C’est un retour aux sources, enfin presque. S’il n’a jamais porté les couleurs du FC Fleury 91, Donovan Léon a débuté sa jeune carrière à quelques kilomètres de là, sur les terrains du stade Auguste Delaune à Brétigny-sur-Orge.
Originaire de Guyane où il naît le 3 novembre 1992, il arrive en métropole en 2007 avec une idée claire en tête : devenir footballeur professionnel. « J’évoluais avec la sélection guyanaise U14 dont j’étais le capitaine, raconte le gardien. Un superviseur du Mans FC était venu me voir lors de la coupe Nationale, mais les choses ne se sont pas très bien passées et je n’ai pas rejoint la Sarthe ». Un ami lui parle alors du CS Brétigny Football par lequel il est passé : « C’était Loïc Baal, le frère de Ludovic Baal qui joue aujourd’hui à Rennes, poursuit le Guyanais. Il a fait le sport-étude collège et m’a conseiller de tenter ma chance ». Plus que jamais motivé, il s’inscrit donc à une détection proposée par le club essonnien et est retenu : « J’ai reçu la réponse positive à 6h du matin ! (rire) », se souvient-il. Le début de son parcours vers le monde professionnel.

« Un garçon adorable, discret et serein »



En 2007, âgé de 14 ans, il débarque donc en métropole sans sa famille restée en Guyane. Pourtant là encore, le jeune gardien sait ce qu’il veut : « Au début, ce n’était pas trop compliqué. Pour être honnête, j’étais plus dans le foot que dans les études, reconnaît-il. Mais j’ai très vite été recadré. Je remercie d’ailleurs les dirigeants, notamment Jocelyn Body, Patrice Derouin et tout son staff  ».
Intégré au sport-étude du lycée Jean-Pierre Timbaud, il redouble sa seconde. Mais ses performances sportives, elles, ne déçoivent pas. D’abord dernier rempart des U15 DH (Division d’honneur) avec qui il remporte la coupe de l’Essonne, il va ensuite s’imposer comme titulaire en 16 ans nationaux. À l’époque, déjà, sa détente et son attitude impressionnent : « C’est vrai qu’il préférait le football aux études, sourit Didier Brillant, directeur technique du CS Brétigny, mais il dégageait une telle sérénité ! Il a pris de l’envergure avec les 16 ans nationaux. Il n’était jamais dans la panique. Je garde l’image d’un garçon adorable, simple et discret. Ce qu’il est encore aujourd’hui ».

Après deux ans passés à user ses gants sur les terrains stabilisés du club la semaine, et sur les terrains d’honneur le week-end, Donovan Léon est repéré par Frédéric de Taddéo, alors directeur du centre de formation de l’AJ Auxerre (AJA) : « C’était le 25 octobre 2008, à l’occasion du renouvèlement du partenariat entre le CS Brétigny et l’AJ Auxerre signé en 2003, se rappelle Didier Brillant. Une rencontre amicale entre les 16 ans nationaux de Brétigny et d’Auxerre était organisée pour inaugurer le nouveau terrain synthétique du stade Delaune. C’est à cette occasion que Donovan et Paul-Georges Ntep (VFL Wolfsburg ndlr) ont tapé dans l’œil des dirigeants bourguignons  ». Un choix judicieux puisque le gamin va rester six ans dans l’Yonne et y signer son premier contrat professionnel.

« Une belle preuve de confiance »



Recruté au cours de sa seconde année au CS Brétigny, le natif de Cayenne va progressivement se familiariser avec l’univers et l’exigence de l’AJ Auxerre. D’abord en participant à plusieurs stages, ensuite restant en relation avec un ancien de la maison brétignolaise : « Mon arrivée à Auxerre s’est bien passée car elle était bien préparée. Je passais toutes mes vacances là-bas, d’abord la Toussaint, ensuite les vacances de fin d’année. Et puis Jeffrey Baltus, lui aussi gardien et ancien de Brétigny, était au club. Il m’a très bien accueilli ». En décembre, il est rejoint par Paul-Georges Ntep avec qui il évolue à Brétigny : « On est toujours en contact, on a le même agent », précise le portier.

"À moi de répondre présent quand Brest fait appel à moi" (DR).

« À moi de répondre présent quand Brest fait appel à moi » (DR).

L’année d’après, en 2009, il intègre le centre de formation de l’AJA et va gravir tous les échelons, malgré des hauts et des bas. De la DH à la Ligue 1, en passant par la CFA 2, il va progressivement passer de n°6 à n°2 dans la hiérarchie des gardiens du club.
Au cœur de l’été 2011, sa chance arrive enfin lorsqu’Olivier Sorin, titulaire de l’équipe première, se blesse. Pour pallier à son absence, Laurent Fournier, l’entraîneur de l’époque, décide de titulariser Donovan Léon lors du premier match de la saison le 6 août à Montpellier. À la plus grande surprise de l’intéressé : « Je ne m’attendais pas du tout à débuter le championnat, admet aujourd’hui le Guyanais. L’année d’avant, j’évoluais en CFA 2, je n’avais pas une grosse formation, j’avais encore beaucoup de choses à travailler. C’était une belle preuve de confiance de la part des coachs de l’époque. Je leur serai toujours reconnaissant  ».

