Peu avant 20h30, le 28 novembre dernier, plusieurs dizaines d’habitants de Longpont-sur-Orge convergent vers la mairie. En effet, ces derniers ne voulaient pas manquer la séance du conseil municipal. « Alors, ils seront combien autour de la table ce coup-ci ?  », peut-on entendre du côté des premiers arrivants. Une question évidemment existentielle pour cette commune de plus de 6 000 habitants, car depuis plusieurs semaines maintenant, les démissions au sein des membres du conseil se multiplient. « Ils sont au moins une petite vingtaine », souffle un quinquagénaire en scrutant de près les arrivées des différents conseillers municipaux. « C’est quand même bien clairsemé », ajoute une femme assise à ses côtés, montrant les quelques chaises laissées vides par les élus démissionnaires.

À 20h30, le maire centriste Philippe Hamon débute l’appel. Un appel plus court qu’à l’accoutumée, étant donné que seuls 22 noms ont été appelés sur un total initial de 29 personnes. Le maire entame ensuite l’ordre du jour. Celui-ci cite ainsi les différentes démissions survenues ces dernières semaines. Les démissions des sept élus du groupe « Transparence et démocratie », piloté notamment par l’ex-adjoint en charge des finances Patrick Gamache sont ainsi mentionnées, comme celle de Jean-Claude Brunie qui s’était vu retirer ses fonctions de maire adjoint il y a un an. Huit démissions auxquelles viennent s’ajouter celles d’une partie de l’opposition. Au total, ce sont donc 14 démissions qui ont été remises au maire. Après avoir pioché parmi les suivants de listes, seules sept personnes ont accepté de venir siéger au conseil municipal. Cinq d’entre elles sont allées gonfler quelque peu les rangs de la majorité, tandis que deux rejoignaient l’opposition aux côtés de Delphine Antonetti, l’ancienne maire de Longpont et unique membre de la minorité à ne pas avoir remis sa démission.

Les habitants de Longpont vont-ils devoir revoter ?

Du rififi dans la majorité, certes, mais aussi dans l’opposition

Ainsi, le conseil ne tient plus qu’à un fil. «  Ça se joue à trois démissions », lâche Patrick Gamache, désormais ex-membre du conseil. Car oui, pour voir l’organisation d’une nouvelle élection, il faudrait que le conseil municipal perde « au moins un tiers de ses membres et que le système du suivant de liste ne puisse plus être appliqué », comme le confirme le code électoral. C’est-à-dire que le total d’élus tombe à 19. Si d’autres démissions venaient à survenir, elles pourraient sceller le sort de l’équipe municipale actuelle.

Certains attendent ce moment avec impatience. « Si ça survenait avant la fin de l’année, ce serait un beau cadeau de Noël », ironise Patrick Gamache. Même cas de figure pour l’ancien chef de l’opposition de gauche, Alain Lamour. « Le conseil municipal ne fonctionne plus depuis longtemps. De nouvelles élections permettraient de rebattre les cartes. C’est une instance qui ne représente plus le choix des électeurs et qui ne joue plus son rôle normal de décision pour le devenir de notre ville », argumente-t-il. Cependant, pour ce dernier, les élections anticipées n’ont pas pu se tenir à cause du maintien de l’ancienne maire Delphine Antonetti et l’installation de deux nouveaux conseillers municipaux d’opposition. « Vingt colistiers nous ont suivis suite à nos démissions, reprend Alain Lamour. Se maintenir au conseil, c’est porter la lourde responsabilité, avec les autres conseillers en place, de la poursuite de ce mandat qui emmène notre ville chaque jour un peu plus dans une impasse », assène celui qui assure que ses relations avec l’ancienne maire se sont dégradées avant l’été. « Il y a eu une rupture en juin avec Madame Antonetti, car il y avait des divergences de travail au sein du groupe ».  De son côté, Delphine Antonetti nie ses affirmations. « Je suis engagée en politique depuis 1989. Depuis plusieurs années maintenant, je n’ai eu de cesse de rassembler autour de moi. Mais là, j’ai été exclue du mouvement que j’ai initié en à peine deux ans », résume-t-elle avant de tacler son ex-colistier : « Depuis ces mêmes deux ans, Alain Lamour n’a eu de cesse de diviser ».

Delphine Antonetti (à gauche) a décidé de ne pas démissionner (JL/EI)

Delphine Antonetti (à gauche) a décidé de ne pas démissionner du conseil de Longpont (JL/EI)

Sur son maintien au sein du conseil municipal, l’élue persiste et signe. « Ça n’a aucun sens de démissionner. Il s’agit de prendre le temps pour faire les choses correctement. Il faut que les démissions viennent directement de la majorité, afin de prouver que la politique du maire n’est pas viable ». Afin de « provoquer » ces retraits, l’ancienne maire de 2008 à 2014 va tenter de mettre le maire « face à ses contradictions », indique-t-elle, notamment sur le point chaud du budget. « Certains y réfléchissent actuellement dans la majorité », glisse Patrick Gamache. Reste à savoir si ces rumeurs seront vérifiées.

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Les élections encore et toujours en ligne de mire

Il n’y a donc pas que dans la majorité qu’il y a des dissensions. Mais cette situation singulière ne semble pas pour autant atteindre le maire, Philippe Hamon. « Je suis apaisé depuis le départ des membres du groupe ‘’Transparence et démocratie’’, martèle ce dernier. On va pouvoir continuer nos actions pour le bien des Longipontains désormais ».

Du côté des élus démissionnaires, il n’y a pas de doute. « Le conseil ne peut pas continuer à fonctionner dans ces conditions ». Ainsi, chacun s’organise en vue de l’organisation d’un scrutin. « Oui, j’ai une légitimité à me présenter, car j’ai fait éclater la triste vérité aux yeux de tout le monde sur la situation de la commune et parce que j’ai les compétences pour endosser ce rôle. Mais pour l’instant rien n’est figé du côté de mon groupe », souligne Patrick Gamache qui pourrait être le tête de liste de son mouvement.

Pour sa part, Alain Lamour et une partie de son groupe « Ensemble pour Longpont » se préparent à cette échéance éventuelle. « Nous avons entamé le porte-à-porte pour enrichir notre programme. Nous voulons construire un vrai projet pour notre ville, garantit ce dernier. Un projet dans lequel il n’y aura pas de folies », explique-t-il, faisant référence au fait que la Chambre régionale de comptes suive de très près l’évolution du budget de la commune. Une liste qui pourrait se composer sans l’ex-maire Delphine Antonetti. « On ne sait pas de quoi sera fait l’avenir », note néanmoins Alain Lamour à ce sujet. « Je reste dans ma conception de rassemblement pour permettre le redressement de Longpont-sur-Orge », confie cette dernière, qui laisse encore un doute planer concernant le rôle qu’elle tiendra, si élections il y a.

Dernière pièce qu’il manque à l’échiquier : le positionnement du maire. « Je l’ai toujours dit : ‘’s’il faut aller aux élections, nous irons aux élections’’. Je n’ai pas peur de repasser par les urnes », rappelle Philippe Hamon, qui n’a qu’une seule incertitude : « Je ne sais pas encore combien de temps nous serons là ». Peut-être n’y aura-t-il donc pas d’autres conseils municipaux après celui du 28 novembre dernier. Un conseil qui avait été marqué par l’intrusion d’un invité-surprise. Un chat noir était venu se promener entre les élus. Un passage peut-être annonciateur d’un mauvais présage pour la poursuite de ce mandat ?