« Les finances de notre commune sont dans un état catastrophique ». Ces mots, ce sont ceux que Philippe Hamon, le maire centriste de Longpont-sur-Orge, prononçait il y a déjà quelques semaines lors du vote du budget de la commune. Des mots qu’il avait lui-même empruntés aux services préfectoraux de l’Essonne, qui suivaient de près l’évolution de la situation délicate dans laquelle se trouve cette collectivité.

Pourquoi tant d’attention autour de cette commune de près de 6 500 habitants ? « La ville a débuté l’année avec un déficit d’un million d’euros, constatait alors le maire. Pour redresser cela et surtout pour éviter que cela ne s’aggrave, il était nécessaire de revoir les taux d’imposition ». Ainsi, après quelques débats houleux, Philippe Hamon a soumis au vote un budget prévoyant une hausse des taux d’imposition de 20%. Présenté lors de la séance du conseil municipal le 11 avril dernier, ce budget avait été accueilli par une levée de boucliers. Si bien que seuls six élus en plus du maire ont approuvé ce plan sur les 29 membres que compte ce conseil. N’ayant pu trouver un accord avant la date butoir fixée au 19 avril, la Chambre régionale des comptes s’est saisie du dossier à la demande du préfet de l’Essonne. Après quelques semaines d’études, celle-ci a enfin rendu son verdict le 13 juin.

Les taux d’imposition augmentés de 24%

Ce lundi 27 juin, quelques jours après la communication des conclusions données par l’instance régionale, se tenait une séance de conseil municipal. Un moment attendu par de nombreux Longipontains qui sont d’ailleurs venus en nombre ce lundi soir. Si bien que la salle de la mairie ne pouvait accueillir tout le monde. « Prenez les canapés », lance ainsi une élue à des riverains qui étaient encore debout. Sachant que les débats allaient s’inscrire dans la durée, certains ont même fait l’aller-retour jusqu’à chez eux pour prendre sous le bras une de leurs chaises pliantes.

20h30, après avoir fait le traditionnel appel des membres du conseil, le maire donne la parole à son adjoint aux finances, Patrick Gamache. Celui-ci donne ainsi lecture du rapport de la Cour régionale des comptes dans son intégralité. Après plusieurs minutes de lecture détaillant la situation de la commune, celui-ci en arrive aux conclusions tant attendues. La Cour juge « recevable la saisine du préfet » et lui propose « de régler et de rendre exécutoire le budget primitif 2016 de la commune de Longpont-sur-Orge, conformément aux propositions du présent avis ». Qu’est-ce que cela signifie ? « La Cour régionale des comptes préconise une hausse des taux d’imposition de 24% », éclaircit ainsi Philippe Hamon sous quelques soupirs d’une foule médusée.

Cette augmentation n’est pourtant pas encore officielle, la préfecture ayant jusqu’au 13 juillet pour demander l’application ou non de ces préconisations. « On devrait recevoir le courrier dans les prochains jours », lâche toutefois le maire, conscient que la préfète ne reviendra sûrement pas sur la décision des magistrats de la Cour des comptes.

Comment cela va se matérialiser sur les finances des Longipontains ? « Les impôts ne vont pas augmenter de 24%, il s’agit des taux qui augmentent, passant de 18,55% à 23,01%, renseigne Patrick Gamache. Globalement, cela va se répercuter par une hausse de 14,04% sur la taxe d’habitation et de 12,4% sur la taxe foncière. Ça reste quand même élevé », souffle ce dernier.

L’école Jean Ferrat une nouvelle fois pointée du doigt

Le prochain relevé d’imposition sera à coup sûr salé pour les Longipontains, et ils devront faire avec le temps que la commune retrouve un équilibre budgétaire convenable. Car la commune possède un déficit important, chiffré à plus d’un million d’euros. Un déficit que le maire explique en trois points. « Il résulte du désengagement de l’Etat auprès des collectivités. En 2013, nous avons perçu 900 000 euros, pour 2016, seulement 400 000. Auxquelles s’ajoutent des dépenses imposées par l’Etat pour la mise en place des rythmes scolaires, assure Philippe Hamon. Enfin, il y a la question du non-financement de l’école Jean Ferrat héritée de l’ancienne majorité ». Une situation que reconnaît en partie l’ex-majorité, qui siège désormais dans l’opposition. « Oui, l’école Jean Ferrat a une grosse incidence sur l’endettement. Cela a grevé notre capacité à investir, car on ne peut plus s’endetter », reconnaît Alain Lamour, chef de l’opposition de gauche. Celui-ci en profite pourtant pour glisser le fait qu’une augmentation des impôts aurait pu être évitée « si le travail avait été fait en amont ». « En 2014, nous avons fait campagne sur deux points. Nous n’avions pas imaginé investir. Nous voulions juste un redressement des finances et une réduction de l’endettement », confie ce dernier. « Quoiqu’il arrive, votre dernier budget était insincère, rétorque Philippe Hamon. Vous votez la construction d’une école à 3,1 millions d’euros, vous inscrivez seulement 700 000 euros au budget, et rien ne vous surprend ».

