Heetch, c’est fini ! Au terme d’un procès intenté pour exercice illégal de la profession de taxi, les dirigeants de l’application se sont vus condamner à 400 000 euros d’amende pour leur système de mise en relation entre conducteurs non professionnels et utilisateurs. La start-up parisienne, qui faisait fonctionner son application dans une dizaine de communes françaises et européennes, a comptabilisé pour Paris et sa banlieue un nombre de 500 000 utilisateurs, avec un contingent total de 30 000 conducteurs. Des chiffres qui donnent le tournis et surtout la mesure du succès rencontré ces derniers mois et années pour cette petite application, et son équipe de 40 salariés.

Lancée en 2013, l’application mise d’abord sur les soirées étudiantes, pour proposer une sorte de co-voiturage nocturne, en surfant sur l’image de « Sam », le capitaine de soirée. Un moyen safe et moins onéreux pour faciliter la vie de jeunes urbains. Après Paris, c’est ensuite à Lille et Lyon que se lance l’application en 2014, puis viendront Milan, Bruxelles et même Varsovie en 2016. Heetch vise dès le départ à se différencier de l’offre de transports existante, proposant un service de « partage de frais » permettant d’améliorer « la mobilité nocturne » des jeunes en région parisienne. Son système met en relation une personne qui cherche à rentrer chez elle ou se déplacer, avec des conducteurs amateurs disponibles à bord de leur propre véhicule.

En juin 2015, première alerte pour la jeune start-up parisienne, qui se voit mêlée à la crise autour de l’application ‘UberPop’ et la grogne des taxis. Ce système de mise en relation entre chauffeurs privés et particuliers fut finalement interdit par arrêté de la préfecture de police de Paris. Heetch se dit alors victime « d’amalgame » avec son système de partage. « Nous ne sommes en aucun cas en concurrence avec les taxis, et notre offre n’a rien à voir avec celle d’UberPop » plaident ses dirigeants à plusieurs reprises. A l’image du co-fondateur de l’entreprise Teddy Pellerin, ancien étudiant à l’école Supelec de Gif-sur-Yvette, qui argumente sur le fait que l’utilisation de son appli concerne des personnes qui n’auraient « à 80% » pas pris de taxi sans l’existence de Heetch, décrit-il à Essonne Info.

Economie collaborative ou taxi nocturne ?

Véritable symbole de ce qu’on appelle « l’économie collaborative », Heetch a d’abord pour cible les 18/25 ans, habitués par exemple à voyager avec Airbnb. A côté des taxis et chauffeurs VTC, la start-up a pris le créneau du partage, limitant par exemple à 6000 euros par an ce que peut percevoir le driver Heetch, dans le cadre de ses frais automobiles. Un fonctionnement qui n’a pas convaincu le tribunal correctionnel de Paris, jugeant illégale l’organisation de ce système de mise en relation de clients avec des chauffeurs non-professionnels, une « pratique commerciale trompeuse » qui contribuerait à la précarication des taxis professionnels.

Pour Teddy Pellerin au contraire, son application entre dans le champs de cette nouvelle économie, et son service ne fait que « proposer une nouvelle offre » de transports nocturne, pour des personnes limitées en terme de déplacement passée une certaine heure. En janvier 2014, 60% des trajets effectués sur Heetch se déroulaient dans Paris intra-muros, alors qu’aujoud’hui « 70% des trajets ont un lien avec la banlieue », affirme Teddy Pellerin. Ce qu’il n’hésite pas à décrire comme « une vraie révolution ». Selon lui, l’interdiction prononcée de Heetch se fera au détriment de certains utilisateurs, ceux qui sont le plus éloignés du centre urbain : « pour Paris, cela pose moins de problème car il y’a des solutions la nuit, mais nous avons créé de la mobilité en banlieue ».

Pour l’heure, l’application a rouvert ses portes, avec une nouvelle offre dédiée aux chauffeurs professionnels, ce qui reprend le modèle développé par les Uber ou autre Chauffeur privé. La start-up prépare également son retour pour une offre ouverte aux chauffeurs non-professionnels, qui aura un fonctionnement plus proche de celui de blablacar et son système de co-voiturage. Ce que confirme le co-fondateur de Heetch : « on lance une offre entre particuliers fin avril, qui sera conforme au jugement du tribunal, nous travaillons à ce qu’elle soit le plus proche possible de ce qui se faisait » dans la précédente version. Parallèlement, les dirigeants de l’appli ont lancé une campagne à destination des politiques, bien relayée sur les réseaux sociaux, « afin qu’ils se prononcent sur la question des transports partagés » espère Teddy Pellerin.

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