger » son ancien adjoint. « Avec la candidature de ce groupuscule d’extrême droite (Ndlr : en référence que M. Gamache soit le représentant du Siel en Essonne – Souveraineté, identité et libertés), c’est le retour de la chasse aux sorcières dans les différents services. Il va vouloir dégraisser les effectifs de la commune. Tout ça est contre l’intérêt général. Je préfère aller à l’affrontement plutôt que de céder au chantage ». Une candidature également « non crédible » pour la gauche. « C’est un spectacle désolant pour cette majorité dont certains se sont extraits. Mais ils sont responsables aussi de cette situation, et ils devront s’en expliquer », complète Alain Lamour. « Sans moi, rien de tout ce scandale n’aurait éclaté », conclut Patrick Gamache.

Bref, chacun tire à boulets rouges sur ses adversaires. La balle est maintenant entre les mains des Longipontains.