Outre ce déficit, la commune possède aussi deux prêts in fine qu’elle doit payer d’ici deux ans. « À l’inverse des autres prêts où on rembourse une part chaque mois, on rembourse tout en une seule fois », indique l’adjoint aux finances. Ainsi, ce sont 380 000 euros qui devront être payés pour mars 2017 et 350 000 euros pour 2018. Ces totaux s’ajoutent au déficit estimé à un million.

Au moins deux ans « très difficiles »

Durant quelques années, les habitants devront sans doute se serrer la ceinture, tout comme la commune dans ses différents investissements et dans ses dépenses. C’est d’ailleurs ce que préconise la Chambre régionale des comptes dans son rapport. Celle-ci invite la commune « à engager une politique déterminée d’amélioration structurelle de sa gestion, notamment en ce qui concerne la maîtrise des charges de gestion et la priorisation à appliquer à l’engagement des nouvelles dépenses d’équipement, seule de nature à établir durablement l’équilibre de sa situation budgétaire ». En partie visée par cette préconisation, la maîtrise du fonctionnement. Un point sur lequel appuie également l’opposition. « La capacité d’autofinancement s’est effondrée en deux ans. Ce qui veut dire que nous n’arrivons plus à gagner de l’argent sur le fonctionnement. Ça signifie que le fonctionnement n’a pas été maîtrisé. Vous avez multiplié les emplois inconsidérés », lance Alain Lamour à l’édile longipontain.

Face à cette critique, Philippe Hamon ne désarme pas et avance les mesures mises en place ces derniers mois et celles qui sont programmées. « Nous avons fait des économies. Pour le personnel, nous enregistrerons une baisse de 80 000 euros pour 2016 et de 330 000 euros pour 2017, affirme le maire avant d’annoncer l’annulation des travaux d’investissement. Il y a aussi une baisse du nombre d’animateurs. Nous passons de 33 à 29. Sur les subventionnements, nous réduisons de 30% pour la communication et de 25% pour le secteur culturel et associatif ». « Il n’y pas d’incidence sur le budget primitif ou encore sur le compte administratif », tacle l’opposition qui met en avant le fait la mairie compte plus de 90 postes alors qu’il n’y en avait que 78 sous l’ancienne majorité. « Tous ne sont pas à temps plein », se défend Philippe Hamon.

En plus de ces restrictions budgétaires sur le fonctionnement, le maire mise sur la livraison de nouveaux logements pour permettre de faire rentrer plus d’argent dans les caisses de la mairie. « Nous pourrons faire diminuer la pression fiscale quand nous aurons de nouveaux habitants sur la commune », précise Philippe Hamon. « Longpont étant en déficit de logements sociaux, pourquoi pas », ponctue le chef de l’opposition. Le seul problème – et de taille –, c’est que nombre de ces réalisations ne sont qu’à l’état de projet et ne seront initiées que prochainement. « Certes, cela représente plusieurs milliers d’euros, mais cela n’aura pas d’incidences pour nous avant au moins quatre ans, soit pour le prochain mandat », confesse Patrick Gamache. Pour lui, seules les restrictions budgétaires et la hausse de l’imposition peuvent sortir la commune de cette situation catastrophique. « Selon nos prévisions, nous pourrons sortir la tête de l’eau d’ici fin 2018-début 2019. Nous devrons tous passer par deux ou trois ans très difficiles », déplore l’adjoint en charge des finances qui a notamment invité l’ensemble de ses collègues élus à travailler ensemble main dans la main, mettant de côté les disputes du passé. « L’épreuve du budget est derrière nous. C’est maintenant qu’il faut se mettre au travail tous ensemble », a-t-il avancé en fin de séance.

Reste maintenant à voir ce que cela va donner. Une chose est sûre, les Longipontains ne pourront pas envisager une baisse de leur imposition (si elle survient) avant quelques années.