« Ambition collèges » : c’est le nom du plan présenté au Conseil départemental, visant à donner les grandes lignes de la politique éducative de l’instance chargée des collèges, à l’horizon 2025. Avec la poussée démographique que connaît l’Essonne, trois nouveaux établissements doivent être construits, dans les secteurs de Corbeil-Villabé, Viry-Juvisy-Savigny, et Wissous, en plus des collèges qui doivent sortir de terre dans les années à venir à Massy et sur le Plateau de Saclay. A l’occasion du vote de ce volet majeur de la politique départementale, l’exécutif procède à un changement au sein de son organigramme, et non des moindres. Démise de sa délégation en juillet denier, la vice-présidente à l’éducation depuis 2015 Caroline Parâtre, est remplacée par Jérôme Berenger, élu du canton de Viry-Chatillon et président délégué de l’instance, d’abord en charge des bâtiments départementaux, désormais de « l’éducation, des collèges et de l’accès aux savoirs ».

Ce qui est présenté comme un remaniement « purement technique » par le président François Durovray, ressemble pourtant à une une mini-crise politique au sein de la majorité départementale. Protagoniste principale de « l’affaire », l’élue du canton de Mennecy Caroline Parâtre qui occupait jusqu’à maintenant cette vice-présidence, n’accepte toujours pas son éviction de ce poste : « je n’ai eu aucune explication, alors que je n’ai pas démérité sur ma délégation, je veux que les choses soient dites, assumées ». Elle reproche ainsi à la présidence la méthode employée, et le fait que cette décision serait directement liée à sa candidature, l’an dernier, aux élections sénatoriales : « je ne vois pas ce que ce pourrait être d’autre » ajoute la conseillère départementale, « ou alors qu’il dise ce qui n’a pas été dans l’éducation ».

Dans un article du Parisien de juillet dernier, François Durovray avait évoqué une vice-présidente « fragilisée », à la suite notamment du vote d’une motion de défiance par les syndicats au sein du CDEN (Conseil départemental de l’éducation nationale). Une explication qui ne suffit pas à l’intéressée, pour qui « si il y a un manque de confiance politique, qu’il dise pourquoi ». Et même si elle déclare ne « pas vouloir polémiquer », elle critique à travers cette décision, le fonctionnement d’un « monde politique fermé ». « Il faut de la cohésion dans l’exécutif » se contente de réagir François Durovray, qui affirme que « non, cela n’a rien à voir avec l’élection sénatoriale ». En totalisant 137 voix à la tête d’une liste l’an dernier, l’élue de la Ferté-Alais dit se battre « pour montrer une autre image du monde politique », ce qui lui aurait été fatal. En attendant, Caroline Parâtre a refusé de démissionner de son poste de vice-présidente, après le retrait de ses délégations.

Démissions collectives

Le président a donc demandé à l’ensemble de ses vice-présidents de démissionner de leur poste, ce afin de réélire une liste complète de l’exécutif et leurs délégations, lors de la séance de ce lundi 24 septembre. « On refait simplement une liste de vice-présidents, c’est purement technique » assure François Durovray. Sur les 12 précédents vice-présidents, 10 d’entre eux ont accepté de donner leur démissionner. Seuls Caroline Parâtre et Alexandre Touzet, qui figurait sur sa liste des sénatoriales l’an dernier, n’ont pas cédé à la demande. En séance, Caroline Parâtre s’est ironiquement dit « très honorée des démissions » de ses collègues, avant d’exprimer en quelques mots sa « déception » de la tournure des événements. Elle s’interroge ainsi : « pourquoi une telle violence? Comme dans une réunion de majorité où j’ai été traitée de façon surprenante. J’avais pensé qu’on ferait une autre politique que celle des arrangements ». Puis de promettre qu’elle postera une vidéo d’explications « ce soir (lundi) sur les réseaux sociaux ».

