Les enfants du centre-ville de Palaiseau ont donc repris le chemin de l’école, dans le tout nouveau groupe scolaire Anne Franck. Plus précisément, ils investissent les deux bâtiments rénovés des anciennes écoles Deloges et Morère, dans le cadre d’une réorganisation complète des établissements scolaires de ce secteur de la commune sous-préfecture. Avant l’été, un nouveau nom a été choisi après un vote des élèves, et la devanture des écoles du centre a été refaite durant cet été.

Trois écoles – Bara, Morère, Deloges – ont été regroupées sur décision de la municipalité, avec l’aval de l’inspection académique. Ce qui a conduit l’an dernier à la fermeture définitive de la maternelle Bara. Au grand dam d’une bonne partie des parents d’élèves de la dite école, n’acceptant pas de voir disparaitre leur maternelle « à taille humaine ». Fortement contestée, la décision avait été validée en conseil municipal en décembre 2016 (lire notre reportage), et une quinzaine de parents avaient ensuite entrepris une action en justice. La requête soumise au tribunal administratif de Versailles avait été rejetée par un jugement du 15 juin 2017

La fusion des écoles du centre-ville confirmée par le tribunal

Ce dossier brûlant de la municipalité palaisienne, en place depuis 2014, ne semble pas près d’être refermé en cette rentrée 2018. Un an après la fermeture de Bara, c’est cette fois le nom du nouvel ensemble scolaire, choisi avant l’été, qui fait du bruit. La décision de baptiser d’Anne Franck le groupe scolaire permet de remplir « trois objectifs » qui étaient sur la table, du point de vue de la municipalité, comme le spécifie son maire : « avoir un nom unifié, préserver le patrimoine de Palaiseau, et féminiser nos équipements ».

Un « constat amer » pour certains parents

Grégoire de Lasteyrie justifie également le processus qui aboutit en cette rentrée, effectué d’après lui, « à la demande de l’académie, nous avons fait un regroupement des structures, sans fermeture de classe ». Toujours selon le maire, « les inquiétudes ont été levées » suite à la fusion, et tout se passe désormais de manière « normale ». D’ailleurs, parmi les parents mobilisés de l’an dernier, « pas un seul ne se plaint » affirme-t-il. Si il ne se plaignent pas (encore) publiquement, plusieurs parents d’élèves, notamment ceux mobilisés contre la fermeture de Bara, ne décolèrent pourtant pas face à la situation. « La mairie avait vanté une nouvelle école, adaptée à l’âge de l’enfant, au final on se retrouve avec des doubles niveaux, dont des moyens-grands mélangés avec les élémentaires » rapporte une mère de deux élèves scolarisés dans le groupe scolaire. Malgré le travail « des équipes pédagogiques qui font du mieux qu’ils peuvent », elle regrette « les incohérences dans la répartition des élèves », et surtout le fait que « l’école Bara reste inoccupée » depuis un an.

La municipalité de Palaiseau met en avant les séries de travaux réalisés pour rénover les écoles avant cette rentrée

La municipalité met en avant les séries de travaux réalisés cet été pour rénover les écoles avant cette rentrée (JM/EI)

Une autre parent d’élèves dresse pour sa part un « constat amer » : « un an après, on constate que le bâtiment (de Bara) est vide, ne sert pas. De plus la situation s’est complexifiée, il y a de la souffrance au travail chez les instituteurs, et un flou complet sur l’entité ». Cette même mère de famille illustre la situation avec le fait que l’école « a deux directeurs, dont un est en formation ». Pendant cette période « transitoire », la municipalité confirme que l’école garde « deux directeurs, l’un pour l’élémentaire, l’autre pour la maternelle ». Grégoire de Lasteyrie met surtout en avant les travaux entamés cet été et à venir, « un total de 2 millions d’euros investis », comme pour l’isolation, et les deux bâtiments Morère et Deloges qui se trouveront « totalement modernisés » à l’issue des chantiers. « Les travaux n’ont pas tous été réalisés, une partie le sera l’année prochaine » déplore cette parent d’élèves.

