Ce mardi soir, la première saison de la série à succès « La CAVYVS » (Ndlr : communauté d’agglomération Val d’Yerres Val de Seine) qui tient en haleine plusieurs centaines de personnes depuis le début d’année a touché à sa fin. Et pour le final de cette première saison, les rebondissements, les revirements de situation, les moments de tension et les phrases-chocs étaient au-rendez ; âmes sensibles s’abstenir. Comme tout au long de cette année, l’ultime épisode avait comme toile de fond le fil rouge de la première saison, à savoir le fameux protocole financier, sans qui cette agglo nouvellement née ne peut fonctionner comme il se doit. Et pour ce dernier acte, les acteurs principaux de la série ont été les rois du suspense concernant la signature tant attendue du protocole. Signeront ? Signeront pas ? Signeront peut-être ? Bref, tant de possibilités qui font que cet épisode valait le détour. Retour pour ceux qui  l’ont manqué sur les grands points de cette soirée.

Les élus du Val de Seine sont là

Ce mardi soir donc, les 70 acteurs de la CAVYVS étaient attendus à la Grange du Bois de Yerres, non loin de la très réputée Maison Caillebotte. Au programme de cette soirée, deux ordres du jour. L’un d’eux n’avait pas besoin du quorum, c’est-à-dire de la moitié des élus plus un (Ndlr :36 élus dans leur cas) pour se tenir. C’est d’ailleurs par celui-ci que devait commencer cette soirée sur les coups de 20h. Or, à l’heure des grands JT, seuls les instruments de musique résonnaient dans les salles adjacentes de celle où se tenait le conseil. En effet, quelques élus sont là, une grosse vingtaine à vrai dire. Chacun garde les yeux rivés sur la porte d’entrée pour apercevoir l’identité de ceux qui entrent. « Vont-ils venir ce soir ? », c’est la question que se posent les élus de l’ex-Val d’Yerres ou CAVY (Brunoy, Epinay-sous-Sénart, Quincy-sous-Sénart, Crosne, Yerres, Boussy-Saint-Antoine) qui assistent au boycott en règle des élus de la majorité du Val de Seine ou CASVS (Montgeron, Draveil, Vigneux) depuis le 26 septembre dernier. Soudain, certains ouvrent de grands yeux. « Trois élus de Vigneux sont là », lâchent quelques conseillers. Mais quelques minutes plus tard, alors que Nicolas Dupont-Aignan, le président de la CAVYVS entre en salle – et en scène –, ceux-ci ont disparu comme par magie. « Les meilleures négociations sont celles qui se font dans l’urgence », lance un Nicolas Dupont-Aignan quelque peu tendu à l’ensemble de ses collègues présents dans la salle. « Attendez encore trois minutes avant de commencer », poursuit celui qui est également maire de Yerres en s’éclipsant par un couloir.

Seulement, un quart d’heure après, toujours rien. Les collaborateurs d’élus et autres directeurs de cabinet s’affairent dans tous les sens. Chacun vient parler discrètement à des élus qui une fois la discussion finie, prennent le même chemin que Nicolas Dupont-Aignan. Les maires d’Epinay-sous-Sénart et Crosne se dirigent vers le couloir à leur tour. Que se passe-t-il au fond de ce couloir ?

Les élus du Val de Seine sont là, réunis devant une pièce dont la porte est close. Seuls les directeurs de cabinet sortent et rentrent, tels des messagers. À l’intérieur se trouvent notamment réunis les maires de la CAVY et Sylvie Carillon et Serge Poinsot, respectivement maire de Montgeron et Vigneux ou encore François Durovray, le Président du Conseil départemental de l’Essonne et premier adjoint à Montgeron. La voix de ce dernier porte si loin qu’il est facile de comprendre que les échanges sont âpres et rugueux. « Il n’y a pas un point qui est accepté ! », raille-t-il à propos du fameux protocole financier. « À vous de voir, maintenant », lance Nicolas Dupont-Aignan avant de quitter la salle pour ouvrir le conseil du jour.

Les négociations de la dernière chance

 

De retour dans la salle, celui-ci entame l’ordre du jour à 20h50, pendant qu’à quelques mètres de là, les élus du Val de Seine discutent encore des propositions de protocole financier laissées par le président de la CAVYVS. Comme de véritables témoins des négociations entre les deux salles – ou deux camps –, les collaborateurs d’élus n’en finissent plus avec leurs allers-retours, vers NDA qui profite de chaque intervention d’autres membres du conseil pour prendre des nouvelles de ce qui se dit dans l’antichambre. Certains maires comme Romain Colas (Boussy-Saint-Antoine) ou Bruno Gallier (Brunoy) n’hésitent pas à prendre congés de ce premier conseil communautaire pour intervenir dans les négociations aux côtés des ex-Val de Seine. « On n’a jamais été aussi proche d’un accord » assure alors Romain Colas au détour d’un couloir. « Comme pour l’élection d’un pape, on devrait bientôt avoir la fumée blanche. Mais pour l’instant je dois reconnaître qu’elle est plutôt grise », souffle un directeur de cabinet de la CASVS.

Après en avoir fini avec les premiers points de l’ordre du jour, Nicolas Dupont-Aignan vient en personne dans la salle des négociations. Celui-ci en ressort rapidement et fait signe qu’il est confiant. À l’inverse, la plupart des élus ressortent de la salle en laissant échapper de longs soupirs, CASVS et CAVY confondues, signe que rien n’est encore fait.

