C’est un projet très intéressant qui a vu le jour au collège Senghor de Corbeil-Essonnes. Durant toute l’année scolaire, des élèves ont travaillé sur un projet appelé « Image de l’enfant et propagande ». Cette installation vidéo est l’accomplissement du travail « Education aux médias » mené par l’association Marianne Films avec une classe de 5e et conduit en coopération avec deux enseignants du collège.

Un projet qui a un but précis et passionnant. En effet, il va expérimenter différents dispositifs pédagogiques afin de susciter l’esprit critique des élèves face aux médias et en particulier sur internet. Il n’est pas rare, pour des élèves de cet âge, de tomber dans le piège de la « fausse information ». A l’heure où l’information sur internet se répand comme une trainée de poudre, le projet veut mettre en garde les adolescents qui ne sont pas assez vigilants sur ce qu’ils peuvent lire ou voir.

Ainsi, pendant toute l’année scolaire et tous les 15 jours, des intervenants, tels que des artistes ou des journalistes, ont travaillé en classe sur différents ateliers : montage vidéo, art vidéo, analyse et recherche d’informations sur internet, déconstruction d’une vidéo de propagande de l’Etat Islamique ou encore les métiers du journaliste et photojournaliste. Au fil de l’année, le projet autour de l’image et de sa manipulation s’est précisé sur le thème de l’utilisation de l’image et de l’enfant et a mis en lumière, pour ces jeunes, ce que signifie les mots « propagande » ou « manipulation ». Un projet porteur plein d’espoirs qui a permis, à certains, d’ouvrir les yeux sur le monde qui les entoure et éviter les pièges d’internet sur la circulation d’informations.

« Déconstruction »

Collège Senghor à Corbeil-Essonnes dans le quartier des Tarterêts. Ici, il n’est pas toujours facile pour les jeunes de se sortir de la spirale et de l’image de ce quartier. Pourtant, le projet de l’association Marianne Films donne de l’espoir. En effet, en ce vendredi, les élèves de 5e ayant travaillé sur le projet ont pu le présenter à ceux de 4e. Un défi en soi : fin d’année, des élèves plus jeunes. C’est autour de quatre espaces que se déroule la présentation. La pièce dans le noir, les vidéos commencent. Les élèves se concentrent, regardent, parlent et écoutent avec l’attention nécessaire.

Le premier atelier est dédié à la discussion. Ici, une élève de 5e explique tous les ateliers présents et le projet en lui-même. Un peu gênée, et quelques bafouillements plus tard, la thématique de la propagande est vite soulevée mais également le thème de la liberté d’expression.

Les élèves du collège devant les films projetés et réalisés dans le cadre d'un projet sur l'année

Les élèves du collège devant les films projetés et réalisés dans le cadre d’un projet sur l’année (JP/EI)

Sur le deuxième atelier, « TV Senghor », on y découvre une « émission de télé » réalisée pour l’occasion. En effet, suite aux attentats du 13 novembre, l’association Marianne Films a organisé un « Plateau-Ecole ». Durant l’enregistrement, les élèves ont pu s’interviewer sur leur réaction suite aux attentats tout en y découvrant les différents postes techniques. La forme de cette émission reprend celles des chaines d’informations continues telles que BFMTV. « Ce qu’ils voulaient démontrer, c’est que parfois les informations ne sont pas solides  » explique l’élève de 5e à ses aînés de 4e. « C’est comme s’il y avait un pétard qui explosait et on va dire que c’est une bombe sans vérifier la source mais ils vont quand même le dire. C’est pour montrer que c’est pour faire du buzz ».

Le troisième espace, lui, est aussi très instructif. Ici, trois petits écrans, projetant des extraits de vidéo de propagande. Cet espace, qui s’intitule « Déconstruction », projette des images qui défilent, on y voit des enfants, des sourires, des visages heureux qui appellent à les rejoindre pour avoir une vie meilleure. Cet atelier déconstruit entièrement la vidéo en y montrant les parallèles utilisés afin de rendre une image fausse et manipuler les esprits avec des visages d’enfants heureux. « On a enlevé le son et mis des intertitres  » explique l’élève. « En fait, les enfants, ici, sont utilisés comme des objets, comme des pantins. Ils veulent prendre l’image mignonne des enfants pour montrer que c’est la joie alors qu’en fait, pas du tout ». Durant l’année scolaire, les élèves ayant participé au projet ont pu constater à quel point l’image de l’enfant est utilisée à des fins purement stratégiques. Une image qui a permis de renforcer la dénonciation de la manipulation des enfants et leur image quel que soit le but visé. 

Pour les élèves de 5e, pas de doute, ce projet les a éclairé. « C’était bien d’y participer, on a appris des choses  » explique l’une d’entre elles. « Avant, on ne savait pas qu’il y avait des vidéos de propagande comme ça, on était pas au courant. On a appris ça en participant au projet. On ne savait même pas ce que ça voulait dire le mot propagande  ». Et maintenant, que vont-ils faire lorsqu’il chercheront une information sur internet ? « Voilà, si je tombe sur un site, je vais me méfier, je vais chercher et faire des recherches pour être sûr de l’information ». Le message est passé.

 

« On est une beauté »

Un quatrième et dernier atelier se détache des autres. Sur des fonds bleus, jaunes ou verts, on y voit des élèves, seuls et interviewés : c’est la classe de 5e participant au projet qui est passée devant la caméra avec des questions paraissant simples de prime abord mais qui permet d’avoir un regard individuel sur leur collège et leur apprentissage. « Comment transmettre dans une classe de 25 élèves dans un collège en Réseau d’éducation prioritaire ? ». Une question que l’association se pose et qui s’est imposée très vite dans le projet : retrouver une parole individuelle au lieu d’une parole à effet de masse. « On les a fait seul car comme ça on pouvait parler plus librement » explique l’élève de 5e. 

Sur la vidéo, les visages défilent. Filles et garçons se succèdent. « Comment te sens-tu quand tu arrives au collège ? », « Qui seras-tu dans 10 ans ? ». Cette vidéo exprime une parole brute qui ne peut se faire entendre lorsqu’elle est en groupe. Au travers de ces images, de ces mots, parfois lourds de sens, on y sent une envie de réussir mais aussi une peur refoulée et à ne pas dévoiler lorsque l’on revient en classe. Dans ces images, les rêves de certains montrent une dimension tragique de la situation. « Parfois c’est dur de travailler et de se concentrer » peut-on entendre dans la vidéo. « J’espère devenir médecin », « Je sais pas pourquoi il y a des élèves perturbateurs », « Les professeurs, ils veulent nous apprendre des choses mais il y en a qui n’ont pas de respect pour eux », « J’ai peur de la violence et des insultes ». Ces quelques phrases résument un état d’esprit dissimulé sous une carapace pour se fondre à l’effet de groupe. Pourtant, il y a une vraie prise de conscience chez certains de ces adolescents. «  Certains ne se rendent pas compte qu’aller à l’école c’est une chance et que sans l’école tu peux rien faire ». « On est une beauté » sort de la bouche d’un élève. Une façon de démontrer que l’espoir est là. Autour d’une simple question, ce sont des paroles pleines de sens et inattendues qui prennent de court et laisse une note optimiste sur l’avenir de certains d’entre eux.