C’est l’appréhension à Juvisy-sur-Orge. Depuis quelques mois, des habitants sont de plus en plus inquiets à cause de la révision du PLU (Plan Local d’Urbanisme). Depuis un an et demi, le maire et la municipalité revoient leurs plans qui commencent à dater. «  Le dernier plan remonte à 10 ans  », justifie Robin Reda, maire de Juvisy.  Après avoir présenté son projet de révision, une enquête publique a été lancée afin de connaître l’avis des habitants de la ville sur cette révision du PLU. Une chose est sûre, elle ne fait pas l’unanimité. Depuis le lancement de l’enquête publique, débutée le 11 avril et qui s’achève le 17 mai, plusieurs quartiers se mobilisent afin que leurs rues soient préservées.

C’est le cas du quartier des Belles-Fontaines qui, depuis quelques temps, se rassemble afin de créer un mouvement contre la révision du PLU qui touche, en particulier, ce secteur. En effet, avec la création de l’établissement public territorial 12 (EPT12), la commune n’aura demain plus la main sur les décisions en terme d’urbanisme, et dans bien d’autres domaines. Pour autant, les habitants sont mécontents et veulent le faire savoir. Dans le quartier des Belles-Fontaines, c’est la stupéfaction et l’inquiétude qui règnent.

Un quartier en émoi

Jolis pavillons, proche du centre-ville, l’Orge non loin de là et N7 accessible, le quartier des Belles-Fontaines ferait rêver plus d’une famille. « C’est vrai que c’est un quartier en vogue et assez prisé à Juvisy par son emplacement  » informe Claire Castets, habitante de l’une de ces rues. Pourtant, depuis quelques mois, la tranquillité n’est plus. Depuis l’annonce de la révision du PLU, le quartier est en effervescence. « On nous a présenté le projet et on trouvait ça plutôt pas mal, il fallait bétonner, mais c’est normal avec toutes les lois qui sont sorties notamment la loi ALUR » poursuit-elle. Pourtant, début mars, un voisin s’inquiète en relisant la révision de ce PLU. « On a été alerté par l’un de nos voisins : dans ce plan, ils veulent changer le plan de zonage, ce qui n’avait pas été évoqué » confie Claire Castets.

Cette modification de zonage concerne la parcelle se situant au bout de leurs rues où se trouve actuellement un centre de loisirs. Ainsi, la municipalité souhaite transformer cette parcelle en « UCV1 » permettant ainsi la construction de logements collectifs de cinq étages. C’est la consternation pour ces habitants du quartier. « Le maire ne l’avait pas évoqué textuellement, on a eu l’impression que ça voulait être caché » continue Claire Castets. De plus, le terrain où se situe le centre de loisirs est utilisé par tous les usagers du quartier. « Il y a un terrain de basket où les enfants peuvent jouer. C’est un vrai coup de massue  ». Ainsi, ils ne souhaitent pas que de petits immeubles viennent « décorer » leurs rues car cela entraînerait de nombreuses nuisances : problème d’accès, pas dans l’esprit de ce quartier et trop peu de parkings à disposition, mais également l’abattement d’arbres qui servent, actuellement, de mur anti-bruit contre la N7.

C’est la stupéfaction donc. « L’objectif de la mairie est de vendre ce terrain à des promoteurs, mais nous nous opposons à la construction de bâtiments. Le maire voulait garder cet esprit village dans notre ville et c’est à l’opposé de ce qui a été présenté », tonne la riveraine qui s’est constituée en association avec d’autres habitants du quartier, prénommée « Village des Belles Fontaines ». « 85% des habitants du quartier y adhèrent déjà, poursuit Claire Castets. Notre démarche n’est pas du tout politique, nous voulons ce qu’il y a de mieux pour notre quartier. Je ne pense pas que construire des immeubles de cinq étages va valoriser le secteur ». 

Une révision peu approuvée

Bien que le désaccord soit certain, l’association n’est pas fermée au dialogue et souhaite, au contraire, travailler le plus possible afin de trouver la meilleure solution. Afin que la pression reste la même, les habitants décident de mettre des banderoles sur leur maison. « Ce n’est pas vraiment habituel à Juvisy. Mais on se sent pris en otage et je pense qu’il y a un réel objectif financier », lance Claire Castets. « On tient vraiment à garder cet esprit village »

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Ce ne sont pas les seuls habitants à s’opposer à ce projet. En effet, d’autres quartiers ne voient pas d’un bon oeil la révision de ce PLU. «  Il y a déjà 160 pages de personnes qui s’opposent à d’autres projets ». L’opposition est, elle aussi, indignée. «  Retour aux folles années avant 1971 où, après avoir livré le « quartier Seine » aux spéculateurs, seul un changement de municipalité a empêché que les superbes parcs aux oiseaux et Ducastel soient sacrifiés pour des lotissements », affiche sur Facebook Etienne Chaufour, ancien maire de Juvisy. Une chose est sûre : les habitants du quartier des Belles-Fontaines sont prêts à aller loin. « Si le PLU est adopté tel quel, nous attaquerons en justice », assure Claire Castets. « On ne veut pas lâcher et nous sommes déterminés  ». 

Une municipalité tiraillée

Pour Robin Reda, le maire de la commune, cette enquête publique est très importante. «  L’urbanisme appartient aussi aux habitants. La municipalité et moi-même tiendrons compte de ce qu’ils en disent mais également du rapport d’enquête ». Le dialogue est d’ailleurs établi entre le quartier des Belles-Fontaines. Mercredi 11 mai s’est tenue une réunion entre le maire et l’association. L’occasion de partager leurs inquiétudes et d’écouter ce qui va se passer par la suite.

Cette révision est nécessaire d’après le maire. Un PLU vieillissant doit être remis au goût du jour. « Avec les lois, on nous impose de construire des logements » affirme-t-il. Ainsi, il a fallu, pour le maire, distinguer les terrains constructibles pour donner de la valeur aux parcelles. « Dans ce cas, il y a possibilité de recettes et ce n’est pas négligeable en cette période difficile ». Pourtant, aucune décision n’est prise assure Robin Reda. Le jeune maire ne compte « pas utiliser le 49.3  » pour valider ce PLU.

L’enquête publique sera l’occasion d’écouter les habitants concernés afin de « satisfaire tout le monde ». Le maire reste, toutefois empathique et comprend le ressenti des habitants des Belles-Fontaines. « Si on ne fait pas une session du terrain avec le centre de loisirs, on « s’asseoit » sur 4 millions d’euros. C’est un risque  » confie-t-il. « Je le comprends bien, mais il faut que le porte-monnaie commun et le paysage commun s’accorde  ». Pour l’heure, aucune décision n’a été prise. L’enquête publique permettra d’éclairer un peu plus le maire. « Je peux dire que la concertation est le pilier de la municipalité et je suis sensible à ce que disent les habitants  ».

Fin de l’enquête publique dans moins d’une semaine, le 17 mai. Avec des habitants déterminés et une révision du PLU qui ne reçoit pas l’unanimité, le débat sera encore long et tumultueux.