Une heure de débat, deux interruptions de séance, et puis un vote. Celui qui a finalement scellé le sort de la maternelle Bara, promise à fermeture en juin prochain. Les multiples interventions de l’opposition, et surtout la forte contestation des parents d’élèves concernés, symbolisés par une prise de parole poignante d’une de leur représentante, n’auront pas suffit. La municipalité palaisienne a ainsi validé la décision prise voilà plusieurs mois, argumentant à chaque fois que la fermeture se faisait « avec une concertation », sans pour autant convaincre les parents qui la vivent comme une injustice.

Ils sont venus à plusieurs ce lundi soir, avec quelques pancartes et une banderole installées devant l’entrée de la mairie. Posément, ils prennent place dans le public de ce dernier conseil municipal de l’année. Alors que les délibérations de l’ordre du jour défilent une à une, certaines suscitant du débat entre majorité et opposition, tous ont en main la petite feuille présentant les points de l’ordre du jour, attendant patiemment celui les concernant.

Le projet de fusion des écoles du centre-ville entrainant la fermeture de la maternelle Bara est inscrit pour la fin de séance. Tandis que certains parents sortent fumer une cigarette pour destresser, d’autres restent attentifs aux échanges entre élus. Puis c’est enfin l’heure de la délibération tant attendue. Le maire invite d’entrée l’un des représentants des parents d’élèves à prendre la parole, et interrompt pour cela la séance.

Une main se lève et une jeune mère de famille s’avance vers les élus. Elle prend le micro et va lire un petit texte résumant les remarques formulées depuis la rentrée par les parents d’élèves : « nous sommes indignés de vous voir nous imposer la fermeture de la maternelle Bara, alors même que notre pétition a atteint 1700 signatures, que nous avons manifesté, que tous les conseils d’écoles concernés ont émis des avis défavorables ». Calmement, mais visiblement éprouvée par l’émotion que lui suscite cette fermeture, la porte-parole improvisée poursuit sur le fait que les parents vivent très mal cette décision : « nous sommes attachés à cette école à taille humaine, ce projet de fusion remet en cause nos spécificités. Nous ne comprenons pas cette fermeture alors que le nombre d’habitants augmente dans la ville. Et nous sommes scandalisés, on fait passer le bien-être de nos enfants après les logiques comptables ».

Vifs échanges entre élus

Longuement applaudie par l’auditoire, elle retourne ensuite se rasseoir dans le public. Avant que le maire ne décrète la réouverture de la séance pour la poursuite des échanges entre élus. Le conseiller municipal d’opposition PS, Matthieu Pasquio, ouvre les hostilités : « cela s’assimile à un passage en force », notant par ailleurs que son groupe a « été exclu des discussions » sur ce projet. Il s’oppose farouchement à la fermeture de la maternelle et réclame ensuite un report de la décision à janvier, « pour faire un travail de fond ». « C’est un sujet d’une grande gravité », poursuit Michel Rouyer, élu EELV, « on a reçu des lettres de parents meurtris par cette décision ». Il continue en pointant « la valeur humaine que représente la fermeture d’une école », et souligne que le comble concernant Bara est qu’il s’agit « d’une des rares écoles avec un dispositif d’accessibilité ». Puis c’est au tour de l’élue PCF Chrystel Leboeuf d’attaquer le maire sur « cette suppression d’une école à taille humaine au détriment des enfants et des familles ».

Les interventions de l'opposition se sont multipliées pour contester la fermeture de l'école maternelle Bara de Palaiseau

Les interventions de l’opposition se sont multipliées pour contester la fermeture de Bara (JM/EI)

Du côté des élus de la majorité, dont certains semblent accuser le coup, c’est l’adjointe aux écoles Marie-Christine Graveleau qui est chargée de défendre le projet. « Les temps changent » commence-t-elle, en présentant « un beau projet qui valorise la réussite des élèves ». Puis le maire Grégoire de Lasteyrie prend la parole pour dire d’abord qu’il « comprend les inquiétudes », et assure ensuite qu’il n’y a « pas de point bloquant » au projet, ce qui ne manque pas de susciter le bronca du public. Il poursuit sur le fait que dès janvier, « il s’agira de travailler à ce que la rentrée 2017 se passe le mieux possible pour les enfants ». Justification avancée enfin pour expliquer cette fermeture : « il y a une moyenne de 10 classes par école en Ile-de-France, avec ce projet nous serons à 8. Et nous avons un plan de plus de 3 millions d’euros d’investissement pour rénover toutes les écoles de la ville ».

Malgré la prise de parole donnée à une représentante des parents d’élèves, et celle des élus des différents groupes d’opposition qui se poursuivent, certains parents se montrent désabusés par la teneur des débats et comprennent vite que le maire ne reviendra pas sur sa décision. Une dernière interruption de séance et les élus de gauche retrouvent les parents pour presque s’excuser de ne rien pouvoir faire de plus, et exprimer leur solidarité. Sans autre possibilité d’ouverture, et avec un maire renvoyant vers « 18 mois de concertation » dont les parents peinent à se souvenir, le vote a finalement lieu. Grégoire de Lasteyrie finit également par promettre que les documents techniques sur le projet « seront mis en ligne demain » sur le site de la ville. « Demain, ça nous fait une belle jambe, ça sera trop tard » rétorquent immédiatement des parents.

Ceux-ci se lèvent et sortent de la salle du conseil, laissant les élus poursuivre la fin de l’ordre du jour. Les parents restent quelque peu sur le parvis de la mairie, remballent leurs pancartes en refaisant le match par petits groupes. « Voilà, c’est comme ça qu’on ferme une école » lâche une mère de famille, qui a deux enfants impactés par la fermeture de Bara, résumant ainsi la pensée de beaucoup de parents concernés : « on est juste outrés, et leur communication n’a fait que nous énerver, ils ont notamment envoyé un tract à nos enfants par la poste pour leur apprendre la fermeture de leur école, vous imaginez? On a juste l’impression de ne pas être en démocratie, ils tirent les choses vers le bas. A la rentrée prochaine, mon petit de 3 ans sera au milieu d’une cour de 150 enfants ».