Deux tours jaune-orangées, des ornements dorés, une toiture typique de l’architecture asiatique. Tous ceux qui ont emprunté la Nationale 7 en direction de Corbeil-Essonnes l’ont forcément aperçu. Située à proximité du quartier du Parc aux Lièvres, la grande pagode Khanh-Anh d’Evry est aujourd’hui le siège de la Congrégation bouddhique vietnamienne unifiée en Europe. Pourtant, elle ne jouit pas encore du rayonnement que son statut devrait lui conférer. Et pour cause.

Pour s’y rendre, il faut d’abord emprunter la rue François Mauriac jusqu’à son terme, avant de tenter de trouver une place sur… le parking de la résidence voisine. Visiteurs et fidèles passent donc par la porte de derrière, faute d’une entrée principale pourtant prévue au début de la construction : « Le grand portail d’entrée a été posé, il donne sur la cour de la pagode, explique Loc, guide d’un jour et habitué des lieux. Mais de l’autre côté, il s’ouvre sur l’accotement de la N7… Un rond-point devait-être aménagé pour permettre de dégager l’entrée mais rien n’a été fait, faute de moyens ».

Si les premières études de construction débutent en 1992, l’édification de la pagode va en effet connaître plusieurs péripéties. Entièrement financée par des dons privés, sa réalisation va prendre plusieurs années de retard, notamment parce que les normes de construction ne vont pas cesser d’évoluer : « Il a fallu détruire et reconstruire à plusieurs reprises, se souvient Loc. Les tuiles ont également été posées par des spécialistes venant de Chine. Heureusement, depuis le visa d’exploitation obtenu l’été dernier, tout va pouvoir rester en état ».
En partie inachevé, l’édifice de 4 000 m2 est officiellement inauguré par le Dalaï Lama le 12 août 2008. Il sera désormais lieu de culte, de recueillement mais aussi de formation.

Le temps de la prière…

Une fois dans l’enceinte du temple, il faut franchir une quarantaine de marches et se déchausser pour entrer dans la salle de prières. Vaste de 550 m2, chauffée par le sol, elle peut accueillir jusqu’à 1 500 personnes et constitue le cœur de la pagode. Au fond de la salle, se dresse une statue de Bouddha en position du lotus. Fabriquée en Thaïlande, elle est haute de 4 mètres et lourde de 5 tonnes.

Fabriquée en Thaïlande et recouverte d'or, la statue de Bouddha mesure 4 m et pèse 5 tonnes (MB/EI).

Fabriquée en Thaïlande et recouverte d’or, la statue de Bouddha mesure 4 m et pèse 5 tonnes (MB/EI).

Recouverte d’or, elle trône majestueusement devant un hôtel rempli de fleurs, de coupes de fruits, et entouré de deux instruments de prière dont le Poisson de bois. Selon la légende, il s’agirait d’un poisson géant puni pour avoir avalé les livres sacrés du Bouddhisme. Transformé par Bouddha en instrument de musique sur lequel les moines battent la mesure de leurs prières, il recracherait ainsi les textes sacrés. « La prière est ouverte à tous le dimanche de 11h30 à 12h30, précise Loc. Le reste de la semaine, elle a lieu le matin vers 6h, l’après-midi, puis dans la soirée. Elle est alors réservée aux cinq moines vivant quotidiennement au sein de la pagode ».

… puis du recueillement

De part et d’autres de la salle de prières, un escalier permet d’accéder à l’autre pièce majeure de l’édifice : celle du recueillement. Dédiée aux fidèles décédés, son sol est revêtu d’un tapis bordeaux symbolisant la couleur du sang. Au centre de la pièce, un portrait du Vénérable Thich Minh Tam (1940 à 2013), fondateur de la pagode, veille sur l’âme des disparus. A ses côté, deux panneaux sur lesquels sont affichés leurs photos : « Dans la religion bouddhiste, l’âme d’une personne décédée reste avec ses proches 49 jours avant d’être réincarnée, raconte Loc. Les gens disparus depuis peu sont représentés au pied des panneaux, dans des cadres plus récents et plus grands, pour que leur famille puisse les accompagner vers leur nouvelle vie ».

Le Vénérable Thich Minh Tam, fondateur de la pagode décédé en 2013, est arrivé en France à l'époque des boat-people. Un monument lui rend hommage (MB/EI).

Le fondateur de la pagode est arrivé en France via les boat-people. Un monument en forme de bateau lui rend hommage (MB/EI).

