Inutile de dire que le Boulevard des Champs Elysées d’Evry n’a rien à voir avec l’avenue du même nom située à Paris. Si magasins de luxe et lumières pimpantes ornent la célèbre avenue parisienne, une grande tour gâche quelque peu le paysage de l’évryenne. Et ce, depuis plus de 4 ans. Depuis le départ de la rédaction, la dite « Tour du Républicain », est à l’abandon. Détenue par la SCI Evry-Elysées, cette dernière, délabrée, taguée, polluée, est pour le moins insécurisée. En mars 2015, une procédure d’abandon a alors été lancée à l’unanimité par la municipalité. Le verdict vient de tomber.

Un projet en devenir

« Le partenaire est défaillant depuis 2 ans. La préfète a déclaré le projet de la ville « d’utilité publique », ce qui permet d’engager l’expropriation du propriétaire », explique Francis Chouat, maire de la ville. « Là, comme par hasard, le propriétaire a réagi. Comme quoi il existait bien. Donc je lui dis les choses clairement, mais il n’a plus la main. C’est la ville qui a la main maintenant ». Municipalité et propriétaire se sont rencontrés, ce dernier s’est engagé à ce que la situation soit au plus vite réglée. Francis Chouat laisse alors jusqu’à fin janvier à la SCI Evry-Elysées pour que la zone soit enfin sécurisée. « Au delà de janvier, j’exercerai mon droit, et je demanderai au juge l’expropriation. Et de là on procédera à l’expropriation, moyennant le prix de l’achat du terrain qui s’élève à 2,2 millions d’euros », précise l’élu alors que le propriétaire en demanderait 6 millions aux potentiels repreneurs.

Déclaré « d’utilité publique » par l’arrêté de la préfète, le projet de la municipalité vise à ce que ce terrain soit utilisé à des fins commerciales. Ainsi, un « Grand Frais » pourrait notamment voir le jour dans les mois à venir. Une ambition d’une envergure respectable, non actée, mais qui devrait susciter des réactions en tout genre dans un quartier pour le moins fréquenté, et qui a déjà connu bon nombre d’interrogations.

Quoiqu’il en soit, que ce projet aboutisse ou non, l’avenir de cette tour s’écrit bien plus qu’en pointillés. D’autant plus que depuis le départ du journal et de ses employés, celle-ci est devenue un véritable terrain de jeu… pour les squatteurs, mais surtout pour les graffeurs et autres street-artistes. Mais si les tags qui ornent la façade de l’immeuble ne semblent rien apporter de plaisant au regard des habitants du quartier, l’intérieur de celui-ci regorge de quelques œuvres bien plus travaillées.

Un spot désormais surveillé

Fifame graffeur depuis de nombreuses années, a lui préféré s’abstenir face à un spot qui aurait pourtant pu paraître attrayant. « Dans le street-art, il y a tous les principes de propriété privées », reconnaît-il. « Quand on fait du vandale, on encourt des amendes, des peines de prison, ça dissuade. Maintenant moi je fais de mon mieux pour trouver une autre utilité sociale au street-art. J’ai arrêté le vandale », explique l’artiste.

L'ancienne rédaction du Républicain devenue espace de jeu des graffeurs (JM/EI)

L’ancienne rédaction du Républicain devenue espace de jeu des graffeurs (JM/EI)

Les membres de Kabana, eux, y ont tagué dans cette tour. C’était il y a trois ans. « Au début, il n’y avait pas de ronde de police. Maintenant c’est interdit », indique l’un des artistes. « J’y suis allé il y a environ 6 mois, et les policiers nous ont gentiment demandé de quitter les lieux », précise-t-il. Issus des Beaux Arts, ces jeunes passionnés de street-art sont sans cesse à la recherche de nouveaux lieux pour graffer. Et si les graffeurs manquent régulièrement d’endroits pour s’exprimer, ils profitent souvent de la moindre parcelle abandonnée pour s’approprier les lieux. « Le Républicain c’était un endroit assez propre pour se retrouver un dimanche après-midi, et décompresser avec ses potes. Si on pouvait s’exprimer dans les rues sans être embêtés, on le ferait », poursuit l’un des trois membres du groupe, tout en reconnaissant les risques parfois insensés que prennent certains graffeurs pour peindre ne serait-ce que leur surnom.

Désormais incessamment surveillée par les forces de l’ordre, la tour du Républicain attend gentiment que son sort soit scellé avant de totalement disparaître du paysage évryen dont elle fait partie depuis environ 50 ans. Les artistes, eux, n’ont plus qu’à trouver un autre terrain de jeu. Nul doute que la négligence et l’apathie de certains leur offrira de quoi les satisfaire, ailleurs.