Quand les enfants « votent » pour le nom de leur école

Fin mai, les élèves des écoles Morère et Deloges ont participé à un vote, pour choisir le futur nom de leur groupe scolaire unique. Une opération dont s’est enorgueilli la municipalité, insistant sur l’apprentissage de la démocratie à travers ce vote dès le plus jeune âge. Entre Simone Veil, Françoise Chandernagor et Anne Franck, c’est finalement cette dernière, mondialement connue pour son journal écrit durant l’occupation à Amsterdam, qui a été choisi par 44,96% des enfants. « On voulait donner un nom de femme à cette nouvelle école » rapporte le maire, « pour la prochaine génération ». C’est ainsi qu’un vote « a été organisé un midi à la cantine » et le nom choisi d’Anne Franck est donc affiché depuis cette rentrée à l’entrée des écoles.

Le procédé utilisé a indigné une partie des parents d’élèves, dont la plupart ont appris après le vote ce processus. Selon cette mère de famille, « on a appris que nos enfants devaient voter, sans que l’on nous consulte ». Sa collègue n’apprécie ainsi pas le procédé utilisé en terme de participation des élèves : « ils ont impliqué les enfants, sans que ceux-ci connaissent en détail les personnalités et les enjeux ». L’opposition municipale de Palaiseau est également sortie de ses gonds contre le changement de nom des écoles et la méthode utilisée. Le sujet est venu sur la table lors du conseil municipal du 25 juin. Pour le conseiller municipal d’opposition Matthieu Pasquio, « la fusion administrative n’a pas eu lieu, et le nouveau nom n’a pas été adopté en conseil municipal ». Cet été, les signalétiques d’entrée des deux bâtiments qui se font face, ont pourtant bien changé pour mettre en avant le nouveau nom d’Anne Franck.

« Les bâtiments gardent les noms Morère et Deloges, et le nom de la rue (du Docteur Morère) ne change pas » se défend Grégoire de Lasteyrie. Et de mettre en avant l’installation de « plaques patrimoniales » devant les deux entrées, comprenant une petite biographie des deux anciens maires de Palaiseau. Une démarche que Matthieu Pasquio qualifie de « cache-sexe » en la résumant en une « opération de comm’ ». Les élus de gauche entendent rester mobilisés sur le sujet des écoles du centre-ville, et plus globalement sur ce que l’opposition appelle « la duplicité » dont ferait preuve le maire auprès « de la mémoire de notre commune ». Un sentiment qui a par ailleurs dépassé le cadre des opposants municipaux, puisqu’un élu de la majorité a cet été, été démis de ses délégations. Eric Houet affirme que « le changement de nom des écoles, cela ne passe pas, car je suis Palaisien depuis que je suis né ».

Un conseiller quitte avec fracas la majorité

Avec 2020 dans le viseur, Éric Houet a été débarqué de la majorité municipale par Grégoire de Lasteyrie. Le désormais ancien élu considère le maire comme « un homme de passage qui veut marquer son territoire ». Le dernier événement a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, affirme l’ancien conseiller délégué au commerce de proximité : « je n’ai rien contre Anne Franck, mais pour moi, cela représente l’histoire de ma ville ». A présent virulent face à la municipalité, celui qui avait démarré en 2013 aux côtés de Nicolas Dupont-Aignan, avant de quitter ce parti, est impliqué dans le monde associatif et sportif local. Si il ne dit pas ouvertement qu’il se situe dans « l’optique de 2020 », soit les prochaines municipales, Eric Houet et son association ‘Palaiseau ensemble’ sait bien que « les gens ne sont pas idiots » et qu’ils comprendront rapidement la démarche.

Grégoire de Lasteyrie confirme lui avoir retiré ses délégations en procédant à une « mesure de discipline » à son encontre. « Il y a avait un problème de confiance avec Eric Houet » justifie le maire, spécifiant que « son attitude n’est plus aujourd’hui compatible avec les valeurs de la majorité municipale ». Il relève par ailleurs que son ancien colistier « a voté 100% des délibérations jusqu’au 1er juillet 2018 » et participé aux décisions de la majorité. « A un an des prochaines municipales, les ambitions de chacun sont légitimes » termine le maire, qui sera selon toute vraisemblance candidat à sa succession. Cette évacuation de l’élu de la majorité municipale a en tout cas été rapidement matérialisée dans l’onglet des conseillers municipaux du site de la ville de Palaiseau, où Eric Houet apparait maintenant dans la rubrique ‘opposants’. Pour Matthieu Pasquio, ce remous estival « confirme que la gestion de Palaiseau n’est pas le reflet d’un projet politique, mais bien seulement d’un assemblage de personnalités ». Le prochain conseil municipal prévu le 24 septembre prochain s’annonce d’ores-et-déjà électrique..

Notre dossier sur le regroupement des écoles du centre de Palaiseau