Devant le portrait du Vénérable fondateur, ses objets personnels ont été conservés tels son collier, sa tunique ou encore sa coiffe. Ses cendres, conformément à la tradition bouddhiste, reposent de leur côté dans l’une des deux tours, appelées stûpa, qui encadrent la pagode : « Il s’agit de la plus petite, celle qui donne sur la N7, indique Loc. Elle est haute de 18 m, soit sept étages, et accueillera les cendres des autres prêtres lorsqu’ils viendront à décéder ». La seconde tour, plus grande d’un étage, est quant à elle dédiée aux cendres des fidèles qui souhaitent reposer au sein du temple : « Elle est ouverte le dimanche et les prières y sont diffusées en continu », poursuit le guide. D’origine vietnamienne mais chrétien catholique, il vient depuis plusieurs années veiller sur les cendres de sa belle-mère : « Ça fait 3 ans que je fréquente la pagode, confie-t-il. Je ne me suis jamais converti mais je m’y suis adapté, j’y ai découvert une autre façon de vivre ».

 « Dans la religion bouddhiste, l’âme d’une personne décédée reste avec ses proches 49 jours avant d’être réincarnée » (MB/EI).

« Dans la religion bouddhiste, l’âme d’une personne décédée reste avec ses proches 49 jours avant d’être réincarnée » (MB/EI).

« Compatible avec toutes les religions »

Religion pour les uns, philosophie pour les autres, le Bouddhisme ne laisse pas indifférent. Loc, lui, a son idée sur la question : « J’ai commencé à fréquenter la pagode par le biais de la famille de ma femme, comme un simple visiteur, expose-t-il. Je donnais parfois un coup de main ». Jusqu’à sa rencontre avec le Vénérable Thich Minh Tam : « J’échangeais souvent avec lui, on parlait de religion mais pas seulement. Je m’intéressais au bouddhisme, à sa philosophie de vie harmonieuse. Je crois que c’est une façon de penser compatible avec toutes les religions ».

Si Loc ne s’est pas converti, il a fait siennes un certain nombre de réflexions qu’il applique quotidiennement : « On ne vit pas réellement ce que l’on est, on maquille souvent notre comportement, les influences extérieures nous changent ». Et de prendre en exemple une métaphore transmise par le créateur de la pagode : « Vous êtes sur une barque quand tout à coup quelqu’un sur une autre barque vous rentre dedans sans le vouloir. Vous allez surement mal réagir et vous énerver. Maintenant, imaginez que cette même barque vous percute, mais qu’il n’y ait personne dedans. Comment allez-vous répondre ? Surement de manière plus calme. Et bien c’est pareil dans certaines situations de la vie. Pour un même phénomène, nous allons réagir différemment suivant qu’on prenne ou non en compte les interférences extérieures ».

Le Bouddhisme, dont l’idéologie principale est d’estimer que la souffrance vient de l’attachement, du désir, des pulsions et de la dépendance que cela entraîne, serait donc une façon de se faciliter la vie, de relativiser, de vivre plus simplement ? C’est en tout cas le point de vue de Loc : « Le Vénérable m’a offert un bracelet fait de perle de bois en me disant ‘’Regarde-le et ça t’apaisera’’. Je le fais tous les jours et ça marche… », conclut-il.

La pagode d'Evry compte deux tours, appelées stûpa. Elles accueillent les cendres des moines et des fidèles décédés (MB/EI).

La pagode d’Evry compte deux tours, appelées stûpa. Elles accueillent les cendres des moines et des fidèles décédés (MB/EI).

Outre la formation des jeunes moines, la pagode d’Evry ouvre ses portes aux visiteurs qui souhaiteraient découvrir le Bouddhisme. En plus de la prière le dimanche matin, les moines invitent également les participants à un repas traditionnel organisé dans la foulée. Prochainement, un cabinet de médecine traditionnelle devrait même voir le jour, il proposera gratuitement des séances d’acuponcture.

Quatrième religion en nombre de pratiquants, le Bouddhisme se divise en 18 branches différentes et compte aujourd’hui plus de 400 millions de fidèles à travers le monde.

L’Essonne c’est culte

Temps de prière ouvert au public le dimanche de 11h30 à 12h30.
Repas traditionnel sur place ou à emporter tous les dimanches dès 12h30, sur réservation au 06 62 74 95 30 (10 euros par personne).
Pour les visites, renseignement sur www.office-tourisme-essonne.com et au 01 64 96 23 97