La Ferté-Alais, Champcueil, Dannemois, Boissy-le-Sec, Itteville, Saulx-les-Chartreux, Angervilliers. Toutes ces communes ont un point en commun, celui d’avoir organisé des élections municipales anticipées. En effet, pour diverses raisons, ces communes ont dû faire revoter leurs administrés avant la date des élections municipales, fixées pour 2020. En cette fin d’année, une commune pourrait bien s’ajouter à cette liste. Cette dernière, c’est celle de Longpont-sur-Orge.

Depuis maintenant près d’un an, l’unité du début du mandat en avril 2014 a laissé place aux divisions dans les rangs de la majorité municipale. Retraits de délégations pour certains maires-adjoints ou encore une démission d’une élue alors en charge de l’environnement, voilà ce qui a marqué l’équipe municipale ces derniers mois. Des remaniements en interne auxquels il faut ajouter un contexte difficile pour la commune depuis début 2016, comme le non-vote du budget au printemps, une hausse des taux d’imposition de 24% ordonnée par la Chambre régionale des comptes à l’été et enfin une grève très suivie des agents communaux à l’automne. Bref, rien ne semble aller à Longpont-sur-Orge ces derniers temps.

Les dissidents rendent leur mandat

C’est en partie pour toutes ces raisons que certains élus ont choisi de claquer la porte du conseil municipal en cette mi-octobre. En milieu de semaine dernière le maire centriste de Longpont faisait déjà les premiers comptes. « A ce jour [jeudi 20 octobre], j’ai reçu cinq démissions sur mon bureau », expliquait alors Philippe Hamon, conscient que d’autres pourraient faire grossir ce chiffre. Et il devrait bien y en avoir d’autres à en croire l’un des démissionnaires. « Nous sommes sept à avoir pris ce choix », commente Patrick Gamache, le maire-adjoint en charge des finances. « J’avais la capacité et la compétence pour exercer cette fonction, poursuit ce dernier. Mais soit on m’offre les moyens de travailler et je reste, soit je n’ai rien et je m’en vais ». C’est donc vers cette seconde option que l’intéressé s’est dirigé. Celui-ci pointe ainsi ce qu’il appelle être « l’incapacité du maire à prendre des décisions ». « Durant ces derniers mois, il n’a tout simplement pas été à la hauteur concernant les choix financiers de la commune », ajoute-t-il. En plus de Patrick Gamache, six autres élus ont remis (ou vont remettre) leur démission au maire dans les prochaines heures. Tous appartiennent au groupe dissident de la majorité intitulé « Transparence et démocratie » au sein duquel on retrouve deux autres adjoints en la personne de Michel Garcia, sans délégation, et de Viviane Greiner, chargée du scolaire.

Une série de démission que l’édile longipontain voit avec un certain apaisement. « C’est avec un grand soulagement que j’apprends les démissions des membres de ce groupe. Ils empêchaient le bon déroulement des choses et insufflaient des méthodes de chantage et d’intimidation qui n’ont que trop duré. On va pouvoir travailler maintenant », décrypte Philippe Hamon. Un constat que partage également Jean-Claude Brunie, actuel conseiller municipal de la majorité, mais surtout prédécesseur de Patrick Gamache au poste de maire-adjoint aux finances. « Le maire m’a retiré ma délégation à la demande du groupe de Patrick Gamache en début d’année. J’ai été en partie victime de cette dissidence, se souvient ce dernier. De toute façon, on ne pouvait pas continuer ce bazar longtemps avec des séances où on n’arrivait pas toujours à avoir le quorum ou avec des élus qui ne votent pas leur propre budget », rappelle Jean-Claude Brunie, faisant référence au fait que son successeur aux finances, Patrick Gamache, avait voté contre le budget qu’il présentait en conseil.

Un retour aux urnes inévitable ?

Lors du prochain conseil municipal, des nouvelles têtes feront leur entrée au conseil municipal. Seulement, une chose est déjà sûre : seuls six démissionnaires sur les sept pourront être remplacés. « En réserve, il n’y a que six personnes sur notre liste. Cela aura pour conséquences qu’il y ait un siège vacant au conseil », indique Philippe Hamon. Pour le moment, ce seul siège vacant n’a que peu d’importance. Cela deviendrait problématique dans le cas où « le conseil municipal perdrait au moins un tiers de ses membres et que le système du suivant de liste ne puisse plus être appliqué », provoquant une nouvelle élection, confirme le code électoral. Dans le cas de Longpont, il faudrait que dix des vingt-neuf sièges soient vacants pour en arriver là.