Georges Tron a ensuite pris la parole pour exprimer son « point de vue » sur la situation, résumant le différent en « la question de savoir quelle liberté d’expression est possible dans cette majorité, et à partir de quel type d’expression peut-on considérer que les limites ont été dépassées ». Pour l’élu de Draveil, qui n’est pas dans le groupe majoritaire de l’assemblée départementale, le départ de Caroline Parâtre « n’est pas le fond du problème », et il s’agit plutôt de savoir qu’est ce que le remaniement de l’exécutif présidé par François Durovray « a comme conséquences » sur la suite du mandat et notamment sur « les problématiques budgétaires et fiscales » (notre dossier en archives). Rien ne devrait varier de la ligne adoptée par la majorité, et François Durovray a spécifié qu’il lui restait « 2 ans et demi d’approfondissement des politiques menées ». Sur l’éviction de sa vice-présidente, le président du conseil départemental a seulement ajouté qu’il n’est selon lui « pas anormal que dans une collectivité comme la nôtre, il y ait des ajustements », en parlant d’un besoin de « cohérence des politiques et de cohérence des comportements ».

Pour les élus d’opposition de gauche, on se dit « surpris par la méthodologie » adoptée par la présidence, selon le président de groupe David Ros : « il y a un problème dans cet exécutif, ils n’ont pas réussi à obtenir les démissions de Caroline Parâtre et Alexandre Touzet, alors ils refont voter tout le monde pour les vice-présidents ». Cela ne changera pourtant pas grand chose pour le chef de file de l’opposition, selon qui « les critiques sur les méthodes et le manque de dotations aux collèges, ce n’est pas la faute de la vice-présidente, mais de la politique départementale choisie par cette majorité ».

Un « président délégué » à la place d’une « vice-présidente » pour l’éducation

A l’issue du vote des conseillers sur les nouveaux vice-présidents de l’instance départementale « chacun conserve sa délégation » précise François Durovray. Et puisqu’il fallait une femme dans l’exécutif, afin de respecter la parité, c’est Marie-Claire Chambaret, jusque là présidente déléguée en charge de l’autonomie, qui devient 12ème vice-présidente du conseil départemental, en conservant le même périmètre. Le calme reviendra-t-il après la tempête, ou la fracture est-elle durable dans la majorité? « Si elle est en sort affaiblie, ce n’est pas de ma faute » se défend Caroline Parâtre. François Durovray « ne pense pas » pour sa part que cela fragilisera ses politiques. A l’issue du vote sur la nouvelle liste de vice-présidents (39 votants, 27 voix pour, 2 bulletins blancs et 10 nuls), Alexandre Touzet reste 5ème vice-président en charge, sur le papier, de diverses attributions : prévention de la délinquance, sécurité, citoyenneté, l‘égalité femmes-hommes et le monde combattant.

Mais celui-ci a tout de même « démissionné » d’une demi-douzaine de représentations au nom du Département dans différentes commissions et conseils, « des représentations sans lien avec ma nouvelle délégation » précise-t-il. Tout comme Caroline Parâtre, remplacée au pied levé au sein de diverses instances liées à l’éducation, même si celle-ci tente de se plaindre en séance : « il ne me semble pas avoir démissionné de ces commissions ». Une remarque rapidement évacuée par le président. Alors que Jérôme Bérenger, désormais en charge de l’éducation, comme président délégué, détaille sa politique lors de la suite de la séance, certains constatent la conséquence de ce remaniement. « Il n’y a plus de vice-président à l’éducation, c’est symbolique » tacle-t-on du côté du groupe de gauche au Département. Un débat en éclipsant un autre, les élus ont ensuite repris les débats, cette fois sur la fusion des enveloppes de dotation, dont celle destinées à l’enseignement sportif, à destination des collèges.

Le détail du nouvel exécutif départemental : Président : François Durovray, 1er vice-président Michel Bournat, 2ème Sandrine Gelot, 3è Dominique Echaroux, 4è Françoise Marhuenda, 5è Alexandre Touzet, 6è Sophie Rigault, 7è Patrick Imbert, 8è Aurelie Gros, 9è Nicolas Meary, 10è Brigitte Vermillet, 11è Eric Mehlhorn, 12è Marie-Claire Chambaret