C’est le cœur emblématique du quartier des Pyramides. Conçue avec l’idée d’en faire un lieu ouvert sur l’art, la Place des Miroirs connait aujourd’hui à sa défaveur les ravages du temps. Squats, trafics, le site est devenu un des lieux les plus délabrés du quartier. Un facteur qui pèse lourd dans la balance lorsqu’il s’agit d’attirer les classes moyennes dans le quartier…

Les Pyramides, un quartier historique d’Evry

Nous sommes fin des années 1960. Portée par le boom des Trente Glorieuses, la France veut se renouveler et créer des villes nouvelles et notamment celle d’Evry. Un concours est donc lancé à échelle nationale pour attirer les jeunes architectes qui peuplent l’hexagone. Parmi des centaines de candidats, ce sont finalement Michel Andraut et Pierre Parat ainsi que leurs équipes qui remportent le concours. Deux jeunes architectes dont le projet donnera naissance, quelques années plus tard, au célèbre quartier des Pyramides d’Evry. « L’idée était de rompre avec l’urbanisme des années soixante qui se constituait essentiellement de tours et de blocs » raconte Jacques Longuet, maire adjoint chargé de la culture et du patrimoine à Evry.

Avec 41,6 hectares de superficie, 3 500 logements, et des systèmes de bus à la pointe, la ville se veut neuve, innovante, et surtout attractive. Le but de la manœuvre étant en premier lieu de désengorger Paris et mettre un terme aux banlieues dortoirs. Et il faut le dire, c’est une stratégie qui se veut très vite efficace. Doté de balcons à chaque logement et d’un cadre de vie agréable, le quartier conquit très vite plus de 50 000 habitants, dont « une grande part issue de la catégorie CSP +, soit des fonctionnaires en majorité » explique Jacques Longuet. Evry, devenue ville nouvelle, se présente alors comme le modèle de modernité à suivre en banlieue.

Seulement voilà, une trentaine d’années plus tard, les choses ont bien changé. « Les Miroirs sont malheureusement devenus une zone de non-droit et de squat » soupire le maire Francis Chouat. La classe moyenne a déserté les lieux, au point de ne devenir presque qu’un vague souvenir dans les rues du quartier. Les bâtiments sont abîmés, les commerces partis en exode. Bien loin de ce qu’on voulait en faire, le quartier des Pyramides est donc devenu un quartier paupérisé, où la mixité n’est plus le mot d’ordre.

Très vite, le ton est donc donné par le maire de l’époque, Manuel Valls : il faut absolument redorer l’image des Pyramides. Une politique ambitieuse que ne manquera pas de reprendre son successeur, Francis Chouat. Depuis, ce sont donc plus de 110 millions d’euros qui ont été investis dans le quartier. Et après la Caravelle et la place Salvador Allende, c’est aujourd’hui au tour de La Place des Miroirs de passer au bistouri.

L’ultime moyen d’attirer la classe moyenne

Il est peu avant onze heures. Sur la place tout de béton des Miroirs, le calme règne étrangement. Difficile de croire que, d’ordinaire, l’endroit est assourdi par les cris des enfants et les aller-et-vient des bus. Car en ce mois d’août, le lieu est presque désert. Presque, car aujourd’hui, ce sont des pelleteuses et des tas de débris en tout genre qui occupent la place.

Les travaux de construction ont commencé il y a maintenant plusieurs semaines. « Le foyer ADOMA et les bureaux ont dû être détruits car cela faisait bien longtemps qu’ils ne correspondaient plus aux normes » nous explique le Maire. De la grande façade emblématique faite de miroirs ne restera donc bientôt que de la poussière et des éclats de verre. Car avec la rénovation du site, c’est bien l’ensemble de l’image des Pyramides que le maire espère bien redorer.

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L’emblématique sculpture Le Déambulatoire de la Place des Miroirs, au milieu des travaux. (LM/EI)

En détruisant la Caravelle pour y installer plus de 193 logements en accession baptisés Jardins d’Isis, Manuel Valls avait la ferme intention de ramener la mixité sociale à l’ordre du jour dans sa commune. Pourtant, quelques années plus tard, force est de constater que le plan est un échec. « Malheureusement, les logements ne se vendent pas pour l’instant. Ce n’est donc même pas en construction, c’est juste une image. » lâche Jacques Longuet. En effet, en un an, seul un acquéreur est allé au bout de la démarche d’accession à la propriété.

Et si ce projet ne se vend pas, pour Francis Chouat, l’explication est simple : « Acheter ici, c’est pour certaines personnes s’endetter pendant 20 à 25 ans faute de pouvoir vendre avant. Il faut envisager sa vie à cette échelle, observer le niveau des écoles, la réputation du quartier et même la sécurité, qui, bien que redressée ces dernières années, ne joue pas en la faveur du quartier » confesse-t-il.

Alors pour redorer l’image des Pyramides, quoi de mieux que de remettre à neuf certains endroits stratégiques ? Située à l’entrée du quartier, la place des Miroirs est un lieu de passage important et incontournable des Pyramides. « A l’époque, il avait été crée avec des plans d’eau pour refléter parfaitement le quartier et lui donner clarté et luminosité » explique Jacques Longuet. Seulement, délabré, mal fréquenté et tristement bétonné, il faut le dire, l’endroit est bien loin de ses ambitions initiales. Alors pour la dernière ligne droite du projet de renouvellement urbain des Pyramides, Francis Chouat à mis la main au portefeuille, puisant dans les dernières ressources offertes par l’Agence Nationale du Renouvellement Urbain (ANRU).

Demain, un nouveau visage pour Les Miroirs

Face aux travaux qui ont débuté Place des Miroirs, nombreux sont ceux qui s’interrogent. « Qu’est ce qu’ils vont faire tu penses ? » entends-on ici, « tu crois qu’ils vont laisser la sculpture ? » demande-t-on ailleurs. Et aussi étonnant que cela puisse paraître, personne ne sait aujourd’hui réellement à quoi ressemblera la place demain. Une chose est sûre, elle sera refaite à neuf. Car le premier objectif de l’opération, c’est avant tout d’accueillir le bus TZEN 4, prévu pour remplacer l’actuelle ligne 402.

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La station de bus des Miroirs sera rénovée pour accueillir le bus TZEN 4. (LM/EI)

Seulement, pour cela, il faut entièrement détruire la station de bus des Miroirs, sur laquelle reposent des bureaux désaffectés. « On ne peut pas refaire la gare en dessous sans régler ce qu’il se passe au dessus. Le principe sur lequel nous sommes, à approfondir de manière concertée, est donc de démolir la dalle totalement« , raconte Francis Chouat, maire de la ville. Mais si le projet reste encore flou, c’est parce que ce dernier est encore en cours de discussion.

Dans son rapport datant de juillet dernier, le conseil de quartier assure en effet que « les habitants seront entièrement impliqués dans la réhabilitation du quartier » et que d’autres réunions seront organisées, notamment en automne. Des concertations qui pourront durer jusqu’en 2017, le début de la construction étant fixé au mois de juillet prochain. Quelques éléments ont toutefois d’ores et déjà été déterminés : Selon Francis Chouat, l’emblématique oeuvre d’art Le Déambulatoire sera conservée et le pont en forme de génome, qui avait récemment accueilli les œuvres street-art des enfants des Pyramides, sera lui remplacé par une autre passerelle accessible aux personnes à mobilité réduite.

La peau neuve des Miroirs, de concert avec toutes les autres rénovations du quartier sera-elle suffisante pour attirer enfin la classe moyenne dans ce quartier résolument snobé d’Evry ?