C’est une journée chargée en symboles qu’ont vécus ces 60 élèves du lycée Robert-Doisneau de Corbeil-Essonnes, ce jeudi 15 décembre. À l’initiative de l’Office de Tourisme à Corbeil-Essonnes et de Pascaline Brabant, professeure de français et d’histoire-géographie du lycée, des élèves de bac pro électronique et une classe de première SES (sciences économiques et sociales) ont pu visiter quatre lieux de culte durant la journée. C’est dans le cadre des cours que ce projet s’est construit. En leur faisant étudier le siècle des Lumières, Pascaline Brabant a choisi pour angle d’attaque « les philosophes des Lumières contre l’intolérance et le fanatisme ». La visite s’est imposée à ce moment précis puisque cela tombait en même temps que l’étude de la « la République et le fait religieux », au programme des cours d’histoire-géographie qu’elle dispense également : « Comme Evry est une ville cosmopolite avec tous ces lieux de culte, je voulais absolument organiser cette sortie. De plus avec les attentats, le terrorisme, les publicités contre le radicalisme… Les élèves posaient des questions et je ne voulais plus éviter le sujet ».

À 9 heures du matin, c’est par la mosquée d’Evry-Courcouronnes, dont on aperçoit le minaret de la route nationale 104, que la journée a débuté. Haute de vingt-cinq mètres, la fameuse tour surplombant le restant de l’établissement religieux, est impressionnante. Dès l’entrée, la décoration orientale fait scintiller des yeux : « C’est très beau », peut-on entendre parmi le groupement d’élèves. Si le groupe, qui comporte 60 lycéens, peut paraître imposant par son nombre, il paraît pourtant tout petit dans cette mosquée qui fait partie des plus grandes de France et qui accueille chaque vendredi près de 5 000 fidèles et plus 10 000 à l’occasion des deux fêtes annuelles. Les ornements des plafonds, majoritairement faits à la main, ajoutent à la beauté du lieu un côté calme et reposant. Mustapha Gauthier, l’intervenant à la mosquée d’Evry s’adonne à des explications. C’est à ce moment-là que les questions fusent : « Pourquoi y a-t-il cinq prières par jour ? Quelle est la plus importante des cinq ? Comment est apparue la religion musulmane ? », les élèves attendent des réponses. Au fil de la visite, l’intervenant fait au mieux pour essayer de satisfaire la curiosité des élèves.

« Ils ont été bluffés, c’est dépaysant  »

Il est bientôt 10h, l’heure de se rendre à la cathédrale est venue. S’il est possible de dépasser un peu l’heure de visite prévue, il faut toutefois se dépêcher puisqu’il reste trois autres lieux de culte à voir. La fameuse cathédrale, dont le toit se compose d’une couronne de 24 arbres, impressionne. Avant d’y pénétrer, le groupe observe son architecture extérieure, ses briques rouges parfaitement alignées : « Elle est design », s’étonne même l’un des garçons du groupe. Bien qu’au préalable, le groupe avait préparé une liste de questions qui ont directement été transmises à, Michel Desbruyères, l’intervenant avant la visite, les jeunes ne s’y cantonnent pas, des tas d’autres questions leur viennent sur le moment. Le bénévole qui assure la visite, un ancien professeur d’histoire, donne de nombreux détails sur les habitudes des pratiquants, l’histoire du lieu vieux de 20 ans et même au sujet de sa conception architecturale. Les encadrants regardent discrètement leur montre. Il est presque 11 heures, le bénévole termine sa visite et les élèves semblent repartir satisfaits.

Les élèves de Bac pro électronique et de première SES devant la cathédrale d'Evry

Les élèves de Bac pro électronique et de première SES devant la cathédrale d’Evry

Vient l’heure de la très attendue visite de la pagode Khánh Anh d’Evry. Visible de la route nationale 7, cette pagode bouddhiste vietnamienne, la plus grande d’Europe, attise la curiosité.