Mais justement, le risque de voir une nouvelle élection existe. Et certains voudraient bien se servir des démissions du groupe « Transparence et démocratie » pour repasser par les urnes. L’opposition de gauche, composée elle aussi de sept membres réfléchit à cette option. « Pour l’instant, on attend de voir comment les choses vont se passer, assure le leader de l’opposition, Alain Lamour. Mais nous sommes ouvertement pour qu’il y ait de nouvelles élections ». Avec la démission de toute l’opposition et de leurs suivants de liste, le capital de sièges vacants atteindrait le total de huit. « D’autres suivront, lance Patrick Gamache. Une nouvelle élection pourrait clarifier et pacifier les choses. Car ça fait deux ans et demi que c’est un pugilat ».

Qui pourrait rendre son mandat et faire basculer le sort de l’actuelle équipe municipale ? « J’y réfléchis fortement aussi », lâche Jean-Claude Brunie. L’ancien adjoint compte bien mettre ce qu’il avait prévu à exécution. « Ma démission va intervenir et elle n’est pas conjoncturelle. Je l’ai en tête depuis décembre dernier. En 2015, on pouvait mettre fin à cette dissidence qui m’a coûté ma place de maire-adjoint. J’avais alors demandé au maire de donner une démission collective pour que les Longipontains fassent leur choix. A cette époque, nous aurions pu régler le problème de cette dissidence qui nous rongeait. Mais M. Hamon n’a pas su faire preuve d’arbitrage », déplore Jean-Claude Brunie.

Les camps prennent déjà position pour après

Une short-list circule au sein des différents mouvements pour savoir si d’autres élus seraient prêts à franchir le pas. Souvent cité, l’ancien maire-adjoint, Pascal Amrhein, qui a rendu ses délégations fin 2015 en même temps que Jean-Claude Brunie, affirme qu’actuellement, « [sa] démission n’est pas à l’ordre du jour ». Rappelant qu’il a quelques rancœurs contre Philippe Hamon suite à son retrait de délégation, ce dernier souhaite voir « quelle est la meilleure stratégie à employer » avant de trancher. « Je ferai tout pour barrer la route au groupe de Patrick Gamache, explique Pascal Amrhein. Je prendrai la meilleure décision pour éviter que l’un d’entre eux ne devienne maire ». Un sentiment partagé par Jean-Claude Brunie, mais aussi par le maire Philippe Hamon. « Ce sont des gens d’extrême-droite qui ont avancé masqués », relate le maire, faisant référence au fait que Patrick Gamache soit le représentant du Siel (Ndlr : Souveraineté, identité et libertés) en Essonne. « Je suis adhérent du Siel. C’est un petit parti souverainiste qui prône l’unité de la droite et on s’entend aussi bien avec des élus LR, mais aussi FN sur certains points. Ça ne fait pas de nous des gens d’extrême-droite. Ils tentent de manipuler les gens sur ce discours », rétorque Patrick Gamache.

Du côté du groupe « Transparence et démocratie », on tente déjà d’apporter des solutions pour rétablir la santé financière de la commune au plus vite. Sont-ce déjà les prémices d’un futur programme électoral ? « Il faut procéder à une baisse importante des frais de personnel, confie Patrick Gamache. Les dépenses de fonctionnement sont à 66% des frais de personnel alors que pour une collectivité comme la nôtre, elles devraient être à 54%. Il faut engager une restructuration des services qu’on rend à la population ». Du côté du maire, ce discours ne passe pas. « Le groupe ‘’Transparence et démocratie’’ fait circuler une liste d’une quinzaine de postes à supprimer. Il s’agit de personnes de qualité qui plus est qui font bien leur travail, commente Philippe Hamon. Ce groupe est dangereux pour la vie et le bon fonctionnement de la collectivité ».

Rien n’est encore fait concernant la tenue de nouvelles élections municipales. « Ça se jouera sans doute à une démission près, constate le maire. Si on doit avoir recours à de nouvelles élections, nous irons ». « Ça se décantera dans les mois ou même les semaines qui viennent », lâche Jean-Claude Brunie. A ce sujet, nous y verrons sans doute plus clair lors du prochain conseil municipal. Il sera alors temps de faire les comptes sur les sièges vacants.