Soudain, alors qu’on ne les attendait plus, les élus de la majorité de la CASVS entrent dans la salle du conseil et s’installent à leur place. Des bruits courent : « Ils ont signé le protocole », murmure-t-on dans la salle, tantôt sur un air affirmatif, tantôt sur un air interrogatif. Les visages restent tout de même fermés. Les élus sont ainsi presque tous au complet, seuls les élus de Draveil, dont le maire Georges Tron, manquent à l’appel. « Nous avons son pouvoir », clame Sylvie Carillon.

CAVYVS : Ton univers impitoyable

« Vous signez ou vous ne signez pas ! »

Les négociations semblent donc enfin avoir débouché sur un accord. Un accord attendu depuis près d’un an et demi, date des dernières évolutions du périmètre du schéma régional de coopération intercommunale qui entérinait la fusion des deux agglos. Bref, un moment historique pour cette nouvelle entité. Pour autant, il va encore falloir attendre quelques heures pour avoir le fin mot de l’histoire sur ce dossier, puisque Nicolas Dupont-Aignan propose d’évoquer le protocole financier à la toute fin de l’ordre du jour, au 41ème point de la séance. Une décision accueillie par une certaine bronca des élus communautaires qui voulaient en savoir plus. Mais finalement, l’ordre du jour est entamé afin « de permettre aux services de l’agglo de fonctionner », insiste NDA.

Minuit et demi dépassé de quelques minutes, le point concernant le protocole financier pointe le bout de son nez. C’est là que les esprits vont s’échauffer. Après avoir indiqué les grandes lignes de ce protocole, concernant le lissage de la cotisation foncière des entreprises (CFE) ou encore le nombre d’années d’attribution de compensation, Nicolas Dupont-Aignan annonce fièrement que ce texte a été signé par cinq maires sur six du Val d’Yerres, la maire de Quincy étant absente ce soir-là. Toutefois, personne ne l’a encore signé du côté du Val de Seine. « Nous avons passé trois heures à débattre sur des virgules, si les maires sont d’accord, qu’ils le signent maintenant », explique-t-il à l’assemblée. « Nous sommes pour ce protocole. Cependant, avant de le signer, nous aimerions le faire connaître aux différents élus qui n’en ont pas eu connaissance, car il a été modifié il y a quelques minutes encore », répond Sylvie Carillon, se tournant notamment vers les membres de l’opposition, désireux de voir ce qui est mentionné dans ce document. « Assez joué, nous ne sommes pas des pantins ! », tacle NDA.

François Durovray, Serge Poinsot, Georges Tron et Sylvie Carillon sont prêts à saisir Manuel Valls (JL/EI)

Serge Poinsot deuxième en partant de la gauche a signé le protocole (JL/EI)

Après une heure de questions-réponses autour de la signature du document, Serge Poinsot demande à prendre la parole. « Depuis plusieurs mois, chacun d’entre nous en a ras-le-bol de ce qui se passe ici. Alors, ce que je vais faire ne va pas faire plaisir à Sylvie (Carillon) et François (Durovray), mais ce soir je vais prendre mon stylo et je vais signer ce protocole ». « Je te remercie Serge d’être le premier maire de l’ex-CASVS à signer », s’empresse alors de répondre NDA devant les élus de Montgeron visiblement agacés par ce geste. De quoi délier les langues et Nicolas Dupont-Aignan en profite. « De toute façon, Madame Carillon ne veut pas signer cet accord. Elle veut garder une marge de manœuvre politique d’ici la signature ». Ce à quoi la maire de Montgeron choisit de quitter la salle, excédée par ce qui est avancé par le président de la CAVYVS.

Ça se fissure à la CASVS ?

Malgré les appels du pied oppressants de Romain Colas, le protocole ne sera pas signé ce mardi soir – ou plutôt ce mercredi matin – par les élus de la CASVS, ni même voté. « On est condamné à vivre ensemble. Je ne me sens pas en capacité de rentrer chez moi sans que nous ayons pris cette décision ». Mais en vain.

Seul lot de consolation, la cotisation foncière des entreprises (CFE) a été mise au vote. « Nous aurions dû la voter avant le 30 septembre », fait remarquer NDA. « Nous souhaitons juste que dans cette délibération soit mentionnée que les recettes supplémentaires de la CFE seraient reversées aux communes de la CASVS », lance alors François Durovray, mais le président de la CAVYVS n’a pas voulu donner suite à cette demande, se référant au protocole. La CFE a ainsi été adoptée sur sa base minimum maximale, ce qui signifie un lissage sur 10 ans qui sera prélevé sur les entreprises de la CASVS notamment. Une proposition non soutenue par l’opposition qui s’est abstenue ou qui a voté contre à l’image de Christophe Joseph (MRC) qui souhaitait un taux moyen pondéré avec lissage. « C’est du racket », conclut-il.

Ainsi, reste maintenant à voir si le protocole financier sera approuvé par les neuf maires de la CAVYVS d’ici janvier 2017. Quoiqu’il en soit, les décisions de ce mardi 13 décembre, et notamment de Serge Poinsot peuvent montrer un possible début de fissure au sein de l’ex-CASVS. Le camp de Nicolas Dupont-Aignan serait-il en train de remporter la partie ? La réponse dans la saison numéro 2 de « La CAVYVS », dès janvier 2017 sur vos écrans.