« Une baisse prématurée des impôts est non seulement démagogique, mais surtout dangereuse. Elle pourrait plonger la commune dans un gouffre encore plus profond ». Cette analyse, Alain Lamour la dressait à qui voulait bien l’entendre durant la campagne pour les élections municipales anticipées de Longpont-sur-Orge. Lui, l’ancien chef de l’opposition longipontaine, démissionnaire du conseil municipal à l’automne, a en quelque sorte « pris du galon ». Désormais maire de cette commune de 6 500 habitants depuis le 19 mars, Alain Lamour a choisi de rester cohérent avec les messages qu’il a martelés pendant la campagne. Ainsi, pour son second conseil municipal avec l’écharpe de maire, celui-ci a décidé de faire table rase d’une partie des décisions prises fin février par l’ancienne équipe municipale conduite par le centriste Philippe Hamon.

Directement pointés du doigt par la nouvelle majorité : les taux d’imposition. « Nous avions jusqu’au 15 avril pour voter les taux d’imposition et revenir sur ce qui avait été validé. Voilà qui est fait », résume Alain Lamour. Réunis le 27 février dernier en petit comité – plus du tiers des élus ayant démissionné à cette époque –, les membres du conseil municipal avaient conclu une baisse de 10% de ces taux. Ne convenant pas à la nouvelle majorité municipale, cette diminution des taux d’imposition a tout bonnement été annulée, pour revenir sur les taux en vigueur sur l’année 2016. Une position assumée par le maire qui prévoit un « retour à la normale » d’ici trois ans, mais qui ne laisse pas indifférents les conseillers municipaux fraîchement élus.

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Retour aux taux de 2016

« C’est totalement irrationnel ! Ces gens semblent comme déconnectés de la vie des Longipontains », tonne celui qui a désormais rejoint les rangs de l’opposition, l’ancien maire Philippe Hamon. Il y voit même une logique électoraliste. « Avec l’excédent budgétaire supérieur à un million d’euros dégagé l’année dernière par mon équipe, nous avons pu envisager cette baisse de la fiscalité et soulager quelque peu les foyers les plus modestes de Longpont. Mais là, en rétablissant les taux de 2016, ils saignent à blanc les Longipontains. En annonçant qu’ils baisseront les impôts à la fin de ce mandat, c’est à croire qu’ils pensent déjà se faire réélire », râle Philippe Hamon. Des propos que reprend en partie Pascal Amrhein, dont la liste a recueilli 6,52% des suffrages au second tour des municipales. « On parle de l’argent des Longipontains. En garde-t-il pour se faire une trésorerie pour la fin du mandat ? Pour le moment, c’est assez flou », affirme celui qui militait également pour une baisse des taux d’imposition.

Outre ces deux camps qui ont voté contre l’annulation de la baisse des impôts, le groupe animé par Patrick Gamache, l’ancien adjoint en charge des finances jusqu’en 2016 a quant à lui préféré s’abstenir. « Baisser les impôts n’était pas une bonne solution. La mesure prise par la nouvelle majorité me semble être de bon sens, admet ce dernier. C’est d’ailleurs ce que je disais depuis des mois ». Toutefois, une interrogation persiste pour le groupe de Patrick Gamache : où va être affecté le surplus obtenu par cette hausse des taux d’imposition ? « Il était question de revoir quelque peu le budget à ce sujet, mais la majorité n’a pas pu être plus précise au moment du vote. Voilà pourquoi nous nous sommes abstenus ».

Pour sa part, le maire se veut confiant. « En continuant sur les bases de l’ancienne majorité, nous allions dans le rouge au niveau de l’épargne notamment, confie Alain Lamour. Le surplus d’impôts va servir en partie à combler l’endettement », insiste celui qui pointe encore une fois du doigt les ventes de terrains préconisées par son prédécesseur. « Il ne s’agissait pas de mesures pérennes pour envisager à elles seules une baisse des impôts », assure Alain Lamour. « Pour certains terrains, il s’agit d’une perte sèche pour la commune de près de 150 000 euros, notamment pour un terrain situé en bordure de la RN 20 à proximité de Ballainvilliers. C’est une somme dont la commune aurait bien besoin », rétorque Philippe Hamon.

Ainsi, cette nouvelle décision budgétaire devrait selon l’édile longipontain « être validée par la Chambre régionale des comptes (CRC) », cette dernière ayant toujours un droit de regard sur les finances de la commune. « Il va falloir malheureusement faire avec », peste Philippe Hamon.

Un énième rebondissement dans les cartons ?

Pour autant, la commune de Longpont pourrait connaître un nouveau rebondissement dans les prochaines semaines. Il faut dire qu’avec ce qu’il s’est produit ses dernières années, la commune est parfaitement « rodée » face à ce genre d’imprévus. En effet, Patrick Gamache a déposé le 24 mars dernier, un recours pour invalider le scrutin. Celui-ci a notamment relevé « plusieurs irrégularités » dans la campagne du maire sortant Philippe Hamon. Parmi les nombreuses pièces versées au dossier, figurent ainsi quelques « moyens de propagande interdits par la loi », dont aurait usé l’équipe de l’ancien maire. « Son équipe a fait plusieurs tentatives de déstabilisation à l’égard de ses adversaires, et notamment de ma liste », lance Patrick Gamache. L’ancien marie adjoint aux finances cite en exemple une lettre du maire adressée à la population le 10 janvier dernier. « Cette lettre n’a rien d’une simple lettre informative habituelle puisqu’elle dénigre incontestablement les adversaires du maire. De plus, elle annonce un véritable programme électoral avec la baisse des impôts qui va s’en suivre quelques semaines plus tard. Et ça ne s’arrête pas là, cela continue dans les autres lettres du maire à la population, mais aussi lors de prises de parole comme lors du repas des anciens du 7 janvier, commente Patrick Gamache. Dans certains cas, c’est ce qu’on appelle un financement de sa campagne grâce à des moyens publics ».

Des attaques auxquelles Philippe Hamon ne souhaite pas donner plus d’importance que ça. « Tout ceci est sans fondement. Je suis notamment accusé d’avoir distribué une lettre dite ‘de remerciements’ à la population après mon élimination. Mais que je sache, j’étais encore maire à l’époque et la campagne était bel et bien terminée », se défend Philippe Hamon, qui avait de son côté dénoncé à plusieurs reprises « les agissements suspects de M. Gamache entre 2015 et 2016 dans le but d’aboutir à de nouvelles élections ».

L’annulation des élections, c’est donc ce que demande Patrick Gamache. « Vu l’écart qu’il y avait entre nos listes, il y a peu de chances que le tribunal administratif invalide le scrutin », raisonne Alain Lamour. Conscient de ce point, Patrick Gamache ne désespère pas qu’à défaut d’avoir de nouvelles élections, « l’élection de M. Hamon soit invalidée ». Le tribunal administratif devrait rendre son verdict d’ici fin mai. Le retour à la normale tant attendu pourrait donc enfin intervenir après cette date.