Devant sa maman venue spécialement de Guyane, il fait donc ses premiers pas en Ligue 1 à 18 ans sur la pelouse de La Mosson. Défait (1–3) par les Montpelliérains, il aura l’occasion de se rattraper quelques semaines plus tard face à Nancy (0–0) et disputera également deux rencontres de coupe de France.

Galère, paternité et PSG



À la fin de la saison, le club est relégué en Ligue 2 et Donovan traverse une période difficile. Il retourne en CFA où il n’est aligné que 5 fois. Lors de l’exercice 2012–2013, il retrouve finalement la Ligue 2 à 14 reprises et la coupe de la Ligue pour laquelle il dispute deux rencontres : « On a changé plusieurs fois d’entraîneur des gardiens, ils ont tous apporté quelques choses de différents mais ce n’était pas toujours évident, confie le joueur de 24 ans. Et puis il fallait aussi que je travaille personnellement…  ».

Ce n’est qu’à partir de là qu’il s’installe progressivement dans le but de l’AJA : 19 matches de Ligue 1, cinq de coupe de France et quatre de coupe de la Ligue lors de la saison 2013–2014. Ce sera 18 matches de Ligue 1 et cinq de coupe nationale la saison d’après. Jusqu’à ce que Jean-Luc Vannuchi, alors sur le banc de l’AJA, ne décide en décembre 2014 de lui préférer Geoffrey Lembet pour la deuxième partie de saison : « Je n’ai pas vraiment compris les véritables raison de mon éviction », s’interroge encore aujourd’hui l’ancien Auxerrois.

Reste qu’en ayant plus que la coupe de France à se mettre sous la dent, le Guyanais va réussir avec ses coéquipiers à se qualifier pour la finale face au PSG de Zlatan et Cavani. Une dernière sous le maillot blanc au cours de laquelle il repoussera longtemps les assauts parisiens (cf vidéo ci-dessous) : «  Je voulais sortir sur une bonne note. Cinq jours plus tôt, je devenais papa. J’avais invité toute ma famille, mes amis et mes anciens coachs de Brétigny. On ne perd qu’un zéro, nous avons été solides tactiquement. C’est un bon souvenir  ».

Prendre le large pour rebondir

Sans club, mais fort de sa finale disputée, Donovan Léon aborde la saison 2015–2016 avec ambitions. Avant d’être rappelé à la dure réalité du monde du football. À quelques mois de la reprise du championnat, il est en effet toujours sans contrat : « Après la finale de coupe de France, je ne pensais pas galérer autant, avoue-t-il. J’étais au chômage, aucun club ne m’a sollicité à part le Stade brestois ».
Il pose donc ses valises dans le Finistère en tant que suppléant de Joan Hartock, le gardien titulaire. Avec comme objectif d’exploiter le temps de jeu qu’on lui donnera et de continuer à travailler dans l’espoir de devenir n°1 : « On veut toujours être titulaire car le but est de jouer le plus possible. Mais nous évoluons à un poste particulier où il n’y a qu’une place pour trois. Joan a fait toute la saison dernière en tant que numéro un, c’est normal qu’il soit reconduit cette saison. À moi de répondre présent quand le club fait appel à moi  ».

Actuellement en tête du championnat de Ligue 2 avec le club breton, mais toujours cantonné aux coupes nationales, il est également le capitaine de la sélection guyanaise avec qui il dispute plusieurs matches chaque année. L’occasion de se montrer un peu plus et de bénéficier des conseils d’un célèbre gardien originaire comme lui de ce bout de France coincé entre le Surinam et le Brésil: « Il m’arrive d’avoir Bernard Lama au téléphone, livre le jeune portier. Il m’aide dans certains domaines, notamment sur le plan de la communication. Je dois être plus expressif dans le vestiaire, sortir un peu plus de ma coquille ».

Le 17 ou 18 janvier prochain, pour les 32e de finale de la coupe de France face au FC Fleury 91 (CFA) (match initialement prévu le dimanche 8 janvier mais reporté pour des raisons climatiques), Donovan Léon aura une nouvelle opportunité de prouver qu’il n’est pas arrivé là par hasard : « Ce sera un match plus compliqué qu’on ne le pense, conclut-il. Fleury est une bonne équipe qui a sorti un club de National au tour précédent. Mon passage à Auxerre m’a appris une chose : il n’y a pas de petites équipes en coupe de France ». Avec l’espoir de refouler, un jour, la pelouse du stade de France.

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