Il aura suffi d’une petite minute, à la sortie du bus devant l’établissement, pour capter l’attention des jeunes : « Ils ont été bluffés, c’est dépaysant  », s’est réjouie leur professeure de français et d’histoire-géographie, madame Brabant. Il faut retirer les chaussures avant d’entrer dans l’enceinte de la pagode, personne ne bronche, bien au contraire. Les appareils photos et portables sont de sortie à la vue des décorations symboles de la religion bouddhiste. La grande statue du Bouddha centrée au fond de la pièce principale impressionne. Si le groupe reste attentif aux explications du bénévole, quelque chose attire leur regard et soulève quelques questions… Une boîte de Ferrero Rocher trône devant la statue, sur l’Autel, aux côtés d’autres sucreries. « Que font-ils ici ?  », voilà une question qui a fait sourire l’intervenant, qui finit ensuite par expliquer que c’est un présent déposé par l’un des fidèles. Après la visite des salles de prières, retour à la pièce principale. Un des moines de la pagode souhaite faire une photo du groupe. S’ils s’attendaient à partir remettre leurs chaussures après cela, les élèves ont été surpris de voir ce qui les attendait : un Vénérable est allé à leur rencontre. En entrant dans la salle, habillé de la robe propre au culte, le Vénérable a fait sensation auprès de l’assemblée. Il a finalement souhaité ces meilleurs vœux de santé aux visiteurs avant de retourner à ses occupations. Tout le monde part en pause déjeuner après la visite de ces trois lieux de culte avec des souvenirs plein la tête.

« La magie a opéré car l’interlocuteur était charismatique »

Il est près de 14 heures, le temps pour le groupe de se rendre au dernier lieu du circuit, la synagogue de Ris-Orangis. L’Etoile de David en néon, située juste au-dessus de l’Arche sainte en fait gentiment sourire quelques-uns. C’est l’illustre Michel Serfaty qui assure la visite du lieu et la présentation de la religion et ses préceptes. Rabbin de la communauté de Ris-Orangis depuis 1985, il a su conquérir son assemblée : « La magie a opéré car l’interlocuteur était charismatique », a constaté Pascaline Brabant. Il faut dire que ce n’est pas la première fois qu’il s’adonne à ce genre d’exercice : « Je reçois des classes de collégiens et de lycéens depuis des années  », nous a-t-il confié.

Michel Serfaty n’hésite pas à ajouter des notes d’humour à son récit, face à un auditoire attentif et amusé. Vient alors l’heure des questions. Elles fusent, le rabbin tente de cadrer la discussion, d’équilibrer la séance, de donner la parole à tout le monde. Finalement, à  la première question « Comment Dieu se manifeste-t-il ?  », la réponse ne se fait pas attendre : « Par cette rencontre entre vous et moi par exemple. Si nous sommes tous là, c’est que Dieu le veut », s’est exprimé le rabbin, également président d’associations. Les élèves sont curieux, ils veulent aussi parler de circoncision et de shabbat, des principes fondamentaux du judaïsme. Durant toute la visite, qui a duré plus de temps que l’heure initialement prévue, les élèves se sont montrés attentifs et intéressés : « L’impression classique qui se dégage est presque toujours celle de la découverte. Avant d’entrer à la synagogue, ils portent en eux des préjugés ou le plus souvent une réelle ignorance. Quand ils en sortent, ils repartent avec quelques bribes d’informations  », selon Michel Serfaty, qui a terminé son exposé sur une note positive : « J’ai le sentiment que la majeure partie des élèves ont retenu quelque chose  ».

synagogue-visite

À l’issue des visites, Pascaline Brabant s’est vivement réjouie du déroulement de la journée : « Ça donne envie de continuer à faire des projets car les élèves réagissent bien à tout cela ». De leur côté, les élèves paraissaient satisfaits, parlaient entre eux de ce qu’ils venaient de voir, de ce à quoi ils venaient d’assister. Bruno, 16 ans, s’est montré très enjoué : « Tout ça m’intéresse, je suis curieux. J’ai trouvé ça très sympa car, par exemple, je ne connaissais pas la pagode et je n’étais jamais rentré dans une synagogue. Pour la mosquée et la cathédrale, même si je les connaissais déjà, ça m’a fait plaisir d’y aller. On apprend des tas de choses ». Si Bruno a grandement apprécié le circuit, il n’a pas été le seul : «  Ils m’ont tous dit qu’ils étaient ravis de faire ça, d’autant que ce sont tous des monuments que l’on voit tous les jours sans pour autant être déjà rentré dedans. Ça lève une sorte de mystère. Ils ont compris pourquoi on a fait ces visites », a pu observer Pascaline Brabant. Les élèves du lycée Robert-Doisneau de Corbeil-Essonnes ne s’arrêteront pas à ces visites des différents lieux de culte, un travail de fond va être effectué sur les jours à venir : « On va continuer notre travail de recherche autour des questions sur les religions. Nous allons continuer à échanger par mail avec les bénévoles et représentants de culte pour finalement écrire un article sur toutes les similitudes qu’il peut y avoir entre les religions  ».