Il est 16h55 lorsque l’arbitre de la rencontre siffle la fin de la partie. Le public vendéen exulte, Le Poiré-sur-Vie, club de DH, vient de faire tomber l’ES Viry-Châtillon (3–1), pensionnaire de CFA. Un résultat d’une ampleur quelque peu surprenante, que beaucoup de Castelvirois n’auraient pas même osé imaginer quelques heures plus tôt.

C’est à 6h20 que le bus des supporters de Viry quitte le Stade Henri Longuet de la ville. A bord, deux équipes de jeunes (U12, U13), quelques parents, des dirigeants, les chauffeurs… et nous. « On s’est levés à 4h30 », nous conte un des parents venu de Montgeron très tôt ce matin. Et si les visages de plusieurs adultes sont encore marqués par le sommeil, d’autres demeurent visiblement en pleine forme. D’autres ? Ceux des enfants plus précisément. Si nous ne pouvons deviner quel petit déjeuner ultra vitaminé leur a été administré, force est de constater que celui-ci est diablement efficace. Quelques minutes de route suffisent alors pour que ces derniers mettent leur première distraction de la matinée en place. Une sorte de match de boxe dont les seules armes sont les vannes.

« Il veut esquiver le péage », lance naïvement l’un d’entre eux, de longues minutes plus tard, lorsque que le chauffeur tente de s’arrêter en vain dans une aire d’autoroute en travaux. Cette fois, c’est la bonne. Il est 8h50, c’est la pause. Vingt minutes suffisent pour se dégourdir les jambes, boire un café, un chocolat, ou un petit jus. Rien de mieux pour définitivement réveiller les 27 joueurs présents dans le bus. Aussitôt celui-ci redémarré, aussitôt un nouveau jeu lancé. Le calcul challenge. Un concept en vogue qui permet, tant bien que mal, aux collégiens de réviser leurs maths sur un rythme de musique africaine.

Des gamins survoltés

Après 5h de route, nous voilà enfin arrivés. Pas le temps de tergiverser pour les gamins, dans 30 minutes, ils rentrent en piste. Échauffement express, les jeunes du Poiré-sur-Vie sont, eux, quasiment parés. U12 d’un côté, U13 de l’autre, c’est parti. « On va faire 3 fois 20 minutes, 4 si le temps nous le permet« , prévoit Yohan, l’entraîneur des U13. Le temps pour les parents de chaque camp de donner de la voix pour encourager leurs enfants. « Collez les Bleus », répète sans cesse une maman visiblement amatrice du marquage à la culotte et du catenaccio si fidèle aux clubs italiens. A vrai dire, on se croirait presque devant « le mur jaune » du Signal Iduna Park de Dortmund, tant les encouragements se multiplient. Ou alors en boîte de nuit avec l’arrivée surprise du speaker vendéen, DJ Gégé.

Photo de famille après le match des U12-U13. C'est aussi ça l'esprit de la Coupe de France (MB/EI).

Photo de famille après le match des U12-U13. C’est aussi ça l’esprit de la Coupe de France (MB/EI).

Qu’importe, sur le terrain, ça ne rigole pas. Pendant que les U12 castelvirois écrasent leur adversaires, les U13 se rendent coup pour coup. Les participants au 32e de finale de Coupe de France qui se joue dans l’après-midi arrivent, eux, au compte goutte, et se mêlent à la bataille des clans. Score final, 9–1 pour les U12 de l’ES Viry-Châtillon, 2–2 entre les U13. Des buts, du spectacle, quoi de mieux pour commencer la journée. « On les laisse gagner là pour gagner tout à l’heure », ose un supporter vendéen. « C’était sympa de jouer contre une équipe de région parisienne, c’est un autre style d’opposition. Plus athlétique », précise un second.

Avant la douche et le match des grands, le moment du débrief est arrivé pour les jaunes de l’ES Viry-Châtillon. Et les joueurs ont la parole. « J’ai fait n’importe quoi en défense », s’auto-critique étonnamment un des U13. « C’est un automatisme que l’on a au club dès les plus petites catégories. L’idée c’est qu’ils apprennent à analyser leur propre performance et qu’ils se remettent en question pour progresser », explique Kévin, coach des U12. Le bilan des coachs terminé, ne reste plus qu’à patienter avant le match tant attendu de la journée.

Arrivée la veille en Vendée, la CFA de l’ES Viry-Chatillon a, de son côté, eu tout son temps pour préparer cette partie. Après une nuit à l’hôtel, un petit déjeuner, une heure de marche et un déjeuner, les joueurs découvrent la pelouse du stade de l’Idonnière sous les coups de 13h, seulement une petite heure avant l’arrivée des premiers supporters du Poiré-sur-Vie. Munis d’écharpes et de drapeaux à l’effigie du club, ces derniers garnissent peu à peu les travées du stade. « On ne vient pas à tous les matchs, mais pour la Coupe de France il y a une belle ferveur. On y croît, on est chez nous », s’exclame cette jeune dame, compagne d’un joueur vendéen.

Des grands surclassés

Le millier de supporter doit être atteint lorsque le coup d’envoi de la partie est sur le point d’être donné. La Vendée, cette terre de football, attire les foule. Et à l’entame de la rencontre, Le Poiré-sur-Vie entend bien créer l’exploit à l’instar des joueurs des Herbiers (National), vainqueurs la veille du Gazelec Ajaccio (4–3), club de Ligue 2. Côté Viry, les U12-U13, encouragés par leurs aînés de la CFA quelques heures plus tôt, sont désormais cantonnés dans un coin du stade. Ils donnent de la voix et tentent de motiver leur troupe, apathiques jusqu’alors. Mais l’entame de match catastrophique de leurs protégés menés très vite 2–0 (18′, 21′) auront raison de nos jeunes supporters.

Parfois dos au terrain, les jeunes ado mangent et ne portent plus trop d’intérêt à la rencontre. « Ils sont comme nous ce matin, ils vont se réveiller et mettre un score », assure tout de même un U13 à la mi-temps, évoquant le réveil compliqué de son équipe dans la matinée. Du côté des parents, on est beaucoup moins optimistes, et l’inquiétude se fait sentir. « C’est la honte », lâche l’un d’entre eux. J’ai jamais vu ça. C’est une DH, on est en CFA, on a pas le droit de jouer comme ça ».

Le début de seconde période n’a malheureusement pas de quoi le rassurer. Rien de bien croustillant à se mettre sous la dent, rien de bien attrayant pour empêcher les jeunes supporters de continuer à discuter. Certains demandent le score des autres matches en cours à la même heure, d’autre évoquent le rétablissement du jeune Moussa, leur coéquipier renversé par un bus quelques semaines plus tôt.

Et si Diakaté leur redonne espoir à 30 minutes du terme de la partie (2–1, 60′), le coup de grâce du numéro 10 vendéen (3–1, 75′) va anéantir tous leurs espoirs. L’ES Viry, déjà au fond du gouffre en championnat, sort maintenant la tête très basse de cette Coupe de France. Le chemin du retour risque d’être bien bien long pour la CFA. « C’est pas grave », relativise cependant un U12. Loin d’être déstabilisés par cette défaite, les footballeurs en herbe demeurent, eux, toujours très en forme à l’arrière du bus. Au menu du soir, pour occuper les quatre heures que durera le retour en Essonne : débats sur le meilleur joueur du monde et… boucan, pour changer. Finiront-ils par s’endormir ?

Reportage réalisé en collaboration avec Maxime